Bibl. Xat., lat. 5494 ^ , fol. 40-41, 15 septembre
3. Voir Eutrapcl, ch. XXV ; Arch. Nat., Zî 3267, 24 août 1461, et ce qui a été dit au sujet des vignes de Guillaume de Villon, t. I, p. 85-86.
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ils en imposaient par leur nombre et leur insolence; et ils laissaient parfois derrière eux des pièces fausses '.
A Paris, on voit aussi trois jeunes gens pénétrer dans des maisons qu'ils connaissaient par des portes de derrière : des femmes ou des chambrières de mauvaise renommée les aidaient parfois. Ainsi procédaient Jacquet de Tirement, Simon Fayne et Thibaud Michel dans la maison de Guillemin Marier, rue de la Huchette ; et là ils prirent vingt et un pigeons dont ils firent faire deux pâtés. A l'aide d'une corde ils s'introduisaient dans les celliers par des soupiraux; de la sorte ils volaient chez un chandelier de suif, demeurant au bout du Petit-Pont, six fromages, un pot de terre plein de beurre, et des chandelles. Rue de la Harpe, en l'hôtel de la Heuzc, le plus mince des compagnons passait par la fenêtre d'une étable ; et là ils prenaient cinq pots de beurre ; rue Saint-Jacques, à l'hôtel de la Cloche Rouge, ils entraient par le soupirail de la cave et enlevaient des fromages et des vêtements ; et dans l'hôtel de Gervaise, le bedeau de la Nation de France, ils dérobaient de vieilles chapes, un chaperon, plusieurs livres d'Heures, des couvre-chefs, des pièces de drap pers et deux coins de fer. Le drap pers fut teint en noir: voilà le moyen de se procurer gratuitement des chausses. Par deux fois ils s'introduisaient chez un cordonnier de la place Maubert, en entrant par le soupirail et en sortant par la porte : là ils enlevaient des souliers et du cuir. A l'hôtel du Berceau, rue de la Harpe, avec l'aide d'une turquoise (c'était une façon de ciseau qui, avec le rossignol et le davict, constituait l'outil d)j larron), ils faisaient sauter la serrure d'un coffre et de l'huis d'un cellier, où ils enlevaient des draps de lit, six setiers de vin blanc doux, six œufs, deux quartiers de fromage. Chez Etienne Genevoys, procureur au Châtelet, ils pénétraient, toujours par un soupirail, dérobaient une cassette, un plat d'étain, trois quarterons d'oignons, quatre morceaux de bœuf, des tripes et des boudins. Chez M'^ Guillaume Fromont, ils
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prenaient des pots d'étain et deux quartes de vin blanc ; chez M'^ Jean du Breuil, ils trouvaient des fromages, des œufs, et un quarteron de poires. En l'hôtel d'un barbier, faisant le coin de de la rue de la Calandre, devant le Palais, ils volaient des pièces de lard, six jambons, quatre pots de graisse, des châtaignes, une chopine de taverne, trois quarterons de pommes, et un havel, c'est-à-dire un de ces crochets de cuisine qui servaient à tirer la viande du pot. Ils descendaient chez Jean de Longueil, toujours par le soupirail du cellier : mais ils n'enlevaient rien, faisant réflexion que c'était un homme de justice et de grande autorité. Rue Sacalye, Michel franchissait le mur d'une masure appartenant à Bernard Nyvete : il y trouvait plusieurs pièces de vin, mettait l'une en perce, recueillait le vin dans un seau qui fut monté à l'aide de la corde que tirait Simon. Le jour, les compagnons voleurs étudiaient les lieux où ils pourraient s'introduire. Ils allaient, armés de dagues et de becs de faucons, et n'opéraient jamais avant minuit. Ils portaient une lanterne avec eux, ou fixaient une chandelle au fond d'un pot. Et parfois ils erraient la nuit à l'aventure, ne trouvant rien à faire ; car, le plus souvent, les soupiraux étaient treillissés de fer et de bois. Ils n'avaient aucun outil pour crocheter les serrures, sauf ce ciseau à froid nommé tiirqiioise\
Voilà, si l'on veut, de vraies « repues franches » contemporaines de M*^ François. Il faut bien reconnaître qu'elles ne ressemblent que de loin aux facéties littéraires que nous possédons sous ce titre. Mais ces vols nocturnes donnent à penser sur certains aveux que François Villon nous a faits. On ne peut s'empêcher par exerhple de songer à ce jardin, à cette maison litigieuse que Pierre Baubignon "■ était censé avoir loués à Villon' :
Par faultc d'ung uys, j'y perdis
Ung grez et ung manche de houe.
Alors huit faulcons, non pas dix,
N'y eussent pas prins une aloue.
I. Arch. Nat., JJ. 188, p. 159. CJuilljt 1459). ~ 2. Voir à l'appendice. — 3. T., h. 86.
L'ostcl est seur, mais qu'on le cloue.
Pour enseigne y mis ung liavet ; QjLii que l'ait prins, point ne l'en loue : Sanglante nuvt et bas chevet !
Ainsi' dans la nuit noire, iTançois Villon s'y glissait pour venir reposer, alors que les faucons n'eussent pas distingué une alouette. Par faute d'une porte, il y avait perdu, assure-t-il, ces objets de valeur : une pierre, un bâton, un manche de bêche. Cet hôtel si sûr, on fera bien de clouer sur ses portes et ses fenêtres des palissades, comme on le faisait dans les maisons abandonnées : et, comme il manquait d'enseigne, ce pauvre hôtel au pignon incliné, Villon, qui les aime, a vite fait de lui en donner une : il a fiché dans le mur un havet de cuisine, un de ces grands crochets de fer dont on usait pour happer la viande du pot. Cette enseigne suspecte (ce croc peut devenir bien vite un instrument d'effraction), quelqu'un l'a fait disparaître. Villon le maudit, comme il maudit la nuit mauvaise passée à la dure sur le chevet trop bas, sur le rude plancher de cette maison désertée'. Mais que faisait-il là à cette heure ? Q.u'était exactement ce crochet qu'il avait entre les mains ? Peut-être que les trois compagnons voleurs qui s'introduisaient dans les maisons par les soupiraux des caves, les portes des celliers, qui avaient des accointances avec les femmes, et qui, eux aussi, enlevèrent un havet, l'entendaient mieux que nous.
On ne voit rien de tel dans les Franches Repues ; il apparaît, avec évidence, que François Villon n'est guère coupable de ces platitudes, de ces grosses facéties sans finesse. Le poète ne s'est pas copié ; il n'a pas repris, à contre-sens, les traits et les mots des Lais et du Testament. Il n'eût pas risqué des farces vieilles de trois siècles, usé de plaisanteries aussi périmées. Les Franches repues ne sont que littérature, et mauvaise littérature, propre seulement à ébaubir de simples écoutants, des