Voir la note sur ce personnage à l'appendice
7. M. Longnon traduit poches; les autres commentateurs, à cause de torcher, traduisent chausses (mais on disait dans l'ancienne langue torcher ses yeux ou sa bouche cf. Lacurne). Le sens n'est pas douteux. Cf. l'excellente notice du Glossaire archéologique de V. Gay, ad. v. bouge, bougette.
quée magiquement d'un trait ! Qui oubliera jamais les « povres yeulx si rouges » du promoteur de l'Officiaiité de Notre-Dame?
Item, a maistre Jehan Laureus ', Qui a les povres yeulx si rouges ^ Pourlepechié de ses parens Qui burent en barilz et courges 3, Je donne l'envers de mes bouges Pour tous les matins les torchier ; S'il fut arcevesque de Bourges 4, Du sendail > eust, mais il est chier.
Quant au Maître desTestaments, qui siégeait dans l'Officiaiité, il n'aura de Villon « quid ne quod », rien, absolument rien. C'est fort contrariant. Mais à Paris on ne l'aimait guère ; cet officier de la juridiction épiscopale se montrait trop curieux des testaments de chacun, et sans doute fort avide ; il agissait de façon trop intéressée '".
Il n'y a qu'un personnage qui échappe à cette critique universelle dont use Villon envers les gens de Notre-Dame : c'est maître Jean Cotard, le bon Jean Cotard, qui fut son procureur devant l'official tandis que le chicana Denise, et à ^ui François avait justement négligé de payer ses honoraires qui se montaient à un patard " ! Un vieil et précieux ivrogne, de réputation mau-
I. T., h. 114. — 2. C'était là une plaisanterie traditionnelle ; on disait encore des yeux « doublés d'escarlate » (Viollet le Duc, Ancien Théâtre Français, II, p. 198-199). Les « rouges nez », les « nez cramoisis », les « rouges visages » (Schvvob, Parnasse satyrique, p. 142 ; Bons et très utiles enseigneniens, Bibl. Nat., fr. 1721).
5. Mesure de deux seaux, et quelquefois le bois recourbé qui servait à les porter. Cf. V. Gay, Glossaire, ad. v.. Courge. — 4. Comme l'était alors le riche Jean Cœur.
— 5. Soie précieuse. Cf. Gay, Glossaire, ad. v., Cendal.
6. ^'oir ce que nous apprend le Journal d'un bourgeois de Paris au sujet de Denis du Moulin, l'évêque, en 1441 (éd. Tuetey, p. 358):
« Item, il [l'évêque] ou ses très desloyaux complices trouvèrent praticque bien estrange, car ilz alloient parmy Paris, et quant ilz veoient huys fermez, ils demandoient aux voisins d'entour : « Pour quoy sont ces huys fermez ? — Ha ! sire, respondoient-ilz, les gens en sont trespassez. — Et n'ont-ils nulz hoirs qui y fussent demourez ?
— Ha ! sire, ilz demeurent ailleurs. » Et tant faisoient, qu'ilz par leur decevans paroles, savoient ou ilz demouroient et tantost les faisoient citer pour rendre compte de leurs testamens... »
7. Monnaie flamande. (A. Dieudonné, La monnaie royale... dans Bibl. de l'Ecole des Charles, 1912, p. 275.)
vaise, un pauvre homme, très cher au cœur de son espiègle client qui l'avait maintes fois suivi tandis qu'il rentrait péniblement chez lui; un « bon pyon », un « bon archer» ', un rude buveur enfin. Il était déjà bien vieux et mourut le 9 janvier 1460, peu de temps avant la mise au jour du Grant Testament. Envers lui Villon se sentit pris de gratitude ; en son honneur il composa la plus joyeuse ballade de son poème \ Et François Villon pria de tout cœur afin que Dieu, en sa mansuétude, mît cette bonne âme en Paradis.
Père Noé, qui plantastes la vigne 3, Vous aussi, Loth, qui beustes ou rochier. Par tel party qu'Amours, qui gens engigne4, De voz filles si vous feist approuchier (Pas ne le dy pourvous le reprouchier), Archetriclin 5, qui bien sceustes cest art, Tous trois vous pry qu'o vous^ vueillez perchier L'ame du bon feu maistre Jehan Cotart.
Jadis extraict il fut de vostre ligne, Luy qui beuvoit du meilleur et plus chier ; Et ne deust il avoir vaillant ung pigne 7, Certes, sur tous, c'estoitung bon archier^ ; On ne luy sceut pot des mains arrachier ; De bien boire ne fut oncquesfetart 9.
Nobles seigneurs, ne souffrez empeschier L'ame du bon feu maistre Jehan Cotart !
Comme homme beu qui chancelle et trépigne L'ay veu souvent, quant il s'alloit couchier. Et une fois il se feist une bigne, Bien m'en souvient, a Testai d'ung bouchier ;
1. Ces expressions sont alors courantes pour désigner les buveurs. Cf. le Chant de la pie parmi des pièces de Jean Molinet. Bibl. Nat., fr. 19165, fol. a4 :
Archers et pions... — Ruez sur le fons — Des tonneaux parfons — Vins frians et rouges...
2. On peut la rapprocher d'une ballade de Deschanips que François Villon savait certainement par cœur. — Sur Jean Cotard voir à l'appendice.