‹ François Villon (volume 2)Chapitre 177 sur 402 · PI. XLI · texte numérisé non relu

PI. XLI

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Le rêve du clerc (BIbl. nat. fr. 1654, fol. 14»)

au milieu des jardins et des arbres ; vivre dans cette cité très calme, donner des leçons, dire l'office, prier au son des cloches, épouser, comme il l'avait déjà fait dans son adolescence, la cause et les intérêts de l'église.

La disparition de Guillaume fit un vide dans le petit cercle de ses bons amis. Jean le Duc, bénéficié de Saint-Benoît, son confrère et disciple, fut son exécuteur testamentaire, avec son neveu, le barbier Jean Flastrier, lui-même beau-frère de Jean le Duc. Guillaume de Villon lui laissait sa maison de la Parle Rouge que Pierre d'Origny, conseiller au Parlement, viendra bientôt habiter. Et Jean le Duc, avant de mourir, augmentera l'obit de son bon maître Guillaume. Quant au barbier Jtan Flastrier, dévot à la Vierge et à saint Benoît, il fera son testament en 1481. A treize ans de distance, sa pensée demeurait encore fidèle à son oncle Guillaume. Il demandera que son corps soit inhumé sous la toinbe du chapelain, dans la nef de Saint-Benoît, auprès de celui qui fut l'orgueil de la famille. Mais il n'oubliera pas pour cela le curé de Saint- Benoît, ni son clerc, ni l'œuvre du chœur, ni celle de la confrérie, ni la corporation des barbiers qui se réunissait dans l'église du Saint-Sépulcre. Après eux, seulement, il songera à Germain Vasline et à sa femme, Huguette Flastrier, filleule et nièce du barbier; à sa sœur Etienne, demeurant à Villon près de Tonnerre. Il laissera à son beau-frère Jean le Duc, prêtre et bénéficié de Saint-Benoît, sa vigne de Piquehoe, au delà du territoire de Notre-Dame des Champs, et le jardin du cloître faisant partie de VOstel de la Biche, sa vie durant. Après lui cette maison devait servir à loger les enfants de chœur que le barbier Flastrier établit à Saint-Benoît : car il n'y en avait pas avant la fondation du barbier et l'on ne chantait pas dans sa chère église. Ils étaient tenus de dire sur sa tombe, et aussi sur celle de son oncle Guillaume, le premier de chaque mois, aussitôt après la grand'messe, les sept Psaulmcs, avec la litanie : Libéra me, Domine, les versets et les oraisons : Deiis qtii inter apostoUcos sacerdotes... Inclina... famuli fannileqiie liiornm et fidelium, pour

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leur salut, celui de l'âme de sa femme, de ses parents et amis trépassés ' .

Oui, François aurait pu, comme ces braves gens, être d'église, consacrer le corps de Dieu pour réjouir sa simple et pieuse mère, professer les belles-lettres au collège de Navarre, enseigner le décret pour la gloire de son protecteur! 11 aurait pu avoir des maisons et des rentes ; au lieu d'un testament fictif faire un vrai et honnête testament, comme le barbier Flastrier. Enfant gâté, impressionnable, dévoré par la recherche des plaisirs et de la joie, ayant pris de bonne heure des habitudes de paresse et fait de tristes connaissances, Saturne lui avait réservé un autre fardeau ! François était né sous une planète néfaste. Déchu, désordonné, joueur, débauché, humble et remph d'orgueil, sensible toujours, mauvais et pitoyable tout à la fois, lisant cependant si clairement dans sa conscience, le pauvre regretta souvent l'existence bourgeoise d'un de ces habitants du cloître :

Hé ! Dieu, se j'eusse étudié.

Son idéal sera leur couche molle, un lit avec des draps et des chaises, une chambre nattée où il fait tiède.

Mais il est une chose qui eût bien surpris ces honnêtes personnes, qui aurait fort étonné Villon lui-même (car bien ironiquement François assure que sa renommée, sa mauvaise renommée bruit en l'honneur de M"" Guillaume), c'est que son nom, célèbre alors parmi des vauriens, des rimeurs de tavernes, des enfants perdus, des escrocs, ferait passer à la postérité celui du bon et riche chapelain de Saint-Benoît ; que l'histoire d'une petite communauté parisienne, dont il ne reste aujourd'hui que quelques pierres éparses, de vieux papiers et des parchemins jaunis, nous passionnerait encore afin d'entendre mieux quelques vers qu'elle inspira ; qu'elle revivrait seulement par les œuvres étincelantes, narquoises et attendries d'un pauvre enfant qui y fut recueilli.

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