Travaillez
3. Frapper, renverser dans la bouc. Ces deux mots vont souvent ensemble (("f. Godefroy, aà. v. Tooiller). Mais on disait aussi louillcr un cornet de dès (Ms. fr. lui de Stockholm, fol. 258 vo). — Rouiller suivant les éditions de 1489 et de 1494 (rouler les j'eux, à la façon des Coquillards ? Ms. fr. lui de Stockholm, fol. 238 vo).
4. Se fourvoyer (Cotgrave). — Il s'éloigne trop de la vérité celui qui pisse sa jeunesse dans de telles actions ; à la fin il en tord ses poings douloureusement, etc.
5. Tricher au jeu. — 6. Comme les porteurs de bulles. — 7. Jouer des farces.
8. Préparer des poisons, comme le faisaient sans doute les vendeurs de thériaque, à coup sûr les nécromanciens, tous les dévoyés qui usaient d'art magique. Il suffira de rappeler les pratiques de Gilles de Rais, de Jean d'Alençon dont on venait de faire le procès. Charles VII ne mangeait plus dans ses derniers jours, craignant le poison. — Ythier Marchand, l'ami de Villon, sera accusé d'avoir fait empoisonner Louis XI ; en 148 1, le roi fera faire le procès d'un marchand de bonnets empoisonnés qui travaillait pour le duc de Bretagne (Bibl. Nat., fr. 18442, fol. 119).
Reprenons cucr, ayons en Dieu confort, Nous n'avons jour certain en la sepniaine ; De noz maulx ont noz parens le ressort Paroffencer et prendre autruy demainc.
Vivons en paix, exterminons discort ; leunes et vieulx, soyons tous d'ung accort : La loy le veult, l'apostre le ramainc Licitement en l'epistre rommaine ; Ordre nous fault, estât ou aucun port.
Notons ces poins ; ne laissons le vray port Par offenceret prendre autruy deniaine.
Mais il avait beau être repentant, s'écrier à tout propos : « Loué soit le doulx Jesus-Christ », voir clair dans sa conscience, tout cela n'empêche que Villon se sentait très faible :
Riens ne hais que persévérance.
Et au demeurant il restait bien pauvre.
Toujours est-il qu'après ces belles protestations d'honnêteté, nous retrouvons François Villon prisonnier au Châtelet « pour un certain vol dont il était chargé », le 2 novembre 1462 '. Sans doute l'affaire n'était pas grave, puisqu'il est question, presque immédiatement, de sa mise en liberté. Mais cette arrestation eut pour Villon une conséquence qu'il redoutait sans doute, et qui était, vraisemblablement, la raison pour laquelle il se cachait : elle réveilla la vieille affaire du vol du collège de Navarre et rendit patente sa présence à Paris. On l'ignorait alors : car le bedeau de la Faculté de Théologie, qui appartenait à la communauté de Saint-Benoît et demeurait non loin du cloître, rue des Noyers, à l'enseigne de Saiiite-Marie-Maddeinc, aurait bien su l'y découvrir. Et si François Villon avait pris une lettre de rémission après sa sortie du cachot de Meung, cette grâce ne le mettait pas à l'abri des conséquences matérielles de son vol ; peut-être ne concernait-elle que l'affaire qui l'avait fait emprisonner par Thibaud d'Auxigny ?
I. Bibl. Nat., lat. 5657':. Cf. Marcel Schwob, Conscqucnces du vol au colUge de Xavarre, dans François Villon, rédactious et notes, p. 109 et s. ; Pièces justificatives.
Qiioi qu'il en soit, au moment où il allait être élargi, la l'acuité de Théologie fit opposition à la délivrance du voleur de son argent ; elle délégua M'^ Laurens Poutrelpour négocier avec le prisonnier, qui fut interrogé au sujet de cette vieille affaire. François Villon dut faire alors des aveux complets.
L'important, aux yeux de Laurens Poutrel, était que la Faculté recouvrât l'argent volé. Il s'y trouvait doublement intéressé puisqu'il avait perdu lui-même 60 écus d'or et qu'il était l'héritier du doyen défunt, M^ Rogier de Gaillon. Sans doute aussi le vieux légiste qu'était Laurens Poutrel savait que François Villon trouverait à Paris des protecteurs et des amis, dès que sa présence serait publiée. Poutrel connaissait bien Guillaume de Villon, qui avait déjà tiré son protégé de maints bouillons ; la mère du poète vivait encore (celle de Guy Tabary, qui n'était peut-être pas beaucoup plus riche que la mère de François, avait dû précédemment, on l'a vu, prendre un engagement envers la Faculté quand son fils, le voleur, fut mis en liberté conditionnelle). Ce qui est certain, c'est qu'avant le 7 novembre 1462, Laurens Poutrel obtint de François Villon la promesse que celui-ci rendrait les 120 écus d'or dans le délai de trois ans : moyennant quoi il fut élargi.
Ainsi le pauvre Villon devait payer 40 écus par an à la Faculté sous peine de se voir emprisonné de nouveau ! Sans doute il pouvait arriver à trouver cette somme, puisque Laurens Poutrel lui faisait ce crédit; le vieux bedeau, qui le connaissait bien, n'entendait pas être sa dupe. Mais il faut avouer aussi que pour un homme qui commençait à se reprendre, c'était là une charge écrasante, qui pouvait bien le décourager. Ce vol du collège de Navarre fut le plus grand malheur de \''illon, comme il reste sa plus lourde faute: jamais le poète ne pourra échapper aux conséquences de cette lamentable affaire.
Le pauvre François retourna vraisemblablement demeurer dans sa chambre d'écolier, au cloître Saint-Benoît : il ne devait jouir encore que d'un mois de liberté.
Il faut bien reconnaître que dans l'affaire qui l'amena une
SïS DERNIÈRES ANNÉES 2$$
fois de plus devant le Châtelet, François Villon n'avait joué presque aucun rôle '.
François avait en ce temps-là lié connaissance avec un certain Robin Dogis, qui demeurait rue de la Parcheminerie, à l'enseigne du Chariot, presque au coin de la rue de la Harpe. Ce Robin Dogis avait pour ami un nommé Hutin du Moustier, qui n'était pas plus mauvais qu'un autre, et qu'on retrouvera plus tard sergent à verge au Châtelet \ Mais parmi les fréquentations de Dogis, on remarquait un clerc querelleur et violent, Rogier Pichart, un de ceux-là qui avaient l'insulte prompte et en venaient facilement aux coups \
QjLiant à la rue de la Parcheminerie, c'était une ruelle étroite, s'étendant entre la rue du Petit-Pont et la grand'rue de la Harpe. Elle était occupée surtout par des parcheminiers, des échoppes de scribes et d'écrivains ^.
Or, un soir, François Villon gagna la rue de la Parcheminerie pour demander à Robin Dogis s'il ne lui donnerait pas à souper : certainement il n'avait pas de quoi manger ce soir-là. Robin Dogis se montra disposé à satisfaire à sa demande ; avec eux vinrent souper Rogier Pichart et Hutin du Moustier. Quand le repas fut fini, il pouvait être sept ou huit heures du soir : on quitta la maison de Dogis pour se rendre dans la chambre de M^ François, bien vraisemblablement cette chambre d'écolier qu'il avait au cloître Saint-Benoît, car, avec ses trois compagnons, Villon monta la rue Saint-Jacques.
Il y avait là, à main gauche, touchant à la taverne de la Mule, et presque en face de l'entrée du couvent des Mathurins,
1. Sur tout ce qui suit cf. A. Longnou, Œuvres conipUtes de François Villon, 1892, p. Lxxi-LXXII.
2. Arch. Nat., S. 1036, fol. 26 (3 août 1474) ; Y. 5266, fol. 3 (16 juiu 1488).
3. Le 13 mai 1461, il comparaissait devant l'official pour avoir insulté, et frappé d'un coup de poing sur la figure, un nommé Hennequin, demeurant rue des Lombards (Arch. Nat., Z •»/,); le 29 mai Rogier Pichart, « famulus cridans », paya l'amende pour avoir appelé l'épouse de Lorin Lùgnelet ribaude, paillarde mariée, après que lad. épouse l'eut traité de fils de putain (Jbid.). — Des Pichart possédaient deux maisons rue Saint-Jacques en 141 1 (Arch. Nat., S. 897b).
4. \\i moment où je relis ces lignes on jette bas partie de cette curieuse ruelle.
240 FRANÇOIS VILLON. Sx\ VIE ET SON TEMPS
1 ecritoire de M^ François Fcrrcbouc, notaire pontifical '. C'était l'un de ces nombreux notaires qui exerçaient en France leur office par privilège du pape, au dam des notaires royaux et du Chdtelet, et qui authentiquaient leurs actes en y dessinant la croix de Saint-Pierre. Malgré le règlement du couvre-feu, ils étaient autorisés à travailler le soir; et souvent on voyait dans la nuit des lumières briller à leur auvent, éclairant de jeunes scribes penchés sur leurs rouleaux.
Vénérable et discrète personne M^ François Ferrebouc était d'ailleurs un homme assez considérable, qui pouvait bien connaître Villon, puisqu'il était venu s'établir dans la rue Saint- Jacques en 145 1. Etudiant à Paris, licencié en décret, bachelier ès-arts, et prêtre, Ferrebouc jouissait des bénéfices de plusieurs chapellenies et possédait diverses maisons à Paris. Il figure parmi les notaires qui transcrivirent le procès de réhabilitation de Jeanne d'Arc ; comme scribe de l'official de Paris, il avait assisté à l'interrogatoire de Guy Tabary, le voleur du collège de Navarre. François Ferrebouc semble au demeurant avoir été un lettré, puisqu'on le voit entretenir commerce d'amitié avec l'humaniste Robert Gaguin, qui l'estimait un « homme parfait ». Mais surtout Ferrebouc était l'ami de ces familles parisiennes de bouchers exerçant au Châtelet de grandes charges, comme les Thibert, les Boucher et les Marcel : et Jean Ferrebouc, son frère, marchand mercier, était parent de Pierre Chouart, notaire au Châtelet.
Or, Rogier Pichart, ce clerc querelleur, voyant de la lumière à l'auvent de l'écritoire de Ferrebouc, s'arrêta à la fenêtre, commença à se moquer des scribes qui travaillaient, cracha dans leur chambre. Les clercs sortirent dans la nuit, avec la chandelle allumée, interrogeant : « Quels paillards sont-ce là ? » Mais Pichart leur demanda s'ils voulaient k acheter des flûtes » : sans doute il entendait leur montrer de quel bois ces flûtes-là étaient faites, puisqu'il s'apprêtait à les battre.