‹ François Villon (volume 2)Chapitre 179 sur 402 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

LA LKGHNDlî Dit FRANÇOIS VILLON

Un des phénomènes les plus remarquables que nous présente l'histoire des personnages du moyen âge, est la rapidité avec laquelle ils passèrent dans la légende. A la mort de Du Guesclin on voit un chroniqueur, presque un trouvère, rimer en son honneur une façon de chanson de geste : et ce héros de la ballade des Hommes du temps jadis, « Claquin le bon breton », est introduit aussitôt par Louis d'Orléans comme dixième preux dans les sculptures de la grande salle du château de Coucy. Au lendemain du sacre de Reims, des légendes fleurissent sous les pas mêmes de la Pucelle et se répandent jusqu'en Italie et en Allemagne : et bientôt l'imagerie populaire fait de ce Jehanne, la bonne lorraine » une sybille, la dernière des preuses'.

Il s'est passé quelque chose d'analogue au sujet de François Villon. Il avait disparu dans le mystère. L'imprimerie répandit à Paris son œuvre, qui fut lue avidement après 1489. Comme Villon n'avait fait que parler de lui-même, il n'était pas difficile de lui prêter la physionomie qu'il avait adoptée. On le tint donc pour un fou émérite, un grand farceur, un buveur légendaire, pour le pauvre par excellence, le roi et le type des escrocs.

I. Voir t. I, p. 145 et n. — On notera que dans les extraits du Parlement (vers 1 500) où M. Schwob a retrouvé la date de la condamnation à mort de François Villon, l'auteur a écrit dans la marge en grosse capitale : Villon. Il a lait de même pour le nom de Jeanne d'Arc, quand il a transcrit la nouvelle de sa prise devant Compiègne (Bibl. Nat., Dupuy 2jo).

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Titre de l'édition originale des Poésies de Viilon

publiée .. l-ari.s yar l'un;- l.evel . ii ; ^,V,, (Bibl. nat., Res. y 245 •

ce que confirme cette belle rime de billon et de rHlon. Sa légende se répand, s'amplifie chaque jour : on lui prête alors, pour les rajeunir, des finesses qui remontaient jusqu'aux fabliaux.

Un livre commande en quelque sorte cette tradition, toute la légende villonesque : les Repues Franches.

On nomme ainsi un petit recueil qui circula aux environs de l'année 1500, peut-être un peu avant, tantôt avec l'invocation de François Villon et le titre de Sermon, tantôt sous le nom de Recueil des hystoircs de Repues Franches ' , Le Recueil des repues franches de maistre Françoys Villon et ses conipaignons \ et qui reparut, en 1532, sous celui de Plusieurs Gentillesses de maistre Françoys Villion. Ce livret était vendu à Paris, et surtout à Lyon, aux foires, où il pouvait bien intéresser les marchands'.

Et d'abord on entend l'acteur convoquer tous ceux-là qui vivent de Repues jr anches, c'est-à-dire d'escroqueries et de finesses: les jeunes avocats, les clercs, les héritiers de feu Pathelin qui savent le parler « jobelin », un de ces trompeurs, surnommé le capitaine du « Pont à billon », c'est-à-dire du Pontau-Change : enfin

Tous les subjets Françoys Villon.

Parmi eux l'acteur énumère « messire chascun Poicdenaire », les chevaucheurs d'écurie, les sots et les sottes, les bigots, les Turlupins (que nous reconnaissons au passage, ainsi que les Cordeliers et les Jacobins) ; tous les farceurs, les maquereaux et les maquerelles, les pardonneurs ; les valets et chambrières qui festoient quand leurs maîtres sont couchés (ceux-là non plus nous ne les avons pas oubliés), et les bonnes commères qui trompent leur mari.

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