Qu'il aille. — 5. Avant
6. Je ne tromperai pas son espérance {Faillir à son esme est une vieille locution toute faite. Cf. Godefroy, ad. v. Esme).
Il6 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS
Ou Psaultier prcns, quant suis a mcsme, Qui n'est de beuf ne cordoen ', Le verselet escript septiesme Du psëaulmc Deiis laitdcin !
Thibaud d'Auxigny a-t-il été le mauvais homme que nous dit Villon ? Il est difficile de le savoir : mais il est certain que Thibaud était un prélat noble % riche, avare, et d'une force de caractère peu commune.
Ainsi nous le montre par exemple l'histoire de son élévation à l'évêché d'Orléans, où les chanoines l'avaient élu, en 1447, suivant les constitutions de la Pragmatique Sanction'. Or Charles VII avait un candidat à cette place, Pierre Bureau, jeune parent de Jean et de Gaspard, son maître des Requêtes et son grand maître de l'artillerie ; et Nicolas V n'avait pas tardé à expédier la bulle que le roi demandait pour son protégé, nommé lui aussi évoque d'Orléans. Thibaud d'Auxigny montra en cette circonstance qu'il avait l'âme à la fois tenace et respectueuse d'un prêtre. Devant l'autorité du pape, du roi, et le crédit des Bureau, un autre se fût résigné ; fort de la légalité de son élection, Thibaud s'opposa à l'exécution des bulles pontificales, remit sa cause aux mains du Parlement, attendit l'issue du procès en conservant modestement le titre d'archidiacre de Sologne. Charles VII avait joint à la bulle du pape des lettres adressées aux procureurs de la ville, leur enjoignant de reconnaître Pierre Bureau, tandis que le duc d'Orléans
1. Les Psautiers, généralement assez volumineux, étaient le plus souvent couverts de cuir, et surtout de cuir de rouge (cordouan) (Cf. par exemple L. Delisle, Recherches sur la librairie de Charles V, II, nos j6 et suiv.). C'est donc une formule de style dont Villon se moque : un psautier habillé autrement n'existait pas, ou se rencontrait rarement.
2. On le dira, en 1472, « noble prélat et extrait de noble maison » (Arch. Nat., X'a 39, 21 août 1472). 11 était parent de Guy d'Auxigny, chevalier, seigneur de Trêves.
3. Mlle A. de Foulques de Villaret, Election de Thibaut d'Aussigny au siège cpiscopal d'Orléans (1448-1450) dans les Mémoires de l'Orléanais, t. XIV, p. 65 et suiv. — Thibaud était licencié en lois et chevecier de Jargeau en 1427 (Bibl. Nat., fr. ii99i,p. 180. Extrait du cartulaire de l'évêché d'Orléans) ; en 1428, il est dit archidiacre de Sologne (Bibl. Nat., P. orig. 150, Auxign^-).
protégeait plutôt Thibaud. Défense fut faite aux habitants de se réunir pour parler de cette affaire ; et le roi envoyait bientôt un commissaire en Parlement prendre possession de l'évêché en son nom. Rien ne fléchit Thibaud d'Auxigny dans sa lutte contre le soi-disant évêque. La sentence du Parlement fut, par déférence pour le roi et le pape, rendue au mois de septembre 1450, au bout de trois ans de procédure. Bureau recevait la possession de l'évêché sous la forme temporaire d'un fideicommis. Et seulement après 1452, quand Nicolas V eut tiré d'Orléans Bureau pour lui confier l'évêché de Béziers, Thibaud fut enfin appelé à occuper le siège où il avait été élu le 8 novembre 1447. Il fit sa joyeuse entrée et reçut les présents d'usage : deux luz, quatre quarreaulx, douze grandes carpes, douze lamproies, douze anguilles. Cet homme rigide inaugura cependant son épiscopat en usant du privilège qui lui conférait le pouvoir de délivrer les criminels détenus dans les prisons d'Orléans. Car saint Aignan avait jadis, en prenant possession de son évêché, obtenu du gouverneur Agrippin licence de « donner issue » aux criminels : ce que le gouverneur lui ayant contesté par la suite, Dieu permit qu'une grosse pierre lui tombât sur la tête du faîte d'une maison ; il fut porté chez lui tout sanglant et comme mort; mais saint Aignan ayant fait le signe de la croix sur sa plaie, il arrêta le sang et guérit miraculeusement le dur gouverneur qui s'empressa d'accorder aux prisonniers la liberté qu'il leur avait refusée \
Or, tout ce que nous savons de la vie de l'évêque l'hibaud ne dément pas ce début difficile. Il ne fut pas un grand évêque, mais un bon administrateur, entendant user de tous ses droits, et même de celui de clémence. Thibaud fut l'homme de la discipline. Une des premières mesures qu'il prit, un mois après son entrée à Orléans, fut rigoureuse à ces chanoines qui venaient précisément de l'élire : il interdit l'entrée du chœur de Sainte-Croix à ceux d'entre eux qui ne revêtaient pas les marques
I. r/Vrf^5rtj«/^/^«a«, dans le Bréviaire d'Orléans. Cf. Arch. du Loiret G. 22. Geôle d'Orléans (17 février 1723).
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de leur dignité ; car ils les faisaient alors porter par leurs domestiques en s'excusant de les avoir oubliées'. Thibaud défendit encore aux prêtres de son diocèse de mettre des souliers pointus à la poulaine \ Il réglementait tout minutieusement, fixant, par exemple, avec exactitude la forme des vêtements du clergé, la coiffure, la nourriture' ; et on le vit, dans la cathédrale, établir un buiïet d'orgue, restaurer la musique du chœur, donner des règlements pour la bibliothèque du chapitre, alors placée dans le cloître, et dont les livres les plus précieux étaient enchaînés'*.
Pendant les vingt-cinq ans qu'il administra son diocèse, Thibaud d'Auxigny réforma les monastères, fonda des confréries ; il construisit l'église et ce couvent des Cordeliers de Meung où il choisit sa sépulture : car il était dévot à saint Françoise C'est lui qui accorda, le 4 mai 1452, cent jours de pardon à ceux qui assisteraient au service et à la procession en l'honneur de la levée du grand siège d'Orléans ; sous son pontificat aussi eut lieu l'enquête pour la révision du procès de Jeanne d'Arc ^. N'empêche que cet ancien licencié en lois était procédurier ^ et notoirement avare ^ Ses sujets le détestaient