‹ François Villon (volume 2)Chapitre 70 sur 402 · Pierre Champion, Vie de Oiarles d'Orléans, p · texte numérisé non relu

Pierre Champion, Vie de Oiarles d'Orléans, p

5. En 1412 Charles d'Orléans avait prêté au duc de Bourbon 12.000 écus ; l'année suivante 200 livres. On plaidait encore au sujet de ces créances le 28 avril 1477 (Arch. Nat., X^^SiS, fol. 182).

roi, et vint visiter ses états. En 1457, une nouvelle tentative des Anglais en Guyenne le rappelait dans son gouvernement : mais, l'année suivante, il sera de retour à nouveau dans son Bourbonnais.

Bourbon resta le rimeur qu'avait été Clermondois. Il se donnait toujours pour inconsolable. Charles d'Orléans le réconfortait, et tous deux plaisantaient suivant les formes de l'hommage féodal ; enfin Jean de Bourbon, comme Charles d'Orléans, aimait les beaux livres et les rhétoriqueurs. Ainsi Moulins était devenu, comme Blois, un autre « séjour d'honneur » dont les lettrés apprirent le chemin. On y rencontrait Jean Robertet, secrétaire du duc de Bourbon, et son bailli d'Usson, qui avait plus de bonne volonté que de talent; Guillaume Cadier, clerc des comptes, qui devint gentilhomme ; Fraigne, un Bourbonnais de mince noblesse, qui versifiait avec charme. On trouvait donc autour du duc de Bourbon une petite cour littéraire, un cercle où un homme comme maître François pouvait parler.

D'ailleurs, en Bourbonnais, François Villon était en quelque sorte dans son pays, celui du moins d'où les Montcorbier avaient tiré leur origine. Dans la charmante requête qu'il adressa au duc Jean de Bourbon, il ne manqua pas de lui rappeler qu'il était « son seigneur ». Déjà le duc lui avait prêté six écus ; qu'il fasse encore un elîort en faveur du pauvre, prêt à s'obliger pour cette nouvelle dette devant toutes les juridictions que l'on voudra : le généreux duc n'y perdra seulement que « l'attente », suivant la formule même que les grands seigneurs employaient bien souvent quand ils délayaient de payer leurs serviteurs '. Mais il était impossible de se montrer plus fin, plus spirituel, plus courtois, que le fut Villon en cette circonstance envers un prince du lys ^ :

1. Cf. à l'appendice la notice sur Andry Couraiid. — « L'argent scj-a seur et bon ; et n'y aura, Dieu aydant, que la pascience de l'attente » lit-on dans une lettre de Mathieu Beauvarlct à Jean Bourré (Bibl. nat., fr. 6602, p. 126).

2. La fortune de cette ballade fut considérable, bien que nous ne la possédions plus que par la source I (dont P et R paraissent dérivées), et par un ms. poétique lyant appartenu au Cardinal de Rohan dont les variantes n'ont pas été relevées

Le mien seigneur et prince rcdoubté, Fleuron de lys, royalle geniture ', Françoys Villon, que Travail a dompté A coups orbes ^, par force de baturc, Vous supplie par cestc humble escripture Qiie lui faciez quelque gracieux prest.

De s'obliger en toutes cours est prest, Si ne doubtez 3 que bien ne vous contente : Sans y avoir 4 dommaige n'interest, Vous n'y perdrez seulement que l'attente.

A prince n'a ung denier emprunté.

Fors a vous seul, vostre humble créature. De six escus que luy avez preste, Cela pieça il meist en nourriture.

Tout se paiera ensemble, c'est droiture, Mais ce sera legierement > et prest ; Car, si du glan rencontre en la forest ^ D'entour Patay, et chastaignes ont vente 7,

(Bibl. Nat., Rés. Ye 169, notice à la suite du Jardin de Plaisance.') Cf. l'épître de Crétin à François Jer (Œ;w;«, Paris, 1527, fol. 134V0):

J.idis Villon gagna le jeu pour bon — En recevant par un duc de Bourbon — Certains escutz soubz asseurée entente — Ne debvoir riens perdre fors attente — Se la forest de Pastay rencontroit — Ht gland l'année en vente bonne entroit... — A ce propos si ce gentil Villon, etc. et la charmante imitation de Marot, épître 29e à un sien ami :

Puis que le roi a désir de me faire

A ce besoin quelque gracieux prest

J'en suis content, car j'en ai bien affaire.

Et de signer ne fuz oncques si prest.

Pourquoi vous pri, scavoir de combien c'est

Qu'il veut sedule, affin qu'il se contente :

Je la feray tant seure (si Dieu plaist)

Q.u'il ne perdra que l'argent et l'attente !

1. La maison de Bourbon tirait son origine de Robert, sixième fils de saint Louis; trois fleurs de lys figurent dans l'écu de Bourbon.

2. Contusions, par opposition aux coups formant des « navrures », des plaies. Cette formule est de style et se rencontre fréquemment dans les lettres de rémission, entre autres.

3. Se dotibte ave:;;^ (Variante du ms. du cardinal de Rohan).

4. Ne d'y avoir. — 5. Vite. — 6. Car si de glan rencontre la forest.

7, « Entour Patay n'y a aucune forest et n'y vend on chastaigne ». Glose de Marot. — Une plaisanterie analogue se trouve dans le legs à Jacques Cardon du gland d'une saussaie. Il y a lieu aussi d'en rapprocher l'expression « attendre le gland qui tombe » que l'on voit dans Eutrapel (Contes, 1585, p. 93) : « Eutrapel donc alla à la cour, où il vit bien du rosti et du bouilli : il y en avoit une douzaine de contens et bien à leur aise, le reste attendant le gland qui tombe ».

Paie serez sans delay ny arrest :

Vous n'y perdrez seulement que l'attente.

Se je peusse ' vendre de ma santé A ung Lombart, usurier par nature, Faulte d'argent ^ m'a si fort enchanté 3 Qu'en prendroie, ce cuide, l'adventure 4. Argent ne pens a gippon n'a sainture 5 ; Beau sire Dieux ! je m'esbaïs que c'est, Car ^ devant moy croix ne se comparoist, Si non de bois ou pierre, que ne mente ' ; Mais s'une fois la vraye m'apparoist **, Vous n'y perdrez seulement que l'attente.

Prince du lys, qui a tout bien complaist, Que cuidez vous 9 comment il me desplaist, Quant je ne puis venir a mon entente ? Bien entendez '° ; aidez moy, s'il vous plaist : Vous n'y perdrez seulement que l'attente.

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