‹ François VillonChapitre 135 sur 262 · PI. XI · texte numérisé non relu

PI. XI

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Un auteur offrant son livre à une grande dame

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§ IL — Le Chdtelet.

Un autre des milieux parisiens où les connaissances de François Villon semblent bien avoir été fort nombreuses est celui du Châtelet. Le fait paraît d'abord surprenant ; et l'on s'étonnera que ce turbulent garçon ait connu tant de monde dans une juridiction chargée de maintenir l'ordre à Paris, autrement que pour en avoir éprouvé les rigueurs. Certes Villon goûtera plus tard de la prison ; il a pu aussi connaître certains sergents du Châtelet, qui ne valent d'ailleurs pas cher et sont de bons compagnons, à la suite des rixes survenues au temps de sa jeunesse entre les étudiants et la police parisienne. Mais ce n'est pas à ce titre que Villon est entré en rapport avec le monde du Châtelet. Il y pénétra sans doute à cause des relations que lui procura ce milieu de bourgeoisie de finance et de justice où s'écoula son enfance, et dont nous avons dit les liens avec la communauté de Saint-Benoît.

D'abord, pour la conduite de ses procès, l'église a des procureurs au Châtelet : Pierre Genevoys, qui représentera aussi le chapitre de Notre-Dame, puis Pierre Fournier, tous deux des connaissances de la jeunesse de François Villon. Enfin le maire de la justice de Saint-Benoît fut pendant longtemps Jean de Vaudetar, licencié en décret, avocat au Châtelet de Paris, dont la femme était d'une famille alliée avec celle d'Ythier Marchand, autre compagnon de la jeunesse du poète. Et parmi les conseillers du roi au Châtelet, nous remarquerons encore Philippe Braque, allié aux Montigny,

Mais Villon connaît encore personnellement le prévôt de Paris et sa charmante femme, madame Ambroise de Loré. Il sait par le détail les circonstances romanesques dans lesquelles ces amoureux se rencontrèrent; le ménage uni que forment aujour-

d'hiii les deux époux ; il n'ignore pas que le prévôt a un enfant qui lui ressemble ; qu'il observe une dévotion particulière à saint Christophe. Et Villon connaît encore ses préférences et ses défiances à l'égard de son personnel, l'opinion qu'il a sur Mautaint et sur Basanier.

Or le prévôt de Paris était un homme considérable, une façon de souverain (^major post principem), surtout après la suppression du prévôt des marchands en 1383 '. Ce puissant personnage était chargé de maintenir l'ordre dans la capitale, de réprimer les agitations populaires, de réglementer les corporations et les métiers, de calmer la turbulence des écoliers et de faire respecter leurs privilèges^; enfin, depuis 1401, il avait la connaissance de tous les malfaiteurs du royaume, en quelque juridiction qu'ils fussent pris'. Le Châtelet de Paris était aussi le tribunal de première instance des bourgeois, procédant suivant un style particulier, pouvant même recevoir des appels des châtellenies de la vicomte, et ressortissant nûment du Parlement '^. Dans la salle des séances, au Grand-Châtelet, le prévôt siégeait sous un dais, comme représentant la justice du roi, privilège dont aucun magistrat ne jouissait alors. Chaque matin il devait se faire présenter l'état des prisonniers arrêtés la veille ; responsable de la propreté des prisons, il ne pouvait exiger, directement ou indirectement, des sergents ou autres ofl[iciers, chapons, or ni argent ; et il lui était interdit de vendre à son profit les ceintures, les joyaux, les vêtements, les parures confisquées aux filles amoureuses.

Ainsi l'avait décidé la rigide administration du roi Henry VI

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