PI. XLIII
grant teflament i^îllon ce
Le fou et la folle
sur le liiri- .i une ciiliim Je Vill^m publiée fjr Michel Le .\,iir
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(Catalogue de la Bibliothèque James de Rothschild, t. I)
sèment sa conscience, lui qui a vécu à la peine et qui a dit dans ce portrait, plus vrai que toute peinture : « je riz en pleurs » ? Un « bon follastre », voilà ce qu'on connaîtra désormais de sa personne et de son caractère !
C'est presque tout ce qu'en savait déjà Eloi d'Amerval qui, dans sa Grant DeahUrie, nous fournit le premier témoignage sur François Villon :
Comment les juges sont aveugles et exemples du testament Villon joyeulx
(ch. LXVIIj).
Maistre Françovs Villon jadis, Clerc expert en faictz et en ditz, Comme fort nouveau qu'il estoit Et afarcer se delectoit, Fist a Paris son testament :
Ouquel de ses biens largement Ca et la a plusieurs donna.
Et de son bon gré ordonna, Pour mieulx bailler de ses sornettes.
Qu'on donnast toutes ses lunettes.
Apres sa mort, aux Quinze-Vingtz Pourtant qu'ilz furent ses voisins :
En se farsant d'eulx, enten bien.
Que leur valoit ce don ? De rien, Veu qu'ilz ne vcoyent nullement.
Mais il faillit bien grandement.
Noz juges, tu le peulz sçavoir.
En doyvent leur part avoir :
Car sont aveugles, comme eulx.
Les aultres, crov moy si tu veulx, Ne voyent huv ne grain ne goutte.
Ainsi aux yeux de son contemporain, un moraliste qui l'avait connu peut-être, et qui l'imita, François Villon n'aurait été qu'un « farceur ». C'est encore le souvenir d'un fou, et d'un joueur de farces, que l'on trouve de lui dans les Mémoires du gentil Messin Philippe de Vigneulles, lui aussi un poète. On y lit cette histoire à l'année 1503 ' :
I. Ed. Michelant, p. 145-146. (Bibl. Nat., n. acq. fr. 6720, p. 208. On a suivi le texte de ces mémoires autographes).
FRANÇOIS VU-LON. — H. l8
lJ4 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS
« Ung peu après fut acuzc Jehan Mangin, le filz Mangin le tailleur, lequel le avoit fait marveille en son tampts : car ce fut ung second Fransoy Willon de bien rimer, de bien juer fairxe et de tout embaitcmcnt, tellement c'on ne cuide point avoir veu son pareille en Mets. Et le mairiait son père richemant a la fille maistre Hannes de Ranconnauld, l.e maisson, qui fist le grand clochez de meutte de la grande église de Mets. Mais ledit Jehan Mangin ce gouvernait tcllemant qu'il fist powre son père et luy meisme. Et fist de sy grant follie qu'il fust raichetc iij ou iiij fois de grant dangier, comme d'estre pandus ou d'aultrement. Et n'y avoit presque enneiz qu'il ne fust ij ou trois fois en prison en l'ostclz de la ville. Mais son bien faire et son bien dire le faisoit tousjour achapper. Et qui vouroit acripre sa vie, ce ceroit une Bible : pour ce m'en tais a presant, et vous dires seullement la cause de son ailliez et baignissement. Il est vray que nouvellement avoit esté en la maison de la ville pour aulcune cause que je laisse. Cy fut remis hors a la requeste dez jonne seigneurs. Mais ung peu aprez il enfoursait uune jonne fille en l'eaige de xij ans et la mist en ung piteulx point. Et aincy c'on le cuidaist pranre, il c'en fuist au Cairme. Et furent fait lez huchement sus lui, cellon la coustume de Mets pour ce venir excuses ; mais il ne c'y avoit guère de trower. Il eust peur c'on ne l'aillait pranre aux Cairme, comme il estoit conclus ; cy c'en fuit par ung mattin en abist de femme avec dez drappiaulx sus sa teste, faignant ailler lez layez en Muzaille ; et c'en aillait par le pon Tieffroy, nonostant c''on avoit mis gairde par toutte lez pourte. Cy trowist il la manier d'eschaiper par la manier dessus dicte : dont lez pourtiez en furent en malz ens. Et c'il eust esté tenus, a celle fois on eust fait cruelz justice. Et pour ce il fust baignis et fourjugicz dez adonc a tous] ours maix. Il mourut ledit ans a Rome a l'ospiteaulz du saint Esperit '. »
Un fou qui dit de bons mots et joue de bonnes farces, tel apparaîtra encore Villon à Rabelais, qui connaissait bien son œuvre \
Car Rabelais a mentionné le poète au moins quatre fois. Il a cité le refrain : « mais ou sont les neiges d'autan ? c'estoit le plus grand souci de Villon, poète parisien... » ; il le retrouve dans les enfers (Pantagruel, 1. II, ch. 30) : «Je veids maistre Françoys Villon qui demanda a Xerces combien la denrée de moustarde. Ung denier, dit Xerces : a quoy dist Icdict Villon : Tes fiebvres quartaines, villain ! la blanchée n'en vault que ung pinart, et tu nous surfaicts ici les vivres ! Adonc pissa dedans son
1. Cette dcrniorc phrase en surcharge, au-dessus de la ligne.
2. Cf. Louis Thuasne, Villon et Rabelais, notes et commentaires. Paris, 191 1, in-8.
bacquet, comme font les moustardiers de Paris ». Et nous avons étudié déjà les anecdotes relatives au soi-disant séjour de François Villon en Angleterre, à la Passion de Saint-Maixent. Tous ces témoignages attestent un état avancé de la légende du bon a foUastre ». Le terme extrême de cette évolution nous sera donné par Brantôme, qui placera résolument Villon parmi les fous célèbres : « Je crois que si l'on fust esté curieux de recueillir tous les bons mots, contes, traits et tours dudit Brusquet, on en eust fait un très gros livre, et n'en déplaise à Pivan, Arlod, ny à Villon, ny à Ragot, ny à Moret, ny à Chicot, ny à quiconque a jamais esté. »
Villon devint aussi rapidement le type populaire de l'escroc, comme Pathelin '. Il est remarquable de voir que l'imprimerie répandit dans le même temps l'admirable farce et le Testament \ On écrira bientôt le Testament de Pathelin : ces deux œuvres seront confondues dans une même personnalité. On dira les hoirs Pathelin, les hoirs Villon ; Paucquedenaire complétera ce trio légendaire, cité dans presque toutes les facéties de la première moitié du xvi*^ siècle '. Ce type de l'escroc, emprunté aux Repues Franches, nous le trouvons déjà dans la Vie et trespassement de Caillette (26 août 1 5 14). Jean Carrelin, dit Caillette, c'était le bon fou, prédécesseur de Triboulet, l'innocent qui ne savait dire que « papa, maman » : or nous lisons à son sujet '^ :
I. Le seul trait que j'aie rencontré oflfrant une conception différente de la légende se rencontre dans Guillaume Alecis. Le moine de Lyre connaissait bien Villon à qui il emprunta, entre autres, le refrain : Bien est heiiretix qui rien ny a. Villon passe plus justement à ses yeux pour un rufian, dans son Contieblason des jaulses amour: :
duant les gallans — Vites, qui allaiis — Vous ont deccuptes, — Lors dos et flans — Vous sont sifflans — Com s'estiés putes, — Ciarces pollutes — Très dissolûtes — Or et argent vous postulans. — François Villon maintes inibulles — En a ; par quoy cloyez voz bulles — A telz rufîans muhilans.
Villon est aussi le type du pauvre homme :
Aussi demeure pouvrc comme Villon lit-on dans le Débat de l'amoureux et de la daine (Jardin de Plaisance, éd. Vérard, fol. 128 yo).