‹ François VillonChapitre 244 sur 262 · Arch. Nat., X^» 51, 19 septembre · texte numérisé non relu

Arch. Nat., X^» 51, 19 septembre

2. Guillebert de Metz, p. 193 ; Arch. Nat., X'=> 4814, fol. 203 [Procès des marguilliers des Saints Innocents contre le chapitre de Notre-Dame].

3. Paris et ses historiens, p. 265 et s. — Plusieurs versions rimées de cette vieille histoire circulaient dès le xiii^ siècle.

Or ne scet ou si ces trois autxesfois Ont esté ducs, barons, contes ou roys.

Papes, abbés, cardinaulx ou chanoines, 'Ne qui estoient le plus noble des trois, S'ilz ont esté bossus, borgnes ou drois, S'ilz ont esté prévosts ou capitaines, Fors qu'il ont eu tous trois faces humaines Qui ont esté en la terre ammurées La ou les vers les ont deffigurées.

Puis viennent les discours que les trois morts tiennent aux trois

vifs :

Nous vous dénonçons tous, de voir.

Qu'il vous convient mort recepvoir ; Une mort, las, si douloureuse.

Si amere, si angoisseuse, Que les mors qui en sont délivre Ne vouldroient jamais revivre Pour mourir encore de tel mort !

Voilà certes des vers qui étaient de nature à intéresser Villon quand il passait devant le portail des Innocents.

L'église des Innocents était dédiée aux enfants martyrisés par Hérode, confondus alors dans un même culte avec les petits chrétiens que l'on disait crucifiés par les Juifs. Cette dévotion était très répandue, et partagée entre autres par le roi Charles VII : et l'on croyait que les corps si parfaitement conservés de ces enfants avaient le pouvoir d'arrêter les hémorragies. Dans l'église des Innocents on montrait donc le chef d'un « innocent », enchâssé d'or et d'argent : car les Anglais avaient transporté son corps précieux dans leur pays. Mais le roi Louis XI fera bientôt cadeau à l'église d'un « innocent entier » enfermé dans un grand reliquaire de cristal ; en outre l'église possédait alors le chef du jeune chrétien saint Richard, que les mauvais Juifs avaient crucifié à Pontoise \ C'est dans cette église que les visiteurs venaient chercher les pardons; et c'est là que se réunissaient les confréries des fripiers d'habits, des drapiers, des gan-

I. Du Breul, op. cit., p. 830 et s. ; Lebeuf, éd. Cocheris, I, p. m.

tiers, des carillonneurs, des balanciers, des crieurs de corps et de vin '. Et Villon peut encore y avoir vu le logis de la recluse Alix la Bourgolle, qui entendait la messe dite dans l'église par une petite fenêtre treillagée\

Quand on pénétrait dans le cimetière, on avait devant soi un vaste rectangle de terre herbeuse et grasse, limité par les charniers. On y voyait quelques grandes croix, une chaire à prêcher, une grande lanterne des morts décorée d'une belle image de la Vierge sous un auvent de bois. On n'en savait plus l'usage, puisqu'on la tenait à Paris pour une tournelle élevée par un homme orgueilleux qui, en son vivant, s'était vanté que les chiens ne pisseraient pas contre son sépulcre K

Une partie du cimetière appartenait à l'église des Innocents, l'autre à l'Hôtel-Dieu ; la troisième était réservée aux églises qui n'avaient pas de cimetière '^. Ce grand enclos était en somme le cimetière des pauvres gens.

En temps de mortalité et d'épidémie on les amenait en foule, cousus dans leurs linceuls. Pendant la grande peste on dut faire murer les portes du cimetière, afin d'éviter le mauvais air5;en l'année 1418, où cinquante mille personnes moururent en cinq semaines, de grandes fosses y furent creusées. On déposait trente et quarante personnes à la fois, comme s'il s'agissait de tranches de lard, et Ton k poudrait » dessus avec un peu de terre. Une de ces fosses reçut six cents personnes, de pauvres

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