‹ François VillonChapitre 111 sur 262 · Disposition. — 5. Borne. — 6. L., h · texte numérisé non relu

Disposition. — 5. Borne. — 6. L., h

penser qu'il a rencontré au cloître bien des sentiments, bien des passions qu'il revêtit de sa verve gouailleuse et attendrie.

D'abord à Saint-Benoît on était nationaliste. On conservait à Charles V des sentiments de fidélité reconnaissante. Par un privilège de ce roi, donné en 1364, le droit de seigneurie avait été accordé à « messeigneurs de Saint-Benoît » ; et Notre-Dame ne put rien faire d'autre que de refuser à la communauté sujette l'autorisation de se constituer en chapitre. Quant au roi Charles VI, comme on l'a déjà vu, il fonda à Saint-Benoît un obit pour son père qui avait légué à l'église la somme de 300 francs d'or afin d'acquérir 20 livres de rente ' ; et, en 141 5, la reine Isabeau y avait établi, elle aussi, son obit au moyen d'une rente de 4 livres parisis acquise de Thibaud de Vitry et amortie par son exécuteur testamentaire, Hémon Raguier, le trésorier des finances \ Le 31 août 1418, lorsque les bourgeois de Paris durent prêter serment de fidélité à Jean Sans-Peur, capitaine de la ville, un seul chanoine de Saint-Benoît se présenta avec les vicaires et les chapelains \ Enfin, quand Charles VII s'estima assez fort pour réhabiliter la Pucelle et venger son honneur en afiirmant qu'elle n'était pas sorcière, celle-là qui l'avait conduit au sacre de Reims, un des neuf mémoires insérés dans les procédures préliminaires de la réhabilitation fut demandé à Jean de Montigny, de Sens, docteur en décret"^ : or Montigny avait été chanoine de Saint-Benoît, en 1439, et avait cédé, en 1441, sa prébende à son frère Etienne ; compatriote de Guillaume de Villon, maître du collège de Cambrai, voisin de Saint-Benoît, Montigny avait étudié et professé aux écoles de décret, à l'enseigne des Connins, en même temps que Guillaume. C'était un esprit érudit et solide, un professeur bien persuadé que toute science, que toute sagesse sont encloses dans le Décret de Gratien qu'il enseignait. Il n'eut guère de peine à prouver que

I. Arch. Nat., LL. 464, fol. 343. — 2. Arch. Nat., LL. 464, fol. 225 ; S. 893 b.

3. Leroux de Lincy et Tisserand, Paris et ses historiens, p. 382.

4. P. Lanér}' d'Arc, Mémoires et consultations en faveur de Jeanne d'Arc par les juges duprocès de réhabilitation, p. 276-322.

la Pucellc n'avait jamais été hérétique ; et il la louait (Montigny était de Sens) de n'avoir pas confondu Bourguignons et Anglais ; en bon fidèle du roi Charles, il se réjouissait surtout d'avoir vu de ses yeux s'accomplir la prophétie de Jeanne relativement à l'expulsion des antiques ennemis de la France '. Les deux notaires qui travaillèrent au procès de réhabilitation, Denis le Comte et François Ferrebouc, appartenaient aussi à la communauté de Saint-Benoît, le premier comme chanoine, le second comme prébende \ Comment s'étonner alors que Mllon, élevé dans ce milieu nationaliste, ait consers'é un fidèle souvenir de Du Guesclin, le fabuleux compagnon de Charles \, le routier dont Louis d'Orléans avait dressé la statue dans son château de Coucy comme dixième preux de la nation française, à la suite d'Arthur, de Charlemagne et de Godefroy ' ? Lorsqu'ils processionnaient à Notre-Dame du Val-des-Ecoliers, les étudiants croyaient reconnaître ce héros fabuleux, « comme il était de son vivant », dans une sculpture contemporaine du Breton, mais qui représentait les sergents de Bouvines ^. Les Bretons étaient nombreux autour de Saint-Benoît, dans ce quartier où ils avaient élevé une chapelle à saint Yves, légendaire lui aussi au lendemain de sa mort :

Ou est Claquin le bon breton...

Et Artus le duc de Bretaigne > ?

Mais surtout, dans sa Ballade des dames du temps jadis, Villon évoquera avec un bonheur sans égal Jeanne d'Arc, bientôt elle aussi la preuse de France^. Et son ^om, joint à des noms doux et mystérieux de reines de légende, de grandes dames défuntes, frappe et attendrit dans cette strophe qui

I. Lancry d'Arc, op. cit., p. 295. — 2. J. Quicherat, Procès, t. II, p. 152.

3. Antonio Astesano dans Paris et ses historiens, p. 558 ; S. Luce, La France pendant la Guerre de Cent Ans, I, p. 231. — Sur tout ceci cf. Marcel Schwob, François Villon, rédaction et notes, p. 12-14.

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