Poés. div., IV, V
2. Cf. par exemple la « finesse » que Jacques Jereys et Jean Robert, dit Régnier, clercs, jouent à un prêtre de Lyon, Glaude. Celui-ci désirait fort de posséder une jeune femme, nommée Perrette, logée en l'hôtellerie des Trois Roys. Ils habillent un jeune garçon en femme pour le substituer à Perrette. Glaude devait prendre son amie le soir, en bateau, sur la Saône : il rencontre des compagnons qui viennent assister à la « finesse » ; il y a rixe. Glaude veut rejoindre le bateau qui l'a amené pour éviter d'être battu et se noie (Arch. Nat., JJ. i8i, p. 163 172, juillet-août 1452).
^. Gallia Christiania, 11, coll. 1260. On trouve ensuite Philibert, cardinal, évéque de Mâcon, puis Jean Rousseau entre 1483 et 1499. — Toutefois, le 2 décembre 1500, on voit que deux notaires parisiens faisaient l'inventaire des biens trouvés après le décès de Pierre Chauvin, protonotaire apostolique, abbé commendataire de l'abbaye de Saint-Maixent, mort dans la chambre d'Etienne Migeis, praticien en cour d'église, rue du Clos-Bruneau (Coyecque, Oiialrc catalogues de livres, dans la Revue des Bibliothèques, 1895).
qu'une des Repues franches, la septième, faite auprès de Montfaucon ', nous fournisse des traits analogues à la farce tragique dont Tappecoue fut la victime. On y voit deux galants qui avaient résolu un soir d aller coucher près du gibet de Montfaucon, de s'empiffrer de pâté, de boire et de s'amuser avec des filles. Surviennent deux écoliers qui ont décidé, eux, de dîner d'une franche repue. Ils ont revêtu des habits de diables, l'un portant un croc, l'autre une massue : ils fondent sur les galants,
Disant : « A mort ! à mort ! à mort ! Prenez, à ces chaisnes de fer, Ribaulx, putains, par desconfort.
Et les amenez en enfer ; Ils seront, avec Lucifer, Au plus parfond de la chauldiere, Et puis, pour mieulx les cschaufter, Gettez seront en la rivière ! »
Or nos galants de prendre la fuite tandis que les écoliers dévorent leurs provisions.
Que faut-il donc retenir de l'anecdote rabelaisienne ? Peu de chose. Sans doute elle est inspirée par une tradition orale qui mérite quelque respect ^ Il est probable que Villon s'est retiré en Poitou ; il est possible qu'il ait mis en scène une Passion à Saint-Maixent. Mais au temps où Rabelais a pu recueillir cette tradition, il n'y avait plus sur François Villon qu'une légende : c'était un fou disant de bons mots. Les Franches Repues représentaient alors tout ce que l'on savait de notre poète.
Il est donc plus que vraisemblable de penser que Villon disparut de bonne heure, dans le mystère, ruiné de santé et accablé de misère.
Ce qui est hors de doute, c'est qu'il ne rentra jamais à Paris; qu'il n'existait plus en 1489, au moment où l'imprimeur Pierre Levet donna la première édition de ses œuvres qui fut suivie rapidement de beaucoup d'autres. Il n'y prit aucune part.
I. Ed. p. Janncl, p. 215-219. — 2. Cf. Henri Clouzot, L'ancien théâtre en Poitou, 1901, p. 20 ; Noiivetiux (documents, 191 2, p. 4. Un fief du « Movne mort » était delà mouvance de l'abbavc de Saint-Maixent.
Il iVaurait pas été bien vieux cependant : Villon n'aurait guère eu que cinquante-neuf ans '.
On peut croire du moins que la pensée du pauvre vagabond, devenu voleur à la suite de mauvaises fréquentations, cruellement condamné en somme et interdit de séjour dans le seul endroit habitable pour lui, dut se porter maintes fois sur le cloître Saint-Benoît où il avait connu l'exemple de la sagesse et si longtemps joui d'un abri. Comme tout cela était loin maintenant ! Ah! s'il avait su, s'il avait sagement travaillé! Il est trop tard. Vieilli, tousseux, amaigri, plus halé que jamais, François souffrira du froid et de la faim, de toutes les déchéances d'un errant et d'un banni ' :
Hé ! Dieu, se j'eusse estudié Ou temps de ma jeunesse folle, Et a bonnes meurs dédié, J'eusse maison et couche molle.
Mais quoy ? je fuyoie l'escolle, Comme fait le mauvais enfant.
En esci'ipvant ceste parolle, A peu que le cuer ne me fent.
Le cœur lui aurait fendu davantage s'il avait appris que M'' Guillaume de Villon, cet homme de bien dont il portait le nom, à qui si plaisamment il avait laissé jadis sa mauvaise renommée, était décédé, dans l'année 1468 vraisemblablement. Comme lui, François aurait pu avoir « couche molle », une petite maison dans le cloître, semblable cà celle de la Porte Ronge,
I. Le 13 octobre 1499, il est question parmi les titres de propriété de Saint-Benoît d'un hôtel où pend pour enseigne le Gril, assis dans la grand'riie Saint -Jacques, tenant d'un côté à Guillemin Baillet, boulanger, et de l'autre à l'hôtel du Chevalier ail Cygne, aboutissant par derrière « aux hoirs et ayans cause de feu maistre François Willon ». Cette maison du Gril est dite, le 21 mai 1467, touchant à la Heii:{e, à la maison du Chevalier au Cygne, par derrière aux jardins de Sorbonne et d'autre côté à « maistre Guillaume Villon » (Arch. Nat., S. 889^ ; F. Bournon, Rectifications et additions à rahhc Lcheuf, p. 95, n. ). N'est-il pas évident qu'on a confondu par la suite, qu'on a mis le prénom alors célèbre de François quand il faut lire celui de Guillaume ?