‹ François Villon (volume 2)Chapitre 53 sur 402 · Monnaie de peu de valeur · texte numérisé non relu

Monnaie de peu de valeur

8. On a vu plus haut le sens de cette distinction théologique. Il ne faut pas surtout y chercher une déclaration de libre pensée.

9. Elle passait au moven âge pour le type accompli de la beauté.

LES cÔquillards 8i

L'homme donc est fol et infâme Qjiii, pour si peu, couche ' tel gage.

« Qju'ung chascun encore m'escoute !

On dit, et il est vérité,

Que charretée ^ se boit toute,

Au feu l'yver, au bois l'esté.

S'argent avez, il n'est enté ;

Mais le despendez tost et viste.

Qui en voyez vous hérité ?

Jamais mal acquest ne prouffite. »

Il l'a éprouvé, le pauvre Villon ; il le sait cruellement. Où sont aujourd'hui les cent écus du collège de Navarre ? Mais plutôt M^ François va nous le dire joyeusement où sont allés ces écus, et tant d'autres. Moralement, gravement, vous l'entendrez conclure :

Car ou soies porteur de bulles ', Pipeur4 ou hasardeur de dez, Tailleur de faulx coings, tu te brusles, Comme ceulx qui sont eschaudez >,

1. Coucher, c'est liuéralement mettre au jeu. Cf. Eustachc Deschamps, t. X, glossaire.

2. Tout ce que porte une cliarrette de viu soit bon ou mauvais (ajoute Marot dans sa glose).

5. Les porteurs de bulles, de rogatons, avec les faux pèlerins, les porteurs de reliques, les quêteurs, ont formé une catégorie des classes dangereuses (Pierre Champion, op. cit., ap. L. Sainéan, I, p. 372). Le 26 mars 1457 ("• st.j Charles VII avait fait rendre une ordonnance au sujet des abus commis par certains quêteurs sous prétexte d'indulgences. Ils publiaient de fausses lettres, rassemblaient le peuple sans autorisation, et levaient sur lui parfois beaucoup d'argent. Le roi déclare que pour quêter il faudra de nouvelles lettres délivrées par sa chancellerie et qu'on ne pourra plus user de vieilles indulgences. Parmi ces porteurs de vieilles bulles, on remarquait des gens mariés et même des étrangers. Ils sont dits aller de ville en ville, d'église en église, de château en château. Ils se servaient d'habits de religieux du 3'-Esprit, de la Trinité Notre-Dame, de la Merci, de S' Antoine. Et parfois aussi ils se faisaient faussement appeler maîtres es arts ou en théologie. Leurs discours n'étaient pas trop catholiques, et beaucoup avaient commis de grands crimes, abus, larcins et faussetés : en conséquence le roi ordonnait de prendre au corps les porteurs de bulles (Arch. Nat., P. 1534 5, fol. 209).

4. « Ung pipeur c'est .1. joueur de dez et aultres jeux où il y a advantaige et déception », traduit l'enquête sur les Coquillards.

5. Ce sont les faux-monnayeurs, tels que ceux qui furent en effet bouillis au Morimont de Dijon en 1457 5 '^ '7 décembre 1456 Christophe Turgis, le coquillard, avait été bouilli à Paris au Marché aux Pourceaux (Bibl. Nat., Dupuv 250).

82 FRANÇOIS VILLON, SA ViE ET SON TEMPS

Traistres parjurs, de foy vuydez ; Soies larron, ravis ou pilles, Ou en va l'acquest, que cuidez ?

Tout aux tavernes et aux filles.

Ryme, raille, cymballe, luttes,

Comme fol, foinctif, eshontez ;

Farce, broulle, joue des fleustes ;

Fais, es villes et es citez,

Farces, jeux et moralitez ;

Gaigne au berlanc ', au glic ^, aux quilles.

Aussi bien va, or escoutez !

Tout aux tavernes et aux filles.

De tclz ordures te reculles.

Laboure, fauche champs et prez, Sers et pense chevaux et mulles, S'aucunement tu n'es lettrez ; Assez auras, se prens en grez.

Mais, se chanvre broyés ou tilles, Ne tens ton labour qu'as ouvrez Tout aux tavernes et aux filles 3 ?

Chausses, pourpoins esguilletez, Robes, et toutes voz drappilles, Ains que vous fassiez pis, portez Tout aux tavernes et aux filles.

A vous parle, compaings de galle, Mal des âmes et bien du corps.

Gardez vous tous de ce mau hasle Qui noircist les gens quant sont mors 4 ; Eschcvez le, c'est ung mal mors ; Passez vous en mieulx que pourrez ; Et, pour Dieu, soiez tous recors Qu'une fois viendra que mourrez.

Page 1