‹ François VillonChapitre 92 sur 262 · Cf. Rondel d'un amant qui se mocque de sa dame · texte numérisé non relu

Cf. Rondel d'un amant qui se mocque de sa dame

En trop de lieux brassez moustarde — Vostre mortier ne vault plus rien,

(P. Champion, Rondeaux, ballades et autres pièces joyeuses du xv* siècle, p. 18).

— Marthe fait des reproches à Marie-Madeleine sur sa conduite : « Scitis hene quod volo dicere et ubi jaceat punctns : les petits enfans en vont à la moustarde ». Michel Menot, Sermones, Paris, 1530, fol. 160 vo.

judiciairement'. Ainsi on voit que, le 3 septembre 1484, un page est battu « nud de verges » devant la maison de la femme qu'il avait chansonnée ^

Il semble bien que ce soit à la suite d'une aventure de ce genre que Villon fut battu, lui aussi « tout nu », peut-être non loin de la maison de Catherine de Vausselles, soit qu'il l'eût diffamée, soit qu'un ami eût dénoncé ses amours ' :

De moy, povre, je vueil parler :

J'en fus batu comme a ru toiles 4, Tout nu, ja ne le quier celer.

Qui me feist maschier ces groselles s, Fors Katherine de Vausselles ?

Noël le tiers ot, qui fut la 6,

1. « Entre Jehan Soris, vi[e]lleur, appelant d'une part, et Jehan Joliz, d'autre, pour cause de certaines chansons diffamatoires [et mal sonnans contre la foy ?]. Le xxviije jour d'avril ensuivant fut ladicte appellacion mise à néant] (Bibl. Nat., Dupuy 250, 6 mars 1410, n. st.).

2. « Veu par la cour certaines informacions faictes à la requeste de Pierre Guillemet, dit de Lyon, cousturier, et de Jehanne Butelle, sa femme, sur aucunes chansons et li belles diffamatoires faiz par ung nommé Jehan le Fevre, paige, finaliter fut condamné à estre batu nud de verges et devant l'ostel desdits Guillemet et sa femme, et requérir pardon ; et défend ladicte court ausd. paiges et à tous autres que doresnavant ilz ne facent ou chantent lesd. chansons, ne autres semblables chansons diffamatoires faisans mencion d'aucunes personnes particulières sur peine de bannissement et d'estre pugniz corporellement ». [Nota. — Contre un paige pour avoir chanté chanson où estoit nommée particulièrement la femme que a espousée maistre Estienne la Vergue, procureur en Parlement] » (Bibl. Nat., Dupuy, 250).

4. Comme le linge que battent les blanchisseuses dans le ruisseau. Le sens n'est pas douteux. Cf. Recueil général de Fabliaux, éd. Montaiglon et G. Ravnaud, IV, p. 70. « Et tant l'a batu comme toile ».

5. Façon courante alors de parler pour dire recevoir des coups, un affront (Tel en niaschera la groseille — qui est sans reproche et sans sy, écrit Guillaume Alecis dans les « Faintises du monde », éd. Picot, p. 113) : elle vient sans doute de ce que le groseiller épineux servait alors de verges (Cf. « Et oultre qu'il fust trainé sur une claye et battu par les carrefours de syons de verd osier et de branche de groseliers. » Martial d'Auvergne, Arrêts d'amour, I). Cf. la locution très courante dans les mystères d'alors croquer une prune (Actes des Apôtres,!, fol. 22 \-°), prendre une prune (Ibid, fol. 57), avoir une prune (Myst. de la Passion, v. 10532, etc.), tdter une poire (Idid., v. 15 195). Empruner signifiait encore tirer un coup de fusil dans le jargon des chauffeurs de la bande d'Orgères (an VIII) ; un pruneau désigne aujourd'hui communément la balle de fusil ou tout autre coup.

6. V. 662, je lis avec F Noëlle tiers ot et non pas et qui ne donne aucun sens. — La

Mitaines a ces nopces telles '.

Bien est eureux qui riens n'y a !

Ce Noël, « le tiers » ou le traître confident de ses amours, celui-là qui jouit si pleinement de la honte du pauvre Villon corrigé de verges, nul doute que ce soit Noël Jolis. Aussi le poète chargera-t-il le bourreau de Paris, maître Henri Cousin, de le venger "" :

Item, et a Noël Jolis, Autre chose je ne luy donne Fors plain poing d'osiers frez cueillis En mon jardin ; je l'abandonne.

Chastoy est une belle aulmosne, Ame n'en doit estre marry :

Unze vings coups luy en ordonne Livrez par la main de Henr}'.

qualification de tiers est assez difficile. Dans le jargon des amoureux du temps, il semble bien que le tiers ait été un confident essentiel, le compagnon à qui on demandait de surveiller sa bonne amie quand on s'absentait, par exemple. Cf. Marot, Dialogue nouveau. Œuvres, éd. Guiffrey, II, p. 196 :

Premier. Croy moy que de tenir les choses — D'amour, si couvertes et closes, — Il n'en vient que peine et regret. — Vray est qu'il faut estre secret : — Et seroit l'homme bien coquart, — Qui vouldroit appeler un quart, — Mais en effect il fault un tiers. — Demande a tous ces vielz routiers — Qui ont esté vrays amoureux. Second. Si est un tiers bien dangereux — S'il n'est amy, Dieu sçait combien. — Premier. Hé, mon amy, choisis le bien. — • Et quand tu l'auras bien choysi — Si ton cueur se trouve saisi — De quelque ennuyeuse tristesse — Ou bien d'une grande liesse — A l'amy te deschargeras...

Cf. Cervantes, Don Quichotte, 1. III, c. 21... « Una donzella de la Infanta que sera sin duda la que fu tercera en sus amores. » Mais il y a lieu de remarquer que dans le jeu du tiers on glissait entre la chemise et le dos de celui qui avait perdu, des herbes : par malice, on y joignait parfois une poignée d'orties et des ordures (Martial d'Auvergne, Arrests d'amours, LI). Est-ce ce double sens qui a suggéré aussi à l'esprit du poète la vengeresse poignée d'osier ?

1. En signe de réjouissance, ceux qui assistaient alors aux mariages se bourraient de coups de poing amicaux. C'est ce qu'on appelait « collées de nopces » (Jubinal, Mystères, II, p. 202). Comme on disait une paumée pour un coup de la main, on disait donner des mitaines aux noces pour ces demi-coups. Rabelais, 1. IV, ch. 14, a fait une excellente description de cette joyeuse coutume : « Pendant qu'on apportoit vin et espices, coups de poing commençarent à trotter. Oudart soubz son suppelles avoit son guantelet caché ; il s'en chausse comme d'une mitaine... et coups de jeunes guantelets de touts coustez pleuvoir sus Chicquanous. Des nopces, disoient-ils, des nopces, des nopces vous en soubvienne ! Il feut si bien accoustré que le sang lui sortoit par la bouche, par le nez, par les aureilles, par les œilz... »

2. T., h. 142. — Voir à l'appendice les notices sur Jolis et Me Henry.

Il faut le reconnaître : ces équipées nocturnes ne devaient pas être toujours gracieuses et innocentes. Elles se terminaient dans des maisons en ruine, dans des jardins abandonnés qui n'avaient point de portes. Et Villon y plantait, comme enseigne, un crochet qu'on aimerait bien ne pas trouver entre ses mains dans une nuit si sombre' :

Item, a maistre Jehan Cornu Autre nouveau lais lui vueil faire,.

Car il m'a tous jours secouru A mon grant besoing et affaire ; Pour ce, le jardin luy transfère, Que maistre Pierre Bobignon ^ M'arenta, en faisant refaire L'uys et redrecier le pignon.

Par faulte d'ung uys, j'y perdis Ung grez et ung manche de houe 3.

Alors huit faulcons, non pas dix.

N'y eussent pas prins une aloue 4.

L'ostel est seur, mais qu'on le cloue s. Pour enseigne y mis ung havet ^ ; Qui que l'ait prins, point ne l'en loue : Sanglante nuyt et bas chevet 7 !

En somme ces « sanglantes nuits » étaient surtout remplies par des rixes, les écoliers ayant la très mauvaise habitude de porter des bâtons ou des épées^. Alors, au moindre appel de « à l'aide ! » ou « au meurtre! », ils n'étaient pas longs à des-

2. Nous reviendrons sur ces deux légataires à l'appendice : c'est en plaisantant que Villon dit que Pierre Baubignon lui loua son jardin ouvert à tous.

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