Pierre Champion, Vie de Charles d'Orléans, p
Bourbon, qui avait pour devise Espérance ', se montra généreux * :
Combien qu'au plus fort de mes maulx,
En cheminant sans croix ne pille,
Dieu, qui les pèlerins d'Esmaus
Conforta, ce dit l'Evangile',
Me monstra une bonne ville
Et pourveut du don d'Espérance ;
Combien que le pécheur soit ville,
Riens ne hayt que persévérance.
Le duc de Bourbon était, depuis l'année 1436, Jean II, qui n'avait guère que trois ans de plus que François Villon \ Jeune homme, il fut bien souvent l'hôte de Charles d'Orléans, qui aimait à le plaisanter : il nourissait pour lui une vive affection et les maisons de Bourbon et d'Orléans avaient des intérêts communs que de communs malheurs créèrent'. Ce jeune prince, on le nommait Clermondois ; et Charles le disait le « droit héritier » de Bourbon et de la goutte paternelle ; or ce bon jeune homme était aussi affligé d'un « estomac de papier ». Clermondois composait des rondeaux langoureux et parfois il faisait le moraliste, ce dont s'amusait le vieux Charles d'Orléans : mais cela n'avait pas empêché le jeune homme de se conduire comme un héros à Formigny, où il avait provoqué la déroute des Anglais, ainsi qu'à Castillon.
A la mort de Charles de Bourbon, son père (4 décembre 1456), Jean avait quitté la Guyenne, où il était lieutenant-général du
1. La Mure, Histoire des ducs de Bourbon, 1868, II, p. 253. « Apres que le susdit prince conte de Foix eut fait ses xij coursses, vint sur les rencs monsieur de Clcrmont... le quart [cheval housse] de velours cramoisy à grandes lectres grecques de fil d'or en escriteaulx de sa devise, c'est à savoir : Espérance de Bourbon Et en faisant ses douze venues rompit viij lances contre Monsieur de Saint Pol et messire Pierre de Braizé ». Description des fêtes de Nancy, en 1444, dans V Histoire de Gaston IV, éd. H. Courteault, I, p. 16.