‹ François Villon (volume 2)Chapitre 167 sur 402 · I. Voir la notice à l'appendice · texte numérisé non relu

I. Voir la notice à l'appendice

Il y eut mêlée, et, au cours de la rixe, les clercs de Ferrebouc s'emparèrent de Hutin du Moustier, le traînèrent dans l'hôtel aux cris de : « Au meurtre ! on me tue ! je suis mort ! » Alors on vit M« François Ferrebouc sortir de sa maison et pousser si rudement Robin Dogis qu'il le fit rouler par terre ; mais, dès qu'il se fut relevé, Dogis frappa d'un coup de dague la discrète et vénérable personne du notaire. Après quoi il rejoignit Rogier Pichart, qui s'était enfui devant l'église Saint-Benoît-le-Bétourné, où l'avait déjà sans doute précédé Villon : là Dogis lui fit de sanglants reproches, déclarant au clerc querelleur, cause de cette affaire dont il prévoyait toutes les funestes conséquences, qu'il n'était qu'un très mauvais paillard. Sur quoi Robin Dogis s'en retourna coucher en sa maison de la rue de la Parcheminerie, tout confus et bien marri de son aventure.

Qu'advint-il des quatre compagnons au lendemain de cette rixe nocturne ?

François Villon et Hutin du Moustier durent être arrêtés de suite et emprisonnés au Châtelet ; les autres s'absentèrent, vraisemblablement '.

Cette prison du Châtelet fut très rude pour François Villon, Ce n'était plus là le Châtelet dont il avait connu jadis le personnel. Tout avait changé avec le nouveau roi. Le 20 août

I. Le 12 janvier 1463 (n. st.) Hutin du Moustier, prisonnier à la Conciergerie, est condamné à 10 1. p. d'amende pour avoir mal appelé d'une sentence du prévôt de Paris (Arch. Nat., X" 31, fol. 13 v). Robin Dogis, prisonnier à la Conciergerie, lut gracié au mois de novembre 1463 à l'occasion du séjour à Paris du duc de Sa%'oie, beau-père de Louis XL Sans doute il était sujet savoyard (Arch. Nat., X" 30, fol. 294 vo). Le 7 mai 1464, on voit que Rogier Pichart s'était mis en franchise chez les Cordeliers à Paris : le lieutenant du prévôt l'avait fait déguerpir sans appeler le gardien du couvent, et même il avait porté la main sur un religieux et menacé les autres. Les frères Mineurs le mirent en procès affirmant que Pichart « n'est aggrcssor itittenim iieque popiilator agroruin nec deliqiiit in ecdcsia » (Arch. Nat., X'» 35); le 16 mai, la cour déclare que Pichart devra être remis dans l'église des frères Mineurs (Bibl. Nat., Dupuv 250). On le retouve, peu de temps après, devant le Parlement. Cette fois la cour juge qu'il a mal appelé de la sentence du prévôt « par laquelle il a esté condempné a estre pendu et estranglé au gibet de Paris » ; elle ajoute à la condamnation une amende de 60 livres (Arch. Nat., .X=a 31, fol. 29 vo, icr février 1465 n. st.).

FRANÇOIS VILLON. — 11. l6

1461, le prévôt de Paris, Robert d'Estouteville, avait été « désappointé », ainsi que la plupart des serviteurs de Charles VII, et Jacques de Villiers, seigneur de l'Isle-Adam, créé garde de la prévôté à sa place, office où il demeurera jusqu'au 31 octobre 1465 ' ; Martin de Bellefaye% le lieutenant criminel indulgent aux joueurs de farces, était devenu conseiller au Parlement, et Pierre de la Dehors l'avait remplacé dans sa charge, le 26 février 1462 '. Enfin le Châtelet avait à cœur de venger la blessure du notaire pontifical Ferrebouc, qui comptait des relations dans cette juridiction^. Et Pierre de la Dehors, l'un des maîtres jurés de la Grande-Boucherie et parent des bouchers les Haussecul, n'était pas tendre. Il fit mettre durement François Villon à la question de l'eau ^ : car La Dehors était l'ennemi né des clercs. Quant au seigneur de l'Isle-Adam, prés Pontoise, il n'avait aucune raison d'être pitoyable au pauvre écolier qu'avait protégé son prédécesseur, Robert d'Estouteville. Pour avoir été le témoin d'une rixe où Ferrebouc reçut une blessure légère, François Villon fut condamné à mort, à être « étranglé et pendu au gibet de Paris ». Allait-il être lui-même un de ces pendus dont la vision terrible l'a sans doute hanté depuis son enfance ? C'était là une injustice, une a tricherie » ^ comme Villon dira. Il prit d'abord froidement la chose et rédigea joyeusement son dernier adieu au monde' :

Je suis Françoys, dont ce me poise, Né de Paris emprès Pontoise, Qui, d'une corde d'une toise, Sçaura mon col que mon cul poise ^.■

î. Sauvai, III, p. 365, 370, 383 ; Journal de Jean de Roye, I, p. i8, 138. 2. Voir la notice à l'appendice. — 3. Voir la notice à l'appendice.

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