‹ François Villon (volume 2)Chapitre 296 sur 402 · Pierre Champion, Vie de Charles d'Orléans, p · texte numérisé non relu

Pierre Champion, Vie de Charles d'Orléans, p

devait éprouver les rancunes de Louis XI qui le fit emprisonner à son avènement.

Chastellain a fait un magnifique éloge de Brézé, lors de son emprisonnement à Loches, adjurant précisément Charles d'Orléans de le tirer de son cachot'.

Pierre de Brézé a donc pu payer une première fois les dettes du poète ; il s'y est refusé une seconde, et Villon s'en est vengé laidement, tandis que le sénéchal était prisonnier. Et peut-être faisait-il là le courtisan, si l'on songe que Robert d'Estouteville, son protecteur, haïssait Brézé ^. Equivoquant sur son titre, Villon lui souhaitait de devenir « mareschal », mais un maréchal qui devra ferrer les oies et les canards, suivant une vieille plaisanterie attestée par certains noms propres, tel par exemple celui du notaire Ferrebouc. Et Villon lui envoyait ses « sornettes » pour le désennuyer : il avait éprouvé qu'on ne s'amusait guère en prison ; mais, comme un auteur s'adressant à un confrère, il lui laissait le loisir de les brûler. Villon concluait par un proverbe :

« De bien chanter s'ennuye on bien ».

Ce qui revient à dire: les plus belles chansons finissent par lasser. Or, adressé à un prisonnier, ce proverbe prend une ironie particulière : car le prisonnier était comme un oiseau en mue. Les étudiants de Paris, qui avaient chanté la complainte d'Hugues Aubriot, leur ennemi, prévôt de la ville au temps de Charles V, tandis qu'il se trouvait prisonnier de Charles VI, auraient certainement compris cette plaisanterie. Aubriot avait eu une belle volière, dans son hôtel de la rue de Jouy : maintenant il était comme l'un de ses oiseaux :

Courrouciés est de tes oiseaux

Qu'oïr ne pues chanter en caige

Mais bien puis faire les appeaulx (appels)

Pour chanter en ton geolaige.

Tu as perdu ton poil vollaige

Par trop estre à vent et à pluye

Et dist l'eu : beau chanter ennuyé «.

On ne peut faire que de faibles objections à la très ingénieuse hypothèse de Schwob. L'irrespect témoigné à ce grand personnage qu'était le sénéchal

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