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CHAPITRE Vil

§ I. — Milieu des clercs et des gens de finance.

C'est encore autour de Saint-Benoît, parmi les familles des chanoines apparentés aux bourgeois parisiens exerçant des charges dans l'administration des finances, au Parlement et au Châtelet, que nous trouverons les premières relations de François Villon'. Et nous remarquerons, tout d'abord, combien fut étroit le cercle où il sera possible de situer presque toutes les connaissances du poète : nous les verrons groupées autour de quelques personnes exerçant des fonctions analogues, gravitant presque autour d'une même famille.

Un des personnages qu'il convient de signaler entre tous à cause des relations qu'il put procurer à François Villon, pour l'influence mauvaise qu'il dut avoir sur son faible ami, est ce « noble homme » René, ou mieux Régnier de Montigny.

Régnier de Montigny était né à Bourges en 1426 - de Jean de

1 . On se demandera comment il est possible de les déterminer ? Marcel Schwob a fixé sur ce point la méthode que nous avons suivie. Quand il écrivit ses Lais le poète avait vingt-cinq ans. Ceux qu'il nomme, s'ils sont jeunes, sont donc des amis d'enfance. Il y a lieu également de donner une attention particulière aux personnages nommés à nouveau, en 1461, dans le Testament pour connaître le milieu où vécut Villon.

2. Agé de 19 ans le 18 mars 1/^45 (n. st.), dit un document du Châtelet (Bibl. Nat., Clair., 763, p. 219). Il y a lieu de préférer cette notion, en quelque sorte d'état civil, au renseignement plus vague donné par la lettre de rémission accordée à Régnier de Montigny au mois de septembre 1457, O" il est dit « jeune filz de l'aage de xxviij ans ou environ. » (A. Longnon, Etude biographiqiu... p. 152).

l68 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS

Montigny, ccuyer panetier du roi, élu de la ville de Pans, et de Colette de Canlers. Son père, très loyaliste, pillé par les Bourguignons en 1418, avait perdu presque toute sa fortune ; mais il avait conservé fidélité au dauphin qu'il suivit à Bourges : sa charge de panetier lui valait alors 100 1. de gages \ Quand le roi Charles eut recouvré Paris, Jean de Montigny y rentra ; il vit avec douleur que ses biens meubles étaient perdus, ses héritages en partie ruinés. Peu de temps après il se remariait avec Colette de Vauboulon \ Il mourut entre 1443 5 et 1445 '^, ayant eu des enfants de ses deux lits. De Colette de Canlers il laissait Jeanne, qui épousera Robert Chartrain ; Régnier, l'ami de Villon ; Marguerite, née en 1429, la future épouse de noble homme Roger de Bonesle ; de Colette de Vauboulon, Jean eut Martine de Montigny, qui reçut pour curateur Jean de Cérisy ^ On dut se partager les restes de l'héritage, bien diminué, du bon et loyal serviteur Jean de Montigny : les filles furent avantagées et Régnier demeura presque dépouillé à la mort de son père^ Mais, à défaut de fortune, Régnier appartenait à une famille très honorable, bien en charges, et fort capable de lui faire une bonne situation dans le monde. C'est ainsi qu'ayant à plaider devant le Châtelet, Régnier reçut pour curateurs, à la requête de Jacques et de Charles de Canlers ', Pierre de Saint-Amand^ et Henry de Danes ^ « parents et amis dudit Montigny ». Jacques et Charles de Canlers, l'un contrôleur de l'Argenterie, l'autre clerc des Comptes, étaient ses oncles

1. Bibl. Nat., fr. 325 ii, 5e compte de Guillaume Charrier en 1422.

2. D'une famille également loyaliste puisque M^Aymerv de Vauboulon fut « précipité es prisons » en 1421 par le gouvernement anglais (Sauvai, III, p. 124). Antoine de Vauboulon fut échevin de Paris le 22 juillet 1461 (Arch. Nat., Z'" 14) ; de même Girard de Vauboulon en 1468 (Arch. Nat., KK. 1009, fol. 9 vo).

3. Cette année-là il figure encore parmi les élus (Bibl. Nat., fr. 22392).

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