Jean de Jandun, IbicL, p
4. Cf. la ballade d'Eustache Deschamps (I, p. 304) et la note de M. Paul Meyer dans Romania, 1882, p. 579.
belle, et celle aussi « qu'on appelait belle simplement ». Comme on s'y était amusé! Mademoiselle Christine de Pisan dictait alors toutes sortes de savants et de gracieux traités ; le Prince d'Amour tenait avec lui de galants musiciens qui savaient composer et chanter lais, rondeaux, ballades et ditiés amoureux. Le seul impôt mis en ce temps-là sur les chapeaux de roses rapportait au roi 10.000 francs par an. On venait alors de très loin se divertir à Paris : on y avait vu l'empereur grec et le roi des Romains ; et l'entrée de la reine Isabeau avait laissé le souvenir d'une cavalcade de féerie '.
Ce n'est pas ce Paris-là que Villon a connu, surtout dans sa jeunesse. Il n'en a vu que les restes, comme de toutes les belles marchandes du temps de Charles VI, il connut seulement, sur son déclin, la vieille belle Heaulmière.
Paris, abandonné par les ducs d'Orléans et de Bourbon, avait eu à souffrir des révolutions de 141 3 et de 1418, puis de l'occupation anglaise. Beaucoup de riches bourgeois avaient abandonné leur ville (comme le père de Régnier de Montigny), pour suivre le dauphin. On avait distribué leurs biens et leurs maisons aux partisans du duc de Bourgogne, aux chefs de la faction cabochienne de 1413, aux auteurs de la conjuration de 1418 ; d'autres avaient été accordés à des hommes de guerre anglais. Les Parisiens demeuraient condamnés à vivre isolés, et ils ne pouvaient communiquer avec les pays obéissant au dauphin. L'exil des émigrés s'était prolongé sans espoir. On vit alors les Parisiens s'expatrier ; les uns allaient faire le commerce à Rouen; d'autres devenaient brigands des bois et échouaient dans les prisons anglaises. Enfin la garnison étrangère ne se privait pas de rosser les sergents du Châtelet, de prendre de force les filles amoureuses, d'escroquer les marchands parisiens ; elle dédaignait aussi de payer l'écot à la taverne ^
On comptait à Paris, en 1423, plus de vingt mille maisons
1. Guillebert de Metz, dans Paris et ses historiens, p. 232-236.
2. A. Longnon, Paris pendant la domination anglaise, introduction.
vides et abandonnées '. On les mettait en criée, suivant le privilège des bourgeois^ ; mais nul ne cherchait ni à les occuper, ni à les acquérir. Car ces biens demeuraient si criblés d'hypothèques que les pauvres gens aimaient mieux tout abandonner et vendre sur les carreaux le peu qui leur restait \ On renonça à semer le blé et l'avoine, et sauf le duc de Bedford qui faisait toujours travailler les maçons en son hôtel, nul ne réparait une cheminée dans la ville ^. Ce n'est pas au lendemain de l'entrée de Charles VII à Paris que tout devait magiquement changer. Il fallut prendre des mesures pour faire démolir ou réparer toutes ces maisons ruineuses qui s'écroulaient en tuant ou blessant plusieurs bonnes gens qui passaient leur chemin K En 1438, cinquante mille personnes étaient mortes de misère et d'épidémie dans Paris : les garnisons françaises étaient aussi rigoureuses que les anglaises ; et les loups se montrèrent dans les faubourgs ^.
Mais la ville indomptée peu à peu sort de ses ruines. Les grands bourgeois sont rentrés l'un après l'autre, les parlementaires, les gens de finance, tous ces petits « royeteaux de grandeur » " qui vont habiter de somptueuses maisons ou restaurer leurs anciennes demeures. Et Paris, diminué certes, mais embelli des grâces et des raffinements d'un art plus délicat, d'un luxe plus mesuré, est encore la plus séduisante, la plus gaie des villes du royaume ^
On s'y amuse parce qu'on y fut trop malheureux. Le badaud écoute de nouveau les belles sonneries de cloches dont il a été longtemps privé. Elles ont sonné la paix joyeuse, elles ont sonné la défaite, des choses tristes ou indifférentes à son cœur, comme la naissance de Henry VI, l'entrée du duc de Bedford à
I. Journal d'un bourgeois de Paris, p. 192. — 2. Ordonnances, XIII, p. 49. 3. Journal d'un bourgeois de Paris, p. 162. — 4. Ibid.
•y. Ordonnances, XIII, p. 261 (21 avril 1438); complainte de 1435 publiée par L. Auvray, Bulletin de la Soc. de l'Hist. de Paris, 1891, p. 86. — 6. J. Chartier, I, p. 245.
7. Guillebert de Metz à propos de Jacques Duchié, dans Paris et ses historiens, p. 200.