Antonio d'Asti {Ibid., p
Paris ; et maintenant leur carillon porte au ciel des bruits de victoires : la prise de Montereau, celle de Creil, l'entrée des Français à Rouen '. On sonne encore les cloches pour la déconfiture des Anglais à Castillon en Périgord \ On allume des feux de joie dans Paris ; des processions se déroulent; on y porte, comme aux fêtes solennelles, les reliques, le corpus à travers les rues tendues de tapis'. On aime ces choses-là et on en rit. Mais on les sent vivement quand on passe sous le gros beffroi de Notre-Dame « qui n'est de voirre » : on vérifie aussi la croyance qui veut que les cloches dispersent par leur son les mauvais esprits épars dans les airs, les ennemis spirituels et corporels, les éclairs et le tonnerre "^ :
Item, je vueil qu'on sonne a bransle Le gros beffroy, qui n'est de voirre ; Combien qu'il n'est cuer qui ne tremble Quant de sonner est a son erre >.
Saulvé a mainte bonne terre.
Le temps passé, chascun le scet :
Fussent gens d'armes ou tonnerre.
Au son de luy tout mal cessoit^.
Mais Villon a surtout rempli ses yeux et ses oreilles des spectacles et des discours de la rue.
Il connaît bien les cris des gens de métiers : « Coterets secs, coterets ! — Busche! Busche! — C'est verjus tout vert! — Moustarde ! — Vinaigre, vinaigre ! — Vous fault-il point de saulce vert ? — Bourrée sèche, bourrée ! — Choux gelez, choux gelez ! — A ma belle orange ! — Aportez le pot au laict ! — Harenc soret ! — Houseaulx vieux ! Houseaulx vieulx ! — A mes beaux épinars ! — Viel fer, vieulx drapeaulx ! — Pastez tous chaulx, pastez tous chaulx ! — Lie, lie ! — Choulx cabuz ! — Amandes nouvelles ! — A mes beaulx angelots ! ' — Balays, balays ! — Cassemuseaulx chaulx, cassemuseaulx chaulx ! —
1. Journal d'un bourgeois de Paris, p. 56, 132, 200, 335, 360, 392.
2. Arch. Nat„ Z^h h, fol. 87, 88. — 3. Arch. Nat., Z'H 14, 22 juillet 1461. 4. Guillaume Durand, Rational. — 5. Quand il est en train de sonner.