V^iollet Le Duc, Ancien Théâtre Français, III, p
Cette nation latine vivait à l'écart et très unie, sortant peu du quartier des Ecoles pour se répandre dans la ville où Hugues Aubriot avait dressé pour elle une souricière, le Petit- Châtelet.
Les gens d'une même contrée se réunissaient entre eux, ou vivaient dans les collèges affectés à leur province. Les nouveaux venus arrivaient en bande, apportant aux anciens des nouvelles de leur pays d'origine. Ils devaient payer la bienvenue dans un souper que l'on prenait en commun : on allait chercher leurs draps chez les lavandières et le poisson du repas à Petit-Pont ; après, on s'ébattait au Pré-aux-Clercs '.
Les écoliers avaient leur costume, leur langage, leurs fêtes.
Ils portaient des bonnets, des robes longues, sous lesquelles ils cachaient souvent des dagues ou des épées. Oterle bonnet de l'un d'eux pour le jeter à terre paraissait une insulte des plus graves; le traiter de héjaiine ne l'était pas moins ^ On nommait Martinets les plus turbulents d'entre eux, portant des bâtons ou « martins »'. Ces derniers appartenaient à la fraction la plus dégourdie et la plus jeune de l'Université, la Faculté des Arts, où étudia Villon.
Les Artiens se distinguaient encore par leurs mauvaises inœurs,leurs habits dissolus, le soin tout particulier qu'ils prenaient de chômer leurs fêtes, la Saint-Martin, la Saint-Nicolas, la Sainte-Catherine où la Nation de France processionnait au Valdes-Ecoliers, la fête des Rois où ils jouaient de honteuses facéties, chantaient des chansons lascives, s'habillaient en fous ; ils se répandaient alors par la ville, vêtus de soie, armés de bâtons, €t formaient des rondes '^. Et les maîtres es arts, dont sera Villon, ne rougissaient pas de porter des vestes courtes, avec
1. Arch. Nat.. JJ. 195, p. 704 (Rémission pour Richard de Rocquigny, mai 1472).