Je corrige que suivant la version inédite
7. Equivoque sur la croix frappée sur les monnaies et les croix si nombreuses que l'on voyait jadis sur les routes.
8. Il n'est guère utile d'aller chercher là un trait d'esprit fort. C'est une allusion à l'apparition de la croix blanche à Bayonne en 1451, événement connu de tous, (Chartier, II, p. 320) et en particulier du duc de Bourbon qui avait fait cette campagne. Ce miracle a été l'objet d'une épître latine d'Antonio d'Asti adressée à Charles VII (Bibl. de Grenoble, ms. 873). — Il est déjà question de la sainte croix (nous disons sainte galette) dans Eustache Deschamps, IX, p. 153.
9. Que pansés vous. — 10. Bien m'entendes. — 11. Au dos de la lectre. 12. Quoy que n'ayez ne pié ne langue.
104 FRANÇOIS VILLON, SA Vlli ET SON TEMPS
Sur l(j chemin qui l'amena vraisemblablement de Blois à
Moulins, Villon a pu passer par Saint-Satur que dominait San-
cerre, où il y avait sans doute un monument phallique qu'il
remarqua' :
Si m'en ilesnictz aux hoirs Michault ^, Qui fut nomme le Bon Fouterrc ; Priez pour luy, faictes ung sault :
A Saint Satur gist, soubz Sanccrre
Quant à la plus lointaine étape de son long voyage, ce fut Roussillon (Isère, arr. de Vienne), une enclave que possédait précisément la maison de Bourbon \ Parcourut-il le bassin tourmenté de la Loire, ou suivit-il le chemin plus fréquenté qui longeait la Saône, puis le cours du Rhône ? Impossible de le savoir. Il est certain du moins que le paysage qu'il eut alors sous les yeux devait surprendre assez un Parisien qui avait erré à travers l'Orléanais ou la Sologne. Il dut regarder avec quelque étonncment, sous cette lumière heureuse, qui est déjà celle de la Provence, les clochers carrés, les terres grises et blondes coupées de cultures et de vignes, le fleuve immense et rapide ouvrant son chemin vitreux à travers ces larges falaises que dominent les hautes et sombres montagnes du Vivarais. Mais nous savons surtout que François Villon
1. Il y avait dans tous les cas des ruines romaines à Saint-Satur (Buhot de Kersers, Histoire et statistique nioiiuvientale du cUporteinent du Cher, Bourges, 1893, 27e iasc, p. 42 et suiv.). Là s'élevait l'antique Castrum Gordonis,où l'on apporta des reliques de saint Satire à la fin du vii^ siècle. On a retrouvé, tout près, des ruines, des mosaïques, des statuettes, à la Folie et à Saint-Thibaud. Villon a-f-il cru voir là le tombeau du Fouteor légendaire ? 11 y avait de ces cultes étranges, en Bourbonnais : S' Foutin au Veurdre (Cf. S* Foutard, dans Eustache Deschamps, IV, p. 280), S' Greluchon à Bourbon-l'Archambault (Cf. A. Dulaure, Histoire abrégée des divinités génératrices, 2= éd. Paris, 1825, II, p. 270; E. Le 'Brun, Le Veurdre, 191 3, p. 24). Mais il y a lieu de remarquer aussi que le type du Fouteor était classique dans la littérature populaire (Recueil général de fabliaux, I, p. 304 et suiv.); que le « saut Michelet » désignait l'acte du bon « fouteor ».
2. Il y avait une équivoque fréquente au xv^ siècle sur le saut Michel ou Michelet (Montaiglon, Ane. poésies françaises, III, p. 239, 242).
3. Dans son testament, de décembre 1456, Charles duc de Bourbon avait laissé cette terre à son bâtard Louis (Arch. Nat., P. 1370', cote 1870). M. Jean-Marc Bernard a bien voulu m'écrire qu'il a fait « de vaines recherches dans les archives du château ».
laissa à de nombreux buissons et à beaucoup d'épines les morceaux de son pauvre habit; que ce pays, accidenté, présentait quelque chose d'hostile à un contemporain berrichon qui tenait ses habitants pour de « rudes gens, vestus de gros bureaulx, comme sont gens de toutes montaignes ' » :
Tant que, d'icy a Roussillon, Brosse n'y a a ne brossillon Qui n'eust, ce dit il sans mentir, Ung lambeau de son cotillon.
Quant de ce monde voult partir.
Il est ainsi, et tellement,
Quant mourut n'avoit qu'ung haillon ^...
Nous ignorons pour quelle cause François Villon était dans les prisons d'Orléans, au cours de l'été de 1460. Mais on se rappelle qu'il y eut des voleurs en ce temps dans l'Orléanais : Colin de Cayeux, qui fut pendu au mois de septembre, avait opéré cà Montpipeau ; on y avait vu aussi rôder des bandes de « caymands. » Car ces vendeurs de chaînes dorées, ces pèlerins d'amour qui « baillent leurs coquilles », ces « coquins », ces « caymands », assimilés aux beaux yeux qui ravissent le cœur dans les poésies de Charles d'Orléans, semblent bien des figures inspirées par la réalité'. Tout ce que nous pouvons savoir, c'est que l'affaire de Villon était fort grave et qu'elle devait déterminer une sentence de morf*.
Or il arriva que le 17 juillet 1460, le duc Charles, la duchesse et Mademoiselle Marie, leur fille, se rendirent à Orléans. La petite princesse avait trois ans et faisait sa première et joyeuse entrée en la ville. Cette « belle fille », alors la seule héritière du duc, attendue depuis si longtemps, on la fêta comme une jeune
1 . Gilles le Bouvier, Le livre de la description des pays, O. E. T. Hamy, p. 39.
3. Pierre Champion, Fie de Charles d'Orléans, p. 651 ; l'appendice à L. Sainéan, op. cit., I, p. 348.
4. Princesse, ce loz je vous porte — Que sans vous je ne feusse rien — Cy, devant Dieu» fais congnoissance — Que créature fusse morte...
reine. La cité lui faisait présenter i.ooo livres, afin que Monseigneur son père eût la ville d'Orléans pour recommandée, et sa gouvernante recevait lo écus pour qu'elle fût « plus encline à la servir ». On lui réserva une belle réception : les habitants allèrent au-devant de leur bon duc lui tirer la révérence ; les petits enfants crièrent : Noël ! et se partagèrent pour cela des poires; et les hauts ménestrels cornèrent à l'arrivée de ce brillant cortège. Le soir, au Châtelet, qui était la résidence ducale, un bal fut donné dans la cour jonchée de fleurs, et les dames orléanaises dansèrent avec Mademoiselle au son du tambourin '.
Quelqu'un qui eut lieu de se réjouir de cette venue, ce fut François Villon, tiré miraculeusement de la prison et de la mort. S'il était enfermé, comme c'est vraisemblable, dans la prison municipale qui se trouvait au Marché à la Poulaille, derrière le Châtelet, entre Saint-Hilaire et Saint-Augustin, il n'eut qu'un saut à faire pour saluer sa bienfaitrice et participer à l'allégresse générale.
Avec quelle joie il fit l'éloge de l'enfant, dans cette pièce ambiguë et prétentieuse ^ à laquelle il donna pour épigraphe le vers de la IV'^ églogue où Virgile annonçait au monde le retour de l'âge d'or :
Jam nova progcnies cclo demittitur alto 5
1. Pierre Champion, Vie de Charles d'Orléans, p. 552-554, 638-640.
2. Poés. div., VIII. — Le titre de Dit lui a été imposé par son premier éditeur, l'abbé Prompsault, qui avait identifié la petite Marie avec la fille d'Isabelle de Bourbon et de Charles le Téméraire, née le 13 février 1457 (.^^ -^'"^ ^^ ^^ naissance Marie de Bourgogne, poënie inédit de maistre François Villon, extrait de ses œuvres... Paris, 1832). On a fiiit justice de cette opinion, depuis longtemps, et M. A. Longnon a introduit avec raison ce morceau parmi les œuvres authentiques du poète (éd. de 191 1). Les lapsus, et l'insertion saugrenue de la double ballade, prouvent que la transcription de cette pièce dans le ms. fr. 25458 n'est pas un autographe de Villon, comme on l'a dit. Mais il se peut qu'un secrétaire inattentif ait copié ses propres manuscrits en les brouillant (Cf. la graphie seufâvec le vers 729 du T., la manière de noter le participe présent : ent, lian pour lien, comme dans la rime du h. 136 du T., et quelques autres graphies.)