Ed., IV, v
Villon disait la petite Marie envoyée des cieux, le digne rejeton du noble lys, le don de Jésus au monde, la fontaine de pitié et de grâce, la paix des riches et le soutien des pauvres, conçue comme Marie « hors le péché originel ». A ce propos, M^ François n'oubliait pas de célébrer le bon Charles d'Orléans :
Du doulx seigneur première et seule Fille, de son cler sang extraicte, Du dextre costé Clovis traicte.
Et il la déclarait encore :
Es nobles flans César conceue.
Certes François Villon ne se faisait faute d'avouer hautement les raisons de son bonheur, à celle-là qui était venue au
monde
Pour les discordez ralier, Et aux enclos donner yssue, Leurs lians et fers délier.
Il se montrait ingénieux dans sa flatterie. Les princes ont coutume de se souhaiter un hoir mâle. Tel avait pu être, pendant bien longtemps, le vœu du duc d'Orléans vieillissant : telle n'était pas, en cette circonstance, la pensée de Villon :
Aucunes gens, qui bien peu sentent ', Nourris en simplesse et confis.
Contre le vouloir Dieu attentent, Par ignorance desconfis, Desirans que faussiez ung fils ; Mais qu'ainsi soit, ainsi m'aist Dieu, Je croy que ce soit grans proufis.
Raison : Dieu fiiit tout pour le mieulx.
Du Psalmiste je prens les dis :
Delcctasti me, Domine, In factura tua *, si dis :
Noble enfant, de bonne heure né,
1. Vir insipiens non cognoscet et stultus non inielliget hiec (Ps. 91, 7).
2. Ps. 91. Bontim est confier i Domino : et psallere nomini tuo, Altissinie. Ad annunt'uindum mane inisericordiam et veritatem tuam per noctem. In decachordo, psalterio, cum cantico in cithara. Quia ddectasti me, Domine, in factura tua : et in operibus viattuuni tuarum exsultabo.
A toute doulceur destiné, Manne du Ciel, céleste don, De tous bienfais le guerdonné, Et de noz maulx le vray pardon !
D'un ton plus vif et plus joyeux que cet honnête fatras est la double ballade où se reconnaît le cri du poète. Non, malgré le dit de Caton ' qui nous enseigne à tenir pour ennemi celui qui fait notre éloge devant nous :
lui mie II m putes, y a, Qui le preseiiteiii laiidabit,
il ne peut plus se contenir ! Villon publiera l'éloge de la princesse Marie, comme le Précurseur clama dans le désert la venue de l'Agneau divin :
Envoiee de Jhesuschrist,
Rappeliez ça jus par deçà
Les povres que Rigueur proscript
Et que Fortune betourna.
Si sçay bien comment il m'en va :
De Dieu, de vous, vie je tien.
Benoist celle qui vous porta !
On doit dire du bien le bien.
Cy, devant Dfeu, fais congnoissance
Que créature feusse morte.
Ne feust vostre doulce naissance,
En charité puissant et forte.
Qui ressuscite et reconforte
Ce que Mort avoit prins pour sien.
Vostre présence me conforte :
On doit dire du bien le bien.
Cy vous rans toute obeyssance.
Ad ce faire raison m'exorte.
De toute ma povre puissance ; Plus n'est deul qui me desconforte, N'aultre ennuy de quelconque sorte.
Vostre je suis et non plus mien ; Ad ce, droit et devoir m'enhorte :
On doit dire du bien le bien...