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De Boislisle, La Chambre des Comptes, introduction

6. Voir la miniature déjà citée. — 7. Journal de Nicolas de Baye, 1, p. 219.

le greffier '. On ne s'explique guère autrement ce legs ironique que fera Villon "".

Il laissera en effet aux auditeurs des Comptes une « granche lambroissée ». C'était alors l'orgueil des parlementaires de montrer les magnifiques plafonds de bois de la Grand'salle et plus tard de la Grand'chambre. Ces élégantes charpentes, ces vaisseaux de menuiserie sont fort cà la mode ; ils ont le grand avantage de ne point choir sur votre tête, comme les pierres des voûtes. Et Villon ajoutera une chaise percée pour les auditeurs qui ont les « culs rongneux » : témoignage assuré de la dureté des vieux bancs de bois ^ Tout cela n'est point don gratuit : que les auditeurs « taxent », selon le vocabulaire juridique d'alors, une bien haute amende à cette « petite Macée » qui eut la ceinture de M<= François.

Mais on aurait tort, sans doute, dépenser que cette « vilaine ordure » ait été une femme. Villon n'en aurait pas parlé à propos des auditeurs des Comptes. Ces juges souverains en matière de finance, et qu'il connaissait fort bien, n'auraient rien eu à voir dans une telle affaire. Ils ne taxaient pas les femmes à propos de somptueuses ceintures, comme le prévôt de Paris par exemple. Or nous rencontrons en ce temps-là un certain maître Macé d'Orléans, lieutenant du bailli de Berry au siège d'Issoudun^. Nous voyons que dans une sentence contre Jean de Cravant, chevalier, et Hélion de Branbesson, il avait « usé de paroles superfluez et inutiles, et ... mauvaisement, curieusement, visitée et dictée sa sentence »\ On le retrouve en 1460 appelant du bailli de Berry ou de Jean de Mesnil Simon qui l'avait fait son lieutenant, puis l'avait désappointé à cause des plaintes continuelles reçues au sujet de ses exactions. Une commission était donnée au prévôt d'Issoudun afin qu'il

1. « Fust avisié que les sièges et bancs et porches de la chambre du Parlemen estoient vielx, derompus, et moult malhonnestes, et aussy malaisiez et trop bas d'environ pleinne paume ou demi piet... » (Journal de Nicolas de Baye, I, p. 155, ad a. 1406).

2. T., h. 112. — 3. Dans le compte de 1447-1449 (Arch. Nat., KK. 406 fol. 114) il est question de carrés de cuir remplis de plume pour couvrir le siège de l'auditoire de l'Hôtel de Ville. — 4. Arch. Nat., X'» 9210, fol. 195. — 5. Ibid., fol. 272 vo.

s'informât à ce sujet'. Les plaideurs étaient ajournés à comparaître devant le Parlement à propos d'injures. Mais la cour, tout en déclarant les parties contraires, en élargissant le bailli le II mars 146 1 (n. st.), lui interdisait de médire de maître Macé d'Orléans au préjudice de son arrêt \

C'est bien là, vraisemblablement, l'original de la a petite Macée » dont Villon parla comme d'une femme à cause de ses bavardages et de sa méchanceté ^ Au cours de ses pérégrinations, en Orléanais, Villon put avoir quelque affaire avec ce personnage et lui laisser par exemple sa ceinture en gage, ou plutôt le peu qu'elle contenait ; car on portait alors son argent dans la ceinture : Villon nous l'a dit quand il a dépeint deux usuriers avares « les poulces sur la ceinture » ^.

Pourquoi nomme-t-il maintenant les auditeurs des Comptes, ses a seigneurs » ' ? C'est d'abord qu'il est un pauvre homme et n'a rien de commun avec eux. Mais, comme il semble avoir connu beaucoup de monde dans ce milieu, il se peut aussi qu'il ait trouvé auprès d'eux un emploi passager.

Car cette « Chambre des Comptes aux deniers », cette « Chambre aux deniers » ^ comme dira Villon en abrégeant, ne comprenait pas un grand personnel. Elle avait un président, souvent un prince opulent de l'Eglise, quelques maîtres choisis parmi les riches familles bourgeoises de Paris, un petit nombre de clercs ou d'auditeurs recrutés dans l'administration des finances. Au temps de François Villon, M^ Jacques Jouvenel des Ursins, archevêque de Reims, évêque de Poitiers et patriarche d'Antioche, fut premier président ' (c'était le frère d'un légataire de Villon) ; puis on y verra Simon Charles ^ ; M^ Ri-

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