Arch. Nat., X"< 8304, fol. 213 V, 15 juin
tours et autres places le long des vieux murs de l'ancienne clôture de la ville, à la volonté du prévôt et des échevins, et selon l'opportunité '. Ainsi Robert d'Estouteville avait occupé « la vieille porte ou fausse poterne devant Saint-Pol », les anciens murs derrière son hôtel du Porc-Epic, où des jardins étaient établis ; un tonnelier travaillait dans les anciens fossés, La ville louait de même les tours, bastilles, loges et guérites « tant couvertes que descouvertes » (il y en avait donc de ruinées), à partir du château du Bois jusqu'à la tour de Billy. Car ces places pouvaient former des terrasses et des jardins agréables; quant à la loge couverte de tuiles du château du Bois, elle fut alors abattue, n'étant plus « qu'ung bourdeau » \ Et de même la ville affermait la pêche des « geules » des égouts à Michault du Four, sergent légataire de Villon, dans les fossés remplis de joncs des tours de Billy, de Saint-Bernard et de Nesle \
Mais les Célestms, que nous avons vus lui disputer la place où le bon peuple faisait rouler les boules, contestaient à la ville le droit de louerla tour de Billy. Ainsi, dans un compte qui va de la Noël 1458 à la Saint-Jean-Baptiste de l'année 1460, on constate que la tour de Billy, et une autre tour carrée que l'on rencontrait d'abord en venant de la porte des Barrés, le fossé entre les deux tours, la cour, le colombier, le puits et le jardin de cette tour que tenait à vie M^ Etienne Coulon, procureur de la ville, pour le prix de quatre livres, et qu'avait eus avant lui M^ Jean Du Breul, avocat au Parlement, avaient été mis en séquestre par la Cour à cause du procès des Célestins contre la ville. Le comptable municipal, Jean Luillier, écrivit -.pour cecy néant*.
Villon n'ignorait rien de tout cela quand il léguait, en 1461, à Philippe Brunel la vieille tour litigieuse et ruinée ^ Ce bon legs n'enrichira donc pas le violent et pauvre diable de seigneur, que demeurera si à court tant que vivra sa pieuse mère ^ :
I. Bibl. Nat., fr. 11686. — 2. Bibl. Nat., fr. 11686. — 3. Arch. Nat., KK. 406, fol. 28; KK. 407, fol. 41. Le poisson y était plus abondant. — 4. Arch. Nat., KK. 409, fol. 214-215. Il en était ainsi depuis 1450 (Arch. Nat., KK. 406, fol. m v°). — 5. T., h. 126. — 6. Voir à l'appendice la vie de Philippe Brunel.
Item, au seigneur de Grigny, Auquel jadis laissay Vicestre ', Je donne la tour de Billy Pourveu, se huys y a ne fenestre Qui soit ne debout ne en estre, Qu'il mette très bien tout a point.
Face argent a destre, a senestre :
11 m'en fault et il n'en a point.
Certes Villon pouvait connaître depuis longtemps ce mauvais homme, Philippe Brunel, dans le milieu des clercs de finance. Mais il semble encore qu'à suivre Villon dans Paris, nous touchions une fois de plus à l'origine d'une association d'idées plaisante qui s'imposa à son esprit et détermina son legs facétieux. Car Philippe et sa mère, Huguette de Vielzchastel, occupaient, non loin de là, les anciens murs de la ville qui étaient compris dans leurs jardin et maison de la rue des Blancs- Manteaux. Dans ces anciens murs, ils avaient même l'usage d'une porte pour aller vers une autre maison qui leur appartenait, rue de Paradis; et l'on voit qu'en 1488 Philippe Brunel, héritier de sa mère, paiera à la ville 4 s. p. de rente pour le « dangier » "■ de ces vieux murs. Or Philippe tiendra à ces ruines qu'il possédait jusqu'à la demeure d'un vinaigrier : et il faisait poursuivre ceux qui les démolissaient! Dans ce temps-là aussi, la tour de Billy sera louée à Pierre Chardonnet, pour six ans, à raison de 32 s, par an, payables aux quatre termes. La Ville a donc gagné son procès contre les Célestins'. Mais Villon n'a pas eu loisir d'attendre jusque-là. Il aime d'ailleurs à trancher joyeusement les causes qui traînent sans fin devant la justice, comme il l'a déjà fait à propos du procès du chevalier du guet. Au seigneur désargenté, à l'ami Philippe Brunel, qui défendait rigoureusement ses vieux murs, il léguera la vieille, ruineuse et litigieuse tour de Billy.