M. Schwob, Parnasse satyrique, p. iio
Il8 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS
Sy est, foy que doy a Saint Poul !
Nous sommes bien : ma dame sue, Et ce povre amoureux se tue Tandis qu'autruy lui saute au coul.
N'est ce pas pour rire son saoul ?
Certainement Villon a connu et chanté de ces chansons, niaises ou équivoques, puisqu'il associera la bergeronnette léguée à l'ami Jacques Cardon à de tels refrains ' :
[Si vault?] le chant « Marionnette », Fait pour Marion la Peautarde, Ou d' « Ouvrez vostre huys, Guillemette », « Elle alla bien a la moutarde. »
Léchant «Marionnette » était une chanson satirique faite sur une dame de Paris ^ Le refrain « Ouvrez [moi] vostre huis Guillemette >> pouvait être celui d'une chanson équivoque un peu plus ancienne ^ Mais le sens en est bien fixé par la chanson injurieuse que chantait àTroyes, en 1460, Jean, fils de Perrin Ancelot, au sujet de la femme de Jacquinet Lorant, forgeron. Sur quoi ce dernier lui donna une gifle. Or Perrin Ancelot le déclara à la femme : « Gouvernez vous bien, de par le diable ! se ne fera l'en point de chansons de vous. On vous a trouvé en l'ostel de Piedeboys enfermé avec ung prestre qui ne se nomme point. » Voici la chanson moqueuse que chantait Jean Ancelot : « La brune Gilette devers saint Avantin — Si s'en ala ung mercredi matin — Chez Marguerite Piedeboys — Taque ! l'uiz est cloz — Avec des galans qui ne se nomment mie — Pour faire bonne chère — Chez Pierre Boy vin — Taque!
i.T.,h. 153, V. 1780-1783 — V. 1780. Si vaiilt est une correction verbale que je propose à la leçon S' elle eiist AGI.
2. Le 2 mai 1478 je trouve Marie la Potarde [Marie de Boucart, femme de Philippe Potart, médecin du roi] (Bibl. Nat., Clair., 764). Quoi qu'il en soit Marion la Peautarde était la femme d'un certain Peautard.
3. Il y eut en ce temps-là une jeune femm^ amoureuse du nom de Guillemette qui demeurait au quartier du Temple, près de la rue de Glisson (Arch. Nat., JJ. 198, fol. 305). Eutrapel (éd. 1585, p. 131) mentionne la danse équivoque du loup la queue entre les jambes et le branle : Tant vous alle^ dçux Guillemette.
L'uiz est cloz. La brune Gilette, etc. » '. Quant au vers de la chanson « Elle alla bien à la moutarde », il fait sans doute allusion à la coutume des enfants d'aller chercher cette denrée pour le repas du soir ; mais il équivoque aussi sur une autre matière dont une dame galante pouvait être friande \
Il semble donc que Villon ait suivi la coutume des compagnons chanteurs. Certes quand il nous dit :
Ma vielle ay mys soubz le banc 3,
il use d'une façon de parler; mais le vers qui suit : Amans je ne suivray jamais
peut aussi donner à entendre que, dans sa pensée, amours et sérénades sont associés.
Entendons-le encore évoquer les charmants compagnons de sa jeunesse'^ :
Ou sont les gracieux gallans Que je suivoye ou temps jadis, Si bien chantans, si bien parlans, Si plaisants en faiz et en dis ?
Ces chansons diffamatoires étaient d'ailleurs poursuivies
1. Arch. de l'Aube, G 4176, fol. 18 v^-iç. — Voici une autre de ces chansons dans une notice d'un ms. poétique ayant appartenu nu cardinal de Rohan, insérée à la fin d'un Jardin de Plaisance (Bibl. Nat., Rés. Ye 169) :
Jehanne du Boys est retrouvée — Mardi bien tard sur la vesprée ; — Secrètement l'on l'a rendue — Car assez l'avoit on tenue — Pour estre très bien espreuvée. — Elle a esté bien gualopée, — Puis le trot, puis la baquenée — Dont se tient pour très bien pourveue — Jehanne du Boys... — Pour Dieu, qu'elle soit bien baignée, — Car elle est si très travaillée — De plusieurs qui l'ont eu en mue — Que je la tiens femme perdue — Sinon qu'un peu soit resserée
— Jehanne du Boys...