XXIII. — JEAN DE RUEIL
Le vers 1365 du Testament donne ainsi le nom de ce personnage, suivant les leçons AGI ; suivant F, on devrait lire Reynel, plus heureux pour la rime. M. A. Longnon, qui dans l'édition de 1892 avait publié ce vers :
Prins sur maistre Jehan de Rueil
a cru devoir le corriger dans l'édition de 191 1 :
Prins sur maistre Jehan de Reynel,
Evidemment Villon a un grand souci des rimes : mais Jehan de Reynel est un personnage inconnu ', tandis que le nom de Jehan de Rueil nous désigne un légataire parfaitement identifiable, et nous fournit même une excellente plaisanterie pour le sens du huitain. Enfin, c'est une règle presque absolue de la critique du texte de Villon, qu'il convient de grouper dans nos identifications les personnages d'un môme milieu, comme ils le furent dans la pensée du poète : Jean de Rueil doit donc appartenir au milieu du Châtelet, comme Basanier, comme Mautaint, comme Rosnel, comme Robert d'Estouteville, nommés également dans le huitain 128. On ajoutera que la correction Reynel va contre la leçon commune et s'appuie sur l'autorité d'un seul manuscrit.
Les Rueil appartenaient à une riche famille parisienne, qui sera anoblie ; mais elle a ses attaches au Châtelet, ses relations et ses alliances parmi le haut commerce parisien, les Riou, les Merbeuf : Villon ne l'ignora pas.
Jean de Rueil l'aîné, sans doute le fils d'un autre Jean de Rueil, décédé avant 1437^, était licencié en lois et auditeur au Châtelet en 1461 3. Il fut tour à tour conseiller du roi, secrétaire, échevin de Paris 4, lieutenant de la ^Prévôté, seigneur de Vaux près Argenteuil, puis anobli. Il mourut en 1491 s.
Jean avait épousé Jeanne Piedefer, fille de Jacques, qui fut avocat au Parlement et au Châtelet 6.
1. Un Jean de Rinel est dit conseiller de Henry VI en 1432 (Denifle et Châtelain, Chartularium Universitatis Parisiensis, IV, p. ^37.) Mais on ne voit guère ce personnage dans la génération des légataires de Villon.
2. Arch. N.it., S. 1461'''. — Il est question d'une maison, rue du Cimetière Saint-Nicolas, censive de Saint-Martin -des-Champs, qui fut aux hoirs Jean de Rueil. — Jeanne de Rueil eut une maison rue des Gravilliers, au Soleil (Jlnd.) ; une Denise de Rueil demeurait rue Quincampoix, aux Trois saulcières {Ihid.).
3. Arch. Nat., X'" 1484, janvier 1461 (n. st.); Bibl. Nat., fr. 23328.