BALADE MORALE
Vune dague ftnie et agfle Soit-il frappé para^ PeseMiie,
(4) Mine.
(5) Chfttiment.
«GQLE DB VILUm. «M
Et ait tousjonrs une sansue Attachée à sa poitri&e^ Et attainct d*nne coulenvrine Entre le nez et le menton, Ou qu'en prison vive en famine.
Qui aultruy blame sans raison.
Son giste soit emmy la rue Tout nud, quant il fera bruyne. Sur pel de heriçon pointue, Couvert d*une clère estamine, De vent de bise sa courtinei Et soit mors d'ung escorpion.
Ou qu'en prison vive en famine, Qui aultruy blame sans raison.
Sa chair soit detrenchée menue, Plus qu'au moulin n'est la farine.
Ou de gros nerfis soit bien batue ; Ou couché nud sur tas d'espine.
Et, affin que plus tost il fine.
Son corps soit remply de pcrison.
Ou qu'en prison vive en flunine, Qui aultruy blasme sans raison.
EMVOK
Prince, soit mis en la gehaine, Dix foys le jour comme ung larron.
Ou qu'en prison vive en famine.
Qui aultruy blasmt sans raison.
On reconnaU ici le toqr de la Ballade de l'Honneur français ainsi que celui de la Ballade contre les Tavernieri, et le fond de la Mailade ^n\n lea Languie venimeuses.
BALADE
Estre trop franc et soy fier Au beau parler de mainte gent, A fait maint homme mendier Et estre despourveu d'argent, Si dis, selon mon jugement, Que ce seroit bonne manière De trèstout les jeux bonnement Avoir tousjours ung pied derrière.
Cil qui se veult accompaigner, Si doit bien regarder comment ; Car il se met en grant dàngier, Qui s'accompaigne follement.
Plusieurs maulx en viennent souvent,
Et pour avoir langue légière ; Et ce seroit fait plus sagement D'avoir tousjours ung pied derrière.
Despendre le sien de légier .
Ne vient point de grand sentement.
Ne folles femmes accointer Qui font despendre follement ; Et puis après on s'en repent, Quant rien n'a en la gibessière.
Ce seroit bien expédient D'avoir tousjours ung pied derrière.
ENVOI
Prince faictes publiquement Crier par chascune barrière, Que chascun ait entendement D'avoir tousjours ung pied derrière.
Toute cette ballade me semble remplie de confidences
de Villon.
ÉCOLE DB VILLCttl. 3S4
BALADE
Dond venez vous? — D'où? Yoire, d'où? de court.
— Et qu'y fait-on? — Rien qui vaille. — Gomment, A bien parler? Quel est le bruit qui court?
— Maulvais. — Ouy dea? — Ouy très certainement.
— Aurons nous pis? Je le croy fermement.
— Comment cela? On en voit l'apparence.
Qui portera ce faiz entièrement?
— Qui, voire qui? Les trois estats de France.
Dond vient cecy ? Ne de quoy ce mal sourt?
— Dond voire, dond ? — Dittes nous hardiment.
— Rien n'en dirons ; -^ Qui tient l'argent si court ?
— Diray je tout? Deux hommes.seuiement.
— Et qui sont-ilzî — Je n'en parle aultrement.
— Et ont ilz, eux? — S'ilz en ont? A puissance.
— Qui leur en baille si très habondamment?
— Qui voire, qui? Les trois estats de France.
Qu'en dit Paris? — Il est muet et sourt.
— N'oze-il parler? — Nenni, ne Parlement.
— Et le Clergiéî — On vous le tient si court.
— Par votre foy ? — Voire, par mon serment.
— Noblesse quoy? — La moitié pirement.
Justice aussi a perdu sa balance.
— Qui peult pourvoir à cecy bonnement?
— Qui voire, qui? Les trois estats de France.
ENVOI
Prince, vueillez donner allégement,
— A qui? — Aux bons vivans en espérance.
— De quoy? — De droit. — Qui feroit ce à présent?
— Qui voire, qui? Les trois estats de France.
« Cette ballade , qui est dans le style de la ballade eixième des œuvres de Villon^ dit Lenglet Dufresnoy,
36t ntANÇOlS VfLLQN.
regarde vraysemblablement fa régence de Madame la Duchesse de Beaujeu, sous Charles YIII. Elle a fait beaucoup de bruit, ajouto-t-il, sur la fin du règne de Louis XIY. Un homme d^esprit et de mérite Pavait copiée d'un manuscrit d'une des plus belles bibliothèques de Paris (7679 * de la bibliothèque Impériale). On insinua au roi que cette pièce avait été faite contre lui.. Mais on n'avait qu'à lire le Jardin de Plaisance^ et on l'y aurait vue imprimée, il y a plus de 200 ans. » Lenglet se trompe sur la date de la composition de celte pièce. Cette ballade , ainsi que la suivante, fut envoyée en l/i65 et répandue par des mains inconnues dans le camp du comte de Charolais, ainsi que nous l'apprend Jacques du Clercq, dans ses Mémoires.
BALADE
Quant vous verrez les princes reculiez.
Et entre eux même estre en dissension ^ Quant vous verrez les sages avenglet Pour soustenir pollice et union ; Quant les flateurs par leur séduction Informeront les seigneurs au contraire ; Quant on croira des sotz Topinion, Tenez-vous seur d^avoir beaucoup à faire.
Quant on verra les nobles affolez
Et supporter basse condicion ;
Quant on verra mescbans gens appeliez
En hault état et domination ;
Quant le meffait n'ara punicion ;
Quant vous verrez plaindre lé populaire
De mengerie et dMmposition,
Teaei vous seiup d'avdr beaucoup à feira.
ÊOOLB DB VILLON. 318
Qaant vous verrez le Clergié rayales,
Et aux vices la juridietioii ;
Quant vous verrez vieux servans défouliez
Et despourveus de leur provision ;
Quant vous verres au peuple iHotion,
Et en rÉglise haine et division ;
Quant les petis vouldrontles grans defiaire,
Tenez vous seur d'avoir beaucoup à faire.
ENVOI
Prince, pour Dieu, ayez affection D'entretenir la justice ordinaire ; Ou aultrement, et pour conclusion, Tenez vous seur d^avoir beaucoup à faire.
BAUDB.
Clerc que dis-tuî — Que veux-tu que je dyeî
— . Escrips; — Et quoy î — Les chroniques de France ;
Et puis après fais une comédie.
— De qui, de quoy? — De çeluy qui mieulx dance.
— Est il vafllantî — Nenny, mais on Tavance.
*^ Est oe raison ? -^ On le fait à préâent.
—• OeA et l9$ «âges ? On les met vers te veut.
— L'escripray je? — Ouy et je t'en prye.
— Et les cornars? — Ils ont l'or et l'argent.
— Me dis-tu voir? — Oil, saincte Marie.
— Qui sert à court? — Gens de meschant lignie.
— Sont-ils aimés? — Oil, ils ont chevance.
— Valent ils rien? — Non, se Dieu me bénye.
— Quel sens ont ils? — Folye, oultrecuydance.
— Sont ils hardis? Oil, à la pitance.
— Qui mange-t-on? — On mange povre gent.
— Comme y boit-on? Sans taille et sans payement.
— Mange-t-on chair? Oil, qui n'est point payée.
— Quant la payera-on? — Au jour du jugement.
— Me dis-tu voir T — Cil, sainele Marie.
— Où va TargentT — H va en broderie.
— Et quant il fault? — Il fault faire finance.
— Comment sitost? — Lever une taillîe.
— Est ce bien faict? — On Ta d'accoustumance.
— Qui a l'argent? — Tel qui onc ne tint lance.
— Je n'en croy rien — Si a certainement.
— A quel propos? — Pour dancer seulement.
— Et les vaillans? — Us peuvent bien dire pye.
— N'auront ils rien? — Nenni, par mon serment.
— Me di»-tu voir? — Oïl, sainte Marie.
ENVOI
Clerc, que veux-tu? — J'escripray pour néant.
— Et pourquoy dea? — Car tout va nicement.
— Le sces-tu bien ? Oil, chascun le crie.
— A quoy tient-il? A fol gouvernement.
— Me dis-tu voir? — Oil, saincte Marie.
On voit que la satire politique n*est pas de fraîche date en France. Ces trois satires d'ailleurs sont tNira, ainsi que nous Tavons déjà dit, dans la manière d'Henri Baude.
MAIiUSGRITS ET BIBLIOGRAPHIE.
MA1IU0CBXTB.
Yillon ne présida pas lui-même à la publication de ses œuvresy c'est un fait qui résulte des lacunes comme des incorrections nombreuses du texte des plus anciennes éditions qui, sans compter \esRepeues franches, qu'il n'a pas composées, le Monologue du Franc Archier et le Dialogue de Messieurs de Mallepaye et de Baillevent^ offrent avec les deux plus récentes une différence en moins de plus de &50 vers. Marot se sert du mot navré j pour donner une idée des mutilations que subit le texte du poète dans les premières éditions qui en furent données. Le mot n'est pas trop fort ; seulement il pourrait aussi bien s'appliquer aux divers manuscrits qui nous en restent.
Ces manuscrits sont au nombre de six, dont quatre de la fin du XV* siècle et un du xvi®, conservés tous les cinq & la Bibliothèque Impériale, plus un dtfxvm% connu sous
le nom de Manuscrit de C Arsenal, où il est inscrit sous le n* 106, et qui n'est qu^une copie de deux des précédents.
Le premier est le manuscrit original des poésies de Charles d'Orléans. Ce manuscrit, entre plusieurs morceaux, comme rondeaux, ballades et complaintes, intercalés parmi las poésies da prinee, cc^ntient deux pièces de Villon. L'une est un petit poème composé d'un chant en l'honneur de la naissance de Marie d'Orléans, première fille de Charles d'Orléans et de Marie de Clèves, sa troisième femme, et d'une double ballade adressée à la même princesse, qui est tout à la fois un remercîment de la grâce que cette, naissance lui avait obtenue , et une supplique à l'effet de voir lever la sentence d'exil qui le tenait éloigné de Paris. Ce petit poème, sans titre dans le manuscrit et signé du nom de baptême du poète, avec une qualification qu'il aimait k m donner,, a reçu, mtis à tort, de Prompsault, qui l'a publié pour la première îç» à la fin de son édition, celui de DU de la naisswêce Marie de Bourgogne. Ce^ cette pièce qui nous a per* mi» d'établir approiximativement la date de la première ccNEidamnation capitale de YiUo«« L'autre pièce est la ballade connue soua le nom de baUade Villon; c'est le titre qu'elle i>orte dans le iiumuscrit même; elle s'y trouve en compagnie de onze avrfres du même genre, signées pour la plupart des msoê des amis du prince.
Cemanuocritnoagnifique» qfiâ provùmt delà bibliotbèqpie d'Henri II, et qui porte le ouMocgramme de Catherine de Médicis dent la couverture est semée, a été découvert et décrit |Mmr la luremière fois par l'ebbé Sallier en 1 7&Il
LediiiKièflM iMQiiflGcîiest h& Eraiid is^lt^ iBBflriÉaii
HISTOIRB DU TEXTB DB VILLON. Ul
n 765S ; il forma un recueil de vingt pièce» dont Taventdemttre est VOspital ^Amour$ d'Alain Cbartier, et la dernière te Petit-Testamenl^ désigné aoua ce titre .: T$$tammt de mûisttê Ftançoys Villon. C'est tout ce qae ce manoacrit renferme de Villon; maia il a cela de préoieia qu'il donne» sauf un huitain (i), le texte complet do Fetit^Teêtameni que, dans le manuscrit Coislin et dans les éditions antérieures à celle de Prompsault, dé^ figurent deux lacunes formant un total de 80 vers» du buitain &* au 10* et du huitain SO"" au &0\ Nous croyons avec Prompsault que ce nmnuscritt d' une écriture nette et \Àm conservée et d'un texte plus pur que celui des éditàxmB gothiques, est un des plus anciens et remonte îusr qu'au temps de Villon. Si» comme Tajoute Prompsault» il ne renferme pas le reste des œuvres de notre poète» e'eat probablement parce qu'elles n'étaient pas encore connues* Et cela même» dirai-je, est un indice de son an*
ciittneté.
Le tnnsième* inscrit au n® 7&79% et également de Cermat grand in*&% p:Mrte au dos le titre de Poésies diwnes^ C'est un recueil composé de i9 pièces toutes •nofiymM i la 13* n'est autre que la ballade de Villon QûQtie tes Taverniers, dont te premier dou2;ain parut pour te première fois dans l'édition donnée par Formey en 17&3 avec lea note» de 4e Ducbat^ qui nous apprend dans tes lignes atûvantea comment ce âouzain était v^ni àsaeoQnaissance: «FeulML fialuaa commwi^ia un jour • à M« de te Monnaye an fragmeftl d^une baltede (te
{l)Leb.83.
• Yillon, de laquelle les vers n'ayant jamais été imprimés, tt on ne sera pas fâché de trouver ici ce fragment» tel que I je l'ai reçu copié de la propre main de cet illustre acac démicien. Le papier, sur lequel cette ballade était t écrite, était demi-rongé, et ne contenait que le morc ceau qui suit. Cest le premier couplet de la ballade. » C'est à une indication de Crapelet (1) que je dois la découverte de cette ballade que je donne aujourd'hui pour la première fois dans son intégralité. Ce recueil est terminé par trois ballades dont l'une, qui a été imprimée dans le Jardin de Plaisance^ a été attribuée à Villon par l'auteur du Manuscrit de l'Arsenal, c'est-à-dire par Lenglet, mais qui, si elle n'est pas de lui, est certainement de son école ainsi que les deux autres. On les trouvera dans Tappendice que nous donnons à la fin de ce volume.
Le quatrième, in-4% inscrit au vP 1662 du fonds Saint- Germain et connu sous le nom de manuscrit Goislin, provient de la bibliothèque du chancelier Séguier, d'où il passa par héritage dans celle du duc de Goislin, évêque de Metz, qui la confia d'abord, ainsi que nous 'l'apprend Len^et, et la légua ensuite aux Bénédictins de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés, ce que rappelle cette petite note imprimée sur une bande de papier collée au bas de la première page : Ex biblioth. mss. Coisliniana olim Seguerriana quam illustrissimus Henricus du Cambout^ dux de Coistin^ ParFranciœ, Episcopus MetensiSyCtc^^monàsterio S.-Germani à Pratis legavit^ anno mdggxxxu. C'est de ce manuscrit , plus précieux par le nombre de
(1) Villonie.
pièces qu'il renferme que par la correction de son texte, que Lenglet d'abord, dans le projet d'édition connu sous le noui de Manuscrit de l'Arsenal, et Prompsault ensuite, tirèrent :
1* Le huitain 23 actuel du Petit-Teslament, mentionné dans le huitain 67 du Grand-Testament et relatif à Périnet delà Barre;
2" Les huitains 136, 152 et 153 du Grand-Testament;
3° Le rondeau qui sépare ces deux huitains ;
k^ L'épître en forme de ballade : Ayez pitié, ayez pitié de moi ;
5* La ballade intitulée Problème , où Villon fait parler la Fortune (1) ;
ô"" Les deux derniers huitains et l'envoi de la ballade finale du Grand-Testamenl : tous morceaux qui manquent aux éditions antérieures à celles de Lenglet et de Prompsault.
Le cinquième, celui du xvi® siècle, est un recueil de
(4) Daunou suspecte l'autlieoticité de ces deux ballades, ainsi que celle de la ballade de V Honneur français, donnée par le manuscrit Robertet, et de la ballade des Povres Housseurs^ extraite du Jardin de Plaisance. Il- les trouve insignifiantes et dépourvues du caractère original des poésies authentiques de Villon. C'est quelque chose d'inquiétant sans doute, au premier abord, que de rencontrer en face de soi, en pareille matière, un contradicteur de raaiortté de Daunou ; toutefois, nous demandons s'il est permis de ranger parmi les pièces apocryphes des ballades extraites, sauf celle des Povres Rousseurs, de deux manuscrits, et dont l'une même est signée à chaque refrain :
Le lesserez là le povre Villon,
Quant au jugement que porte Daunou de la valeur intrinsèque et du caractère de ces pièces, nous en appelons aux personnes qui voudront bien les lire tout entières.
poésies et de lettres de divers auteurs, et entre autres de vingt ballades, d*un rondeau et de deux épitaphes, en tout vingt-trois pièces extraites du Testament et Codicille de François Villon. Parmi ces ballades figure la ballade de V Honneur français qui ne se trouve nulle part ailleurs que dans le Jardin de Plaisance^ et encore sans nom. Signalée d*abord, au xviii" siècle, par Lenglet Dufresnoy dans son . commentaire manuscrit de Villon, cette ballade a été publiée pour la première fois sous le Bom de Villon , en 18^ , par Tabbé Prompsault.
Ce manuscrit, qui porte le n® 208 du supplément fran-
çais, est un grand in-Zi*. Au quatrième feuillet on trouve écrit ce vers d'Horace,
Quod satis est oui contingit, nihil amplius optet,
et, au sixième, ce renseignement : Recueil donné par M. l'abbé Lenglety le 25 avril 1744.
Lenglet, dans son introduction au commentaire manuscrit de Villon cité plus haut, nous apprend, à propos de la ballade de X Honneur français^ comment ce recueil était venu dans ses mains : « Je Tai trouvée, dit-il (cette « ballade) , sous le nom de Villon, dans un manuscrit de «M. Robertet, secrétaire d'Etat sous Louis XII et « François I". Par succession de temps,^ ce manuscrit, c qui renferme quelques poésies de Villon et de plusieurs « autres poètes, est tombé chez MM. Amelot, et je Tai « acquis de la succession de feu M. Âmelot de Gournay , c président à mortier. »
Nous ajouterons; ce que Lenglet ne dit pas, qcfè ce manuscrit contient plusieurs poésiea de ce Robertet qui n*est autre que Jehan Robertet^ secrétaire de trois rois et de trois ducs de Bourbon, comme nous l'apprend son épitaphe, et poète lui-même à ses heures de loisir , ainsi qu*en - font foi ce recueil et trois autres de la Bibliothèque Inn périale, inscrits aux n**» 7685, 7686, 7687 du vieux fonds, et formés par Jacques Robertet, pètit-fils de Jehan, et fils de François Robertet qui cultiva aussi la poésie.
Jehan Robertet, qui fut le mieux rente 4es beaux-es* prits (l)sous Charles YIII, 8ervait, par sa position même, dHntermédiaire aux poètes de son temps auprès des rois de France et particulièrement auprès des ducs de BooT'bon qui se transmettaient de père en fils le goût des lettres et de ceux qui les cultivaient. C'était par ses mains que passaient toutes les poésies adressées à ses maîtres ; et c'est de ces poésies dont il gardait copie, grossies des siennes et de celles de son fils François, comme lui d'ailleurs notaire et secrétaire du roi et de monseigneur le duc de Bourbon, que Jacques son petit-fils forma le recueil contenant les 23 pièces de Villon extraites du Grand'-Teslament et du Codicille, et les trois autres recueils dont nous avons indiqué plus haut les numéros.
Le sixième est le manuscrit de l'Arsenal, connu sous ce nom, in-Zi'', et inscrit au n» 106 de cette bibliothèque. C'est un commentaire grammatical et historique des œuvres de Villon, précédé d'une préface et d'une vie du poète ainsi que du plan de l'édition, par Lenglet Dufres-
(4) J. Quicherat, Préface des Poésies d'Henry Baude.
noy et seulement signé, en tête, des initiales J. B. Ces initiales ne seraient autre chose, selon M. A. Yitu, que le paraphe du notaire qui aura fait Tinventaire de la succession de Lenglet. Un passage où Tauteur nous apprend qu'il a acquis de la succession de M. Amelot de Gournay, président à mortier, le recueil inscrit au n^' 208 du supplément français» rapproché de la note écrite au sixième feuillet de ce même recueil, qui fait partie des cahiers de vers formés par Jacques Robertet, et mentionnant que ledit recueil a été donné par M. tabbé Lenglet le 25 wril iSliky m'a fait découvrir l'auteur jusqu'ici inconnu de cette édition manuscrite (i). Lenglet nous dit lui-même que cette édition, qui d'ailleurs ne donne du texte que les vers commentés, a été faite par lui sur les plus anciennes éditions et sur debx manuscrits, le n^ 1 662 du fonds Saint-Germain, ou le manuscrit Coislin, et le n^ 208 du Supplément français ou le manuscrit Robertet. Elle eût donc offert dès lors, si elle eût paru (2), les ad-
(4) Cette découverte m*en a fiait faire une autre, c'est que l'édition manuscrite en 3 vol. in-4o des poésies de Guillaume Coquillart, inscrite à la Bibliothèque Impériale sous le n® 2828 du Catalogue La Vallière, et toute prête pour TimpressioD, est aussi de Lenglet Dufresnoy : ce que prouve l'identité complète de récriture de ce manuscrit avec celle du manuscrit 106 de TArseual, et, de plus, le caractère des notes ou du com> mentaîre qui accompagne cette édition et qui rappelle compléiemeDt le commentaire de Lenglet sur Villon : mômes digressions, même espèce de réflexions, même système de rapprochements du poète qu'il commente avec les poètes antérieurs, contemporains ou postérieurs. Pour dernière preuve enfin, la liste des ouvrages inédits de Lenglet, liste dressée par l'auteur d'un travail sur la vie et les oeuvres de Lenglet, mentionne parmi ces ouvrages une édition de Villon et une édition de G. Coquillart.
(2) Ce fut apparemment l'édition donnée en 1742 par Formey, à la
ditions données depuis par Prompsault, sauf toutefois les dix huitains du Peitt-Testament qu'il a tirés du manuscrit 7652, et le Dit de la Naissance Marie, fourni ainsi que la ballade Villon par le manuscrit original des Poésies de Charles d'Orléans. Elle renferme de plus et eût donné en outre /i5 rondeaux et ballades, dont la plus grande partie, au sentiment de Lenglet , vient de Villon, et qu'il avait extraits du Jardin de Plai^ sance.
Prompsault, qui ignorait le nom de l'auteur du Manuscrit de l'Arsenal, en parle fort dédaigneusement en deux endroits de son Mémoire sur Villon : dans l'un il lui reproche que ses noies sont en petit nombre et assez mal rédigées; sa notice sur Villon, ajoute-t-il, manque de critique ainsi que le reste de son travaiL Dans l'autre endroit, à Toccasion des 45 rondeaux et ballades tirés du Jardin de Plaisance, et attribués pour la plus grande partie à notre poète par Lenglet, il le traite d'homme peu éruditet manquant absolument de ctiti^ que. La notice de Lenglet sans doute n'apprend presque rien sur la vie de Villon, et n'en éclaircit aucun des points obscurs. Sans doute encore son commentaire est tout à la fois insuffisant, inexact et, de son aveu même, rempli de choses et de digressions inutiles. Il n'est pas cependant complètement à mépriser tant au point de vue pu^remerit philologique qu'au point de vue des rapproche- Haye, chez Adrien Moeljens, avec les notes de le Duchat, qui empêcha Lenglet de livrer la sienne à l'impression. Remarquez que c*est justement deux ans après, en 1744, qu'il faisait don à la Bibliothèque du Roi du manuscrit Robertet.
meots qu*il fait entre nombre de passages de Vilton et de planeurs autres poètes, ses contemporains ou ses prédécesseurs. Proinpsault d^ailleurs, sans lui faire ici son inrocës, et moins que tout autre nous nous en recon* naissons le droit, Prompsault est loin d'avoir éclairé les points litigieux de la vie de Villon ; et il eût pu parler avec un peu moins de dédain d'un confrère aux indications duquel il a dû peut-être la plus grande partie des additions qui lui permirent de donner, le premier, de notre poète, l'édition la plus complète qui eût encore paru jusqu'à lui.
Il résulte de l'étude que nous venons de faire des divers manuscrits de Villon, qu'aucun ne renferme ses poésies complètes. Un seul, le manuscrit Goislin, donne le Grand et le Petit-Testament réunis, et encore non sans lacune pour le dernier. Tous enfin sont défigurés par des fautes grossières dont souffrent tour à tour le sens et la mesure. Cela s'explique par la raison que Villon ne s'occupa pas lui-même de la publication de ses œuvres. Premyn testourdySj qu'il nous donne comme son secrétaire, écrivit-il réellement sous sa dictée le Grand- Testament j ou n'est-ce qu'un personnage de fantaisie? On n'ose rien affirmer sur le seul témoignage d'un railleur comme Villon ^ Mais s'il a réellement existé, le défaut que lui reproche son maître n'était guère fait pour assurer l'intégrité et la correction des copies qu'il lui recommande lui-même de faire faire de son œuvre (1).
A juger d'ailleurs l'élève d'après le maître, jamais ti-
roir ne dut être plus mal en ordre que celui du secrétaire de Fauteur du Grand-Testament. Il est hors de doute que nombre de copies plus ou moins complètes, tantôt du Petit-Testament y tantôt du Grand et des ballades , tantôt des ballades seulement , durent courir longtemps parmi les écoliers. Marot nous rapporte que, pour faire son édition, il a eu recours partie à Cayde de bons meil lards qui en sçavent par cuçur. Ces bons vieillards, selon toute apparence, avaient jadis succédé, dans te pays desÉcoles^ aux gfatieuxgaUans qui faisaient cortège à la jeunesse du poète, et avaient sans doute entendu de leur bouche plus d'un de ses huitains et phis d'une de ses ballades.
Jean de Calais, de son côté, qui ne Tavait pas vu depuis trente ans, au moment où il finissait le Grand-Tesiament, Jean de Calais, C honorable homme ^ qui ne savait même pas comme il se nommait, A' avait pu prendre au sérieux l'autorisation que le bon foUastre lui donne dans le huitain 1^ relativement au Grand-Testament. Il suffit de lire rapidement ce huitain et les deux qui suivent pour se convaincre que tout en est ironique et bouffon. Il n'en inséra pas moins toutefois dans la partie pour ainsi dire anthologique de son Jardin de Plaisance ^o^ ne figure d' ailleurs aucun des huitains du Petit ni du Grand^Testament, les ballades et les rondeaux de Villon qu'il connaissait.
a76 FRANÇOIS VILLON.
INCITIONS.
PrompsauH compte seulement douze éditions avant la sienne ; Téditeur de 17&2 n'en indique pas davantage, y compris celle qu'il donne, mais avec plusieurs différences dans la désignation des éditeurs.
Brunet, dans le Manuel de la Librairie, en signale dix-neuf depuis celle de P. Levet, petit in-4^ goth. imprimé à Paris, en l/i89, jusqu'à celle de Prompsault inclusivement. Il pense que l'édition de P. Levet est celle que les éditeurs de 1723 et de llkt attribuent à Ant, Yérard et donnent comme la plus ancienne.
Le bibliophile Jacob, qui a dressé le catalogue le plus complet des éditions de Villon, en énumère trente et une depuis celle qu'il donne comme la première d'après Prompsault, d'ailleurs sans lieu ni date, inais au jugement de ce dernier qui seul Ta rencontrée, la plus belle et la plus correcte des éditions gothiques, jusqu'à celle de Prompsault, in-8^, donnée à Paris, chez Téchener, en 1832. Celle qu'il a publiée lui-même eu 1854 fait la trente-deuxième.
Il était difficile que les premières éditions de Villon fussent plus correctes que les manuscrits; et cependant, des uns et des autres, je ne saurais dire lesquels renferment le moins de fautes ; ce qu'il y a de certain, c'est que manuscrits et éditions en fourmillent. Pour les éditions, à la cause que nous avons déjà signalée, c'est-à-dire l'absence des soins du poète dans la publication de SCS œuvres, s'en joignit tout d'abord une
HISTOIRE bu TEXTE DE VILLON. 377
autre, la nouveauté de Tart de rimprimerie, qui fit, ou peu s*en faut, son apprentissage en France sur les poésies de Villon. Ces poésies furent en effet yn des premiers ouvrages qui sortirent des presses françaises, et qui inaugurèrent dans notre pays l'art de Guttenberg. Quoi qu'il en soit, le texte de ces premières éditions est vraiment déplorable ; et Marot a pu dire sans exagération « qu'entre ♦ tous les bons livres imprimez de la langue françoise ne « s'en veoit ung si incorrect, ne si lourdement corrompu « que celluy de Villon ; » et plus loin : « Tant y ay « trouvé de broillerie en l'ordre des coupletz et des vers, € en mesure, en langaige, en la ryme et en la raison, « que je ne sçay duquel je doy plus avoir pitié, ou de t l'œuvre ainsi ooltrement gastée,. ou de l'ignorance de t ceux qui l'imprimèrent. »
On pourra juger du nombre des lacunes qui mutilaient l'œuvre de notre poète, quand on saura que les SO premières éditions présentent avec celle de Prompsault une différence en moins de 440 à 460 vers. Marot le premier essaya une amélioration du texte de Villon et en donna, en 1533, chez Galiot du Pré, une édition accompagnée d'un portrait (1), mais avec toutes les lacunes des onze ou des douze précédentes (2) ; ce qui prouve, quand
(4) Il faut se garder de fa confondre avec la première que donna Galiot da Pré, en 1532, et qui ajoutait pour la première fois aux œuvres de Villon le Monologue du Franc -Archier et le Dialogue de Messieurs de Mallepaye et de Baillevent,
(2) n n'est pas certain, en effet, que l'édit. in-8o golh., sans lieu ni date, que Prompsault et après lui le bibliophile Jacob donnent comme ta première, sous ce titre : Cy commence le grani Codicille et Tes-, tament maistre François f^Hllon^ le soit réellement, d'autant qu elle
il ne Tavouerait pas, qu'il ne lut pas les maiftiscrits. Yoid du reste comme il s'exprime lui-môme mr son travail : « Partie avecques les vieulx imprimez, partie avec Taide de bons vieillards qui en sçavent par cueur, et partie par deviner avec jugement naturel, a esté réduit nostre Villon en meilleure et plus entière forme qu'on ne l'a veu de nos aages, et ce sans avoir touché à l'antiquité de son parler, à sa façon de rimer, à ses meslées et longues parenthèses, à la quantité de ses sillabes, ne à ses confies tant fenrinines que masculines... Et pour ce, comme j'ay dit, que je n'ay touché à son antique façon de parler, je vous ay exposé sur la marge, avecques les annotations, ce qui m'a semblé le plus dur à entendre, laissant le reste à vos promptes intelligences, comme ly Roys pour le Roy, homs pour homme, compaing pour compaignon, aussi force pluriers pour singuliers, et plusieurs autres incongruitez dont estoit plein le langaige mal lymé d'icelluy temps, f A{»rès, quand il s'est trouvé faulte de vers entiers, j'ay prîns peine de les refaire au plus près, selon mon possible, de l'intention de l'autheur. . .
c Oultre plus, les termes et les vers qui estoient interposez trouverez reduictz en leurs places^ les lignes trop courtes alongées, les trop longues acoursies, les mots otHoyaremys, les adjoustez ostez, et les tiltres myeulx attiltrez.
€ Finablement j'ay changé l'ordre du livre, et m'a
nest pas meotionnée dans le Manuel du libraire oi dans les Gataii^ues, etqu« Proaipaault seul est connu pour Tavoir rencontrée.
« semblé plus raisonnable de le faire conomencer par le c Petil'Testameni^ d'autant qu'il fut faict cinq ans avant « l'autre.
€ Et si quelqu'un d'adventure veut dire que tout ne < soit racoustré, ainsi qu'il appartient, je lui respons dès « maintenant que s'il estoit autant navré en sa personne « comme j'ay trouvé Villon blessé en ses œuvres, il n'y a « si expert chirurgien qui le sceust panser sans appa- « rence de cicatrice. »
Les annotations et les corrections de Marot sont loin d'avoir tenu les promesses de la préface; et le texte de YiUon dans son édition mêle à ses cicatrices bien des blessures. Mais il ne faut pas oublier, comme il nous Tinsinue lui-même, qu'il est le premier à avoir essayé de panser les plaies du pauvre poète navré^ pour me servir de son expression si énergique; et si Ton songe qu'il n'avait à sa di^sition, pour mener à fin sa tâche, que le seeours des vieux imprimés et la mémoire des bons vieillards dont il parle, sans le moindre manuscrit authentique et correct, on ne sera plus étonné que le texte qu'il donna laisse tant à désirer. Quant à dire, comme le dernier éditeur des poésies de Guillaume Goquillart, que ce texte n'est qu'une habile caricature de Villon, c'est là une exagération dont j'appelle à Tingénieux et savant éditeur luimême (1). On pourrait, ce semble, plus justement reprocher à Marot de n'avoir pas tiré de la mémoire de bons vieillards dont il parle et de la tradition , qui
(1) Œuvres de Goquillart, Étude bibliographique. Le monde ériidit connaît cette édition du vieux poète rémois due aux soins de M. Charles d'Héricaoit.
pouvait encore en subsister dans le quartier des Écoles, quelques renseignements sur les légataires du Petit et du Grand-Testament^ et sur ce qu'il appelle lui-même V industrie des lays. Ne restait-il donc plus personne du temps de Marot qui possédât la clef de ces legs et qui pût la lui transmettre? Il ne faut pas toutefois oublier une chose, c'est que plus d*unc malice des legs, du temps môme de Villon, n'était comprise que de lui et du destinataire, et que lui-même s'était plu à agacer et à intriguer le lecteur par Tobscurité calculée de plusieurs de ses traits.
Galiot du Pré, dans sa première édition de Villon, publiée en 1532, sans la participation de Marot, et Ânthoine Bonnemère après lui dans celle quMl donna, la même année, avaient réuni aux œuvres de Villon les Repeues franches f \e Monologue du Franc Archier elle Dialogue de Messieurs de Mallepaye et de Baillevent ; Marot écarta de sa révision, c'est>-à-diredela deuxième édition de Galiot du Pré, qui parut en 1533, ces pièces qu'il jugeait étrangères à Villon, et en outre le Jargon qui lui paraissait impénétrable. S'il fit bien pour les Repeues franches^ il eut tort, nous croyons, pour les deux scènes comiques, qui portent tout à fait la marque de Villon, et que la tradition lui attribuait. Villon, d'après son propre témoignage, avait composé des farces, des jeux et des moralités; son génie avait dû évidemment s'y faire jour; et toutes les probabilités sont pour que les deux scènes comiques, ci-dessus désignées et remplies d'une verve qui rappelle tout à fait la sienne, soient réellement de lui. Enfin, si douteuse que l'origine en parût à Marot, à
titre de vestige unique du génie de Villon en ce genre, ces deux pièces méritaient d'être conservées.
Quoi qu'il en soit, Marot les écarta ; et des huit éditions qui parurent sous son nom, depuis cette époque jusqu'en 15/i2, aucune ne les reproduit, non plus que les Repeues franches et le Jargon.
L'édition d'Urbain Coustellier, publiée en 1723, avec les notes d'Eusèbe de Laurière et de Clément Marot et une^ lettre du Père du Cerceau sur la vie et les ouvrages de Villon, est loin d'être en progrès sur les précédentes. C'est le texte revu par Marot, seulement accompagné des leçons diverses des éditions antérieures et suivi des pièces que Marot avait cru devoir écarter. Une table des familles de Paris mentionnées dans les deux Testa* ments, y a été jointe, que Formey depuis a reproduite, en 1742, avec des augmentations. Cette édition, d'une belle exécution typographique , est beaucoup moins louable pour le reste, c'est-à-dire pour la partie vraiment importante. Les notes sont insuffisantes, plusieurs sont inexactes, et les leçons ne valent guère mieux ; c'est d'ailleurs le sentiment de Prompsault, qui se rencontre en ce point avec l'auteur d'une lettre critique, d'ailleurs assez aigre, insérée au Mercure de France en février de l'année 1724. Le Mémoire en forme de lettre du Père du Cerceau sur les œuvres de notre poète, quoique erroné d'ailleurs en bien des points, donne seul quelque prix à cette édition, que terminent trois ballades fort spirituelles, tirées par Coustellier d'un manuscrit du commencement du xvi"" siècle y et constamment publiées depuis par les divers éditeurs de
3Sf FRANÇOIS VILLON.
Villon, bien qu'il ne soit guère possible d'y reconnattre sa langue.
L'édition de 17&2y publiée par Formey, à la Haye, cliez Adrien Moetjem, reproduit aussi le texte de Marof , avec les leçons diverses des anciennes éditi(»is, et toutes les pièces qui figurent dans la précédente. Elle y ajoute le fragment de la ballade contre les Taverniers, communiqué par Baluze à la Monnoye, et par celui-ci à le Duchat, les notes de ce dernier et celles de Formey qui ont leur valeur, quoique encore incomplètes sur plus d'un point, la lettre critique sur l'édition de 1728 insérée au Mercure du mois de février l72à, et enfin une notice sur la vie et les ouvrages du poète, extraite presque en totalité du Dictionnaire historique de Prosper Marchand. Somme toute, c'est avant celle de Prompsault l'édition la plus correcte et la plus estimable qui eût encore paru.
Villon en était à sa trentième édition, et attendait encore un éditeur qui , pour établir la pureté et Tintégrité de son texte, voulût bien se donner la peine de consulter non-seulement les éditions anciennes , mais encore et surtout les manuscrits. Cet éditeur faillit se rencontrer, au zYiu'^cle, dans la personne de Lenglet, qui dès lors, à l'aide de deux manuscrits , restituait à l'œuvre de Villon non moins de 276 vers ; mais il mourut sans publier son manuscrit qui passa , comme je l'ai fait voir, à la bibliothèque de l'Arsenal, où il se trouve encore.
Est-ce aux indications de Lenglet que Prompsault dut la découverte de ces 276 vers, qui figurent dans son édition? 11 ne s'en explique pas; mais rien n'est plus pro-
bable, puisqu'il avait lu, comme il le reconnatt, le manuscrit de TArsenal. Quoi qu*îl en soit , Prompsault y ajouta, pour son compte, des découverte» non moins im-
portantes, d'abord celle des dix huiiains qui faisaient lacune dans le Petil-Teslament et qu'il tira du manuscrit 7652, ensuite celle de la ballade Villon et du Dit de la Naissance Marie^ fournis tous deux par le manuscrit original des Poésies de Charles d'Orléans; enfm celle d'un dizain qui manquait à la ballade du Débat du Cueur et du Corps^ et retrouvé dans le Jardin de Plaisance : en tout 175 vers, qui, réunis aux 276 trouvés par Lenglet, lui permirent d'enrichir son édition de kH vers, qui parurent alors pour la première fœs. C'est là le grand titre, le titre incontestable de l'édition de Prompsault. Un autre mérite de cette édition, quoique bien inférieur à celui que nous venons de signaler, c'était la tentative d'amélioration du texte, revu sur les diverses leçons des noanuscrits et des éditions précé*dentes, leçons réunies comnie pièces justi^catives à la suite de chaque partie de l'œuvre de YiU(Hi. Par suite de cette révision , la quantité de plusieurs vers défectueux, qui avaient échappé à l'attention de Marot, était rétablie, des phrase boitwses redressées, des pas-^ sages obscurs éclaircis , la ponctuation vicieuse d' Urbain Coustellier et de Formey refaite. Des notes historiques et explicatives éclairaient le texte, et levaient sinon toutes les difficultés, au moins un grand nombre. Le pauvre poète enfin, sous la main pieusement amie quoique pairfais un peu Bialadroite de son eommentatear, reprenait quelque chose de sa première forme. Il semUait que
PrompsauU eût pris pour lui, avec l'autorisation qu'elles renferment, ces paroles de Villon à Jean de Calais, dans son Grand-'Teitameni :
De fout ce Testament en sommé, S'aucune y a difficulté, Oster jusqu'au rez d'une pomme Je luy en donne faculté ; De le gloser et commenter, De le diffinir ou prescripre,
Interpréter et donner sens.
Un mémoire en trois parties sur la vie, les oeuvres, les manuscrits et la bibliographie du poète, précédait avec la préface de Marot cette édition qui , outre ses additions, contenait toutes les pièces données par les éditions précédentes. Cette édition , par le soin avec lequel elle avait été préparée comme par les résultats qu'elle présentait, méritait un autre accueil que celui qu'elle reçut; c'est l'avis du dernier éditeur de Villon, qui s'est plu à lui rendre cette justice. Ce ne fut pas celui de M. Crapelet, qui prétendit y relever jusqu'à 2000 fautes. C'était une exagération. L'édition tomba, et fort injustement selon nous, dans un prompt discrédit. Crapelet, dans cette polémique, eut le tort de se prendre à la partie la plus méritante du travail de Prompsault, c^est-àdire au texte, si considérablement augmenté et en plus d'un endroit vraiment amélioré, et de laisser celle qui offrait le plus de prise à la critique, je veux dire le Mémoire placé en tête, sur la vie, les œuvres, les manuscrits et la bibliographie de Villon, Ce mémoire en effet n^é-
claircit aucun des points litigieux de la vie du poète, et particulièrement l'origine première du Petit- Testament et là date si importante de la première condamnation capitale du pauvre escollier. Crapelet enfin eût pu lui reprocher encore d'avoir laissé ignorer les découvertes de l'auteur du Manuscrit de l'Arsenal, et d'avoir parlé de son devancier avec beaucoup trop de dédain. Mais le contraire arriva; et de la tâche de Prompsault^ ce fut précisément la partie la plus louable qui fut méconnue.
Daunou rendit plus de justice à Prompsault, et nous nous associons aux paroles par lesquelles le judicieux critique termine le compte-rendu qu'il fit de cette édition dans le Journal des Savants^ de Septembre 1 832 : « Si le nouvel éditeur avait jugé un peu moins sévère- « ment les travaux de ses prédécesseurs, s'il avait mieux • aimé en profiter, il aurait pu donner au sien propre « qui est déjà fort estimable une plus rigoureuse exacc titude, et il resterait moins de restrictions à mettre « aux éloges qui lui sont dus. » Nous reconnaissons de plus, avec Daunou, que si l'œuvre de Villon a depuis attiré plus d'attention et obtenu plus d'éloges, Prompsault y a contribué.
Le bibliophile Jacob a publié , en 185/i, chez Paul Jannet, une 32' édition de Villon. C'est le texte donné par Prompsault, avec des essais d'améliorations. Ce texte est accompagné de nombreuses notes historiques et explicatives, qui attestent l'érudition du savant bibliophile, mais dont quelques-unes aussi nous paraissent discutables. Une modification importante dans l'ordre
d'une partie de ce texte distingue d'une manière notable
cette éditicMi de la précédMte ? e'^eet la fémàbn el h désignation, sous \» nom de C&àicitk, des pièce» de YiHon qui se rattacheni à ses i»rocès, pîèees confondues dans rédîtion de Prompsault avee les poèâee d h r e raee de Tîlk», sous îe titra gèn^î ût : Antfen (entres ie Mahire Frtmçeis Viitem, Le bibKophite Jae<^ se fonde, pour ce BMHiTe) aFrangement, sor ee que tontee te» an»eiennes édttÎMs annoncent te C&iieille cemne faisnnt n» recueil distinct i k suite du Petii et d« ëfrêmd^Tmi»^ menlr il aurait pu alléguer encore raoloritè du mamrecrit Bobertet qui, quoi que dise Fronpsault sur la fei d*Me édition qu'il don>ne pour la première et que ki se»! d vue, sépare nettement ces deuir pSiiees et met, saoe aacune équivoque, fe Codicille aprèe Te TMament^ comcne i) résulte du titre des ballades q»^ renferme r Jfatkfées extraites du Ibstament et Coémlte de Francogs Yithn.
Un travail' des plus comptets sur la bibliographie du poète figure en tête de fédîtion, que précède également une notice, d^aîlteurs assez vague, sur la vie de Viltefl, extraite des Ffes inédites des P^fe^ français^ par Gui^ laume Colletet. Quant aux manuscrits, le bibliopbitid* avoue qu'il n'a pas jugé à propos de les consulter apràsr I^empsautl.
Six éditions donc, ainsi' qu'on le voit, se détachent eO marquent parmi Tes trente deux- que Ton» compte jasqiv'l^ nos jours.
La première est Pédition* gothique^ petit iii--4? de 5S ff. no» chiff. avee fig. m bois^ de P. Eevet, ibnt elle porte la ms^uesur le titre^ imprimée à Ptois^ à^ l»âute d^ MM» et par oonséqmBt k {riœ aneimne qw l^a»
HISTOIRE OU TBXTfi Dfi VILLON. 3^7
cCNinaîaae ^ d'une façon aath^tique au moms, puisque œlte quê Proinpsault Hi^ après luî^ le bibliophile Jacob m^teot la première, ne porte aucune désignation de lieu ni de date» £lle est intituiéei à la première page : Le Grant Testament Villon €t /« JP^tU^ Son Codicille, le Jargon et ses ballades.
La deuxième est la première de Galiot du Pré, publiée en 15S2; elle réunit, pour la première foi», à Tteuvre de Villon les deux scènes comiques que la tradition lui attribuait et le poème des Repmes frandies*
La troisième est la seconde de Galiot du Pré, à laquelle Marot a concouru ; c'est le premier essai de révision du texte de Villon.
La quatrième est celle de 1723 ou d'Urbain Coustellier, avec les noies d'Eusèbe de Laurière et la remarquable lettre du P. du Cerceau.
La cinquième est celle de i 742 ou d'Adrien Moetjens, avec les notes d'Eusèbe de Laurière, de le Duchat et de Formey et une notice sur Villon, extraite du dictionnaire de P. Marchand ; elle ajoute à Villon le premier douzain de la ballade contre les Taverniers et contient en outre trois ballades tirées d'un manuscrit du commencement du xvi" siècle.
La sixième est celle de Prompsault, qui comble enfin les lacunes de Villon, — honneur qu'il partage avec Lenglet, — qui enrichit ainsi ses œuvres d'un total de 450 vers, qui de plus fait suivre le texte des leçons des divers manuscrits et des anciennes éditions, et met en tête du tout, outre la préface de Marot, un Mémoire sur la vie et les couvres du poète.
Si une trente-troisième édition paraissait au|oard*hiii , elle devrait donner un glossaire de Tœuvre de Villon, la ballade contre les Taverniers tout entière, et peut-être aussi réunir sous le titre à^ École de Villon les ballades et les rondeaux du Jardin de Plaisance , qui portent particulièrement sa marque.
(I) Un jeane savant disputé à l'érudition par la presse quotidienne, M. À. Vitu, prépare depuis des années cette 33* édition. S'il est permis d'en juger parle temps depuis lequel il y travaille et par la conscience de ses recherches sur Villon et sur la langue du xy« siècle, comme par la nature des qualités de son esprit, cette édition, je crois, laissera peu à désirer.