Bibl. Nat., Clair., 764, 23 janvier 1468 n. st
5. Il est question d'elle le 23 février 1440 n. st. (Bibl. Nat., Clair., 763).
mille de financiers, a refusé de l'obliger, sans doute à l'instigation de son amie, qui mène ce benêt parle bout du nez \
C'est encore dans ce cercle que Villon a pu connaître le riche Robinet Trascaille, clerc de Jean le Picard "" ; Denis Hesselin, cet autre « noble homme » dont Villon n'ignore pas le goût pour le vin de ses propriétés d'Aunis, élu sur le fait des aides en 1453 avec Enguerrand de Thumery et Guillaume Colombel, et qui n'a que cinq ans de plus que le poète ' ; Michel Jouvenel ■^, fils du chancelier, qui débuta dans la carrière comme élu sur le fait des aides; Nicolas de Louviers, un autre riche élu de Paris qui aspire à la noblesse, ainsi que son parent Pierre Merbeuf' ; les Raguier, parents du trésorier des guerres, qui sont reçus à la table du greffier du Trésor, Jean de Bailly, où Villon dut observer Jacques, tandis qu'il mangeait comme un goinfre ^ ; la famille de Bruyères ^ ; Jean et François Perdrier, fils du changeur parisien Guillaume Perdrier, qui rempliront plus tard des offices de finance, et dont l'aîné a seulement un an de moins que Villon ^ ; Guillaume Charruau, ce « pauvre » avocat qui a étudié à Paris en môme temps que M^ François, et qui appartient à une famille de receveurs '.
Villon connaît encore dans ce milieu, ou par Saint-Benoît '°, un autre enfant de bonne famille mais de mauvaise conduite, le violent et procédurier Philippe Brunel, seigneur de Grigny, fils d'Etienne Brunel, trésorier d'Isabeau de Bavière. Par son père, Philippe était allié aux Chanteprime, aux Raguier, aux Thumer}% aux le Picart, aux Villequier, aux Marcadé, familles qui donnèrent beaucoup de leurs membres à l'administration des finances et au Parlement : un Pierre de Vielzchastel avait été maître d'hôtel de Charles VII ' ' .
I. Voir la notice à l'appendice. — 2. Ibid. — 3. Ibid. — 4. Ibid. — 5. Ibid, 6. Ibid. — 7. Ibid. — 8. Ibid. ; et les notes sur les deux Bailly. — 9. Ibid. 10. Jean le Duc était curé de Grigny en 1439 (Arch. Nat., S. 1648, fol. 93).
I I . Voir la vie de Philippe Brunel à l'appendice.
Tels furent sans doute ceux qu'il a nommés plus tard « les gracieux gallans » '
Si bien chantans, si bien parlans, Si plaisans en faiz et en dis.
Il partagea leur existence sans avoir leur fortune ; il connut leurs amours et ils connaissaient les siennes. On peut les imaginer comme ces jeunes gens dont le vieux duc d'Orléans se montrait alors jaloux, habillés de robes à manches déchiquetées, portant de petits souliers à la poulaine qui découvraient le talon, et fort attentifs à regarder les dames aux fenêtres. Ils étaient nobles, ou prenaient les apparences de jeunes nobles, comme Régnier de Montigny, comme Merbeuf, comme Nicolas de Louviers, comme Philippe Brunel : ce que n'oubliera pas Villon. Et quelques-uns avaient beaucoup d'argent, tel Jean le Cornu, ou bien Jacques Cardon ; mais ils n'aimaient pas à obliger leur pauvre et joyeux compagnon. Villon dut s'amuser beaucoup avec eux. Il aimait le plaisir et supportait impatiemment le travail : il aimait les femmes. Il dut éprouver aussi la souffrance que donnent les fréquentations au-dessus de son rang; et il maudissait avec amertume la Fortune qui l'avait fait naître si pauvre. C'était pour ce jeune homme ardent, charmant et très faible, un fort mauvais milieu que celui de ces clercs de finance. Il entendit beaucoup parler d'argent autour de lui et vit ses compagnons de plaisir en dépenser : lui n'en avait pas. Il dut être tenté de corriger son destin. Enfin Régnier de Montigny, bien qu'il appartînt à une famille des plus honorables, et qu'il eût de grandes relations et quelque bien, ne tarda pas à devenir un vaurien, un terrible joueur, et bientôt un voleur. Il était l'aîné de Villon de quelques années ; son influence fut certainement néfaste sur l'enfant terrible et gâté recueilli par le digne chanoine de Saint-Benoît : sans doute, il l'entraîna au mal.