‹ François Villon, sa vie et ses œuvresChapitre 20 sur 23 · RONDEL D'ESTUVES · texte numérisé non relu

RONDEL D'ESTUVES

Beuvez à moy par de là^ De bon cueur, je vous prie, Et menons joyeuse vie, Tant que bon vin au pot aura.

Ne scay comment il vous va, Mais pour mener chère lie, Beuvez à moy par de là; Et puis quand le vin fauldra^

Ne vous esbahissez mie Qui aura bource garnie, AsMzen trouvera; Beuvez à moy par de là.

Ces trois derniers vers n'ont-ils pas tout l'air d'être cousins, sinon frères de ceux-ci du Grand-Testament^ h. 125:

(\) Portes.

(2) Rivières.

(3) De là haut.

Item et à Michaalt Culdou,

Et à aire Chariot Taranne

Cent solz ; s'ils demandent prinsoù?

Ne leur chaiUe, ils viendront de manne,

N*entend-on pas aussi , dans toute la pièce, le chef des gallans altérés et affamés, dont Yillon était la raère nourricière?

RONDEL

Une fois me dictes oiiy, En foy de noble et gentil femme, Je vous certifie, ma Dame, Quoncques ne fuz tant resjouy.

Vueillez le donc dire selong Que vous estes l>pnigne et doulche, Car ce doulx mot n'est pas si long Qu'il vous face mal en la bouche.

Soyez seure, si j'en jouy, Que ma léalle et craintive ame Gardera trop mieulx que nul ame Vostre honneur; avez vous ouy ?

Une fois me dictes ouy.

La pièce de Marot, Un doulx nenny avec un doulx sourire^ fait le pendant de ce charmant rondeau ; c'était encore pour Marot une façon d'imiter Villon.

RONDEL

La mienne voulenté seroit Qu'avecques ma dame seroye Tout seul, où je penseroye Pour savoir qu'elle penseroiU

Par mon ame elle me divoii Sa pensée, ou je luy diroye La raieime voulenté.

Et je croy quant elle sçauroit Mon vouloir, le sien je sçauroye ; Mais j*entens, puisque je feroye* Sa voulenté, elle feroit

La mienne.

Rondeau tout villonique de fond et de forme.

RONDEL

Les biens dont vous estes la dame Ont mon cueur si très fort cspris, Qu'il feust mort, s'il n'eust entrepris De vous ayraer plus que nul ame.

Quant à moy, point je ne l'en blâme, Pour ce qu'ils ont de tous le pris Les biens dont vous estes la dame.

. De ce qu'il fault que je vous ayme Je scay trop bien que j'ay mespris, Mais qui en doit estre repris?

Non pas moy; qui donc? sur mon ame^ Les biens dont vous estes la dame.

RONDEL

Bon jour, bon an, bonne semaine, Honneur, santé, joye prouchaine, Persévérer de bien en mieulx^»

Et joyr d'amours vous doint Dieux, Ce jour présent, en bonne estraine ;

Dame telle trop plus qu'Helaine, Tousjours d'argent la bourse plaine, Vivre longtemps sans estre vieulx.

Bon jour, bon an, bonne semaine;

Après ceste vie mondaine,

Avoir la joye souveraine

De paradis, lassus es-cieulx^

Où nous nous puissions veoir joyeulx,

Sans jamais sentir grief (1) ne paine.

RONDEL

Le jour que suis que ne vous voye, Mon très gracieux souvenir, Pour rien qui me puisse advenir, Nul bien avoir je ne pourroye.

11 n'est ne plaisance, ne joye,

Qui me fist joyeulx devenir,

Le jour que suis que ne vous voye.

Car en quelque lieu que je soye.

Par Dieu, j'ay tant en souvenir Vostfe gracieux maintenir, Que je ne scay que faire doye.

Le jour que suis que ne vous voye.

RONDEL

Le souvenir de vous me tue.

Mon seul bien, quant je ne vous voy ; Car je vous jure, par ma foy.

Que ma joye sans vous est nue.

Quant de vous ay perdu la veue,

(I) Prononcez g^ef.

Je meurs de tristesse et cl*ennoT.

Le souvenir de vous me tue.

Hélas ! ma chère sœur tenue, Vueillez avoir pitié de moy, Car pour vous tant de mal reçoy Qu*oncques fit amant soubz la nue.

Le souvenir de vous me tue.

RONDEL

Souviengne vous de vostre amy,

Ma belle dame souveraine,

Qui pour vostre amour souffre peine ,

En attendant vostre mercy.

Hélas! ayez pitié de luy,

Qui estes de doulceur fontaine;

Souviengne vous de vostre amy.

Car nuyt et jour vit en soussy Et en péril de mort soubdaine, Par tourment qui ainsi le maine , Sans avoir secours de nulluy.

Souviengne vous de vostre amy.

Tous ces rondeaux sont d'un naturel et d^une naïveté charmante, sans parler du style si net et si franc (i).

(1) Parmi ces roDdeaux , je trouva les trois suivants d'une grâce et d'une tendresse vraiment exquises, mais où je crois plutôt reconnaître la marque de Gh. d'Orléans que de Villon , bien qu'il ne s'y trouve ombre de langage allégorique.

RONDEL

Par le regard de vos beaulx yeux* Et votre maintien bel et gent, A vous servir très humblemHnt Me présente vostre amoureux.

ÉCOLE m VILLON. 341

ttONOEL.

Adieu vous dy la lerme à Toeil, Adieu, ma très gente mignonne,

De vostre amour suis désireux , Et mon vouloir tout se y consent, Par le regard de vos beaulz yeux.

Or vous plaise, cueur gracieux , Me retenir^ ore à présent, Pour vostre amy entièrement, £t je seray vostre en tous lieux, Par le regard de vos beaulx yeux.

BONDEL

La plus mignonne de mon cueur, Je m'esbahys dont ce me vient Que, sans cesser, il me souvient De vostre beaulté et doulceur ; Des bonnes estes la meilleur, Puisque dire le me convient,

La plus mignonne.

Quant j'ay desplaisir ou douleur D'aulcuns, ainsi qu'il en survient, Je ne scay que cela devient, Pensant à vostre grant valeur, La plus mignonne.

RONDEL

Pour prendre congé de sa Dame.

Le dire adieu qui le dira, Quant départir il me fauldra De vous, ma parfaicte espérance?

Non pas moy, car de doléance

lit FRANÇOIS VILLON.

Adieu sur toutes la plus bonne^ Adieu vous dy qui m'est grand dueil.

Adieu, adieu, m'amonr, mon vueil.

Mon potrt ctiêifr vaui Iqùmô €t donne^ Adieu vous dy la lerme à l'œil.

Adieu par qui du mal raccueil Mille fois plus que mot ne sonne ; Adieu du monde la personne Dont plus me loue et plus me dueil^ Adieu vous dv la lerme à l'œil.

Ces adieux si pathétiques nous semblent bien de celui qui, au début du Petit-Testament^ h. 10% laisse à celle

Uui si durement l'a chassé , . . . . $tm cueur enchâssé Polie j piteux^ mort et transy,

et, malgré le mal qu'elle lui a pourchassé^ souhaite à la félonne que Dieu lui parâoone,

Mais Dieu luy en face mercy.

Ma bouche parler ne pourra.

Pensez que grant mal me fera, Dont mon maintien se troublera, Et me fera dueil à oultrance

Ijc dire adien.

Vostre gent corps en gré prendra, Et tousjours il luy souviendra Qu*à ce départ eut desplaisance Mon cueur si fort, qu'il n'eut puissance De prononcer, mais soupira

Le dire adien.

ÉCOLE DE ViLLON. 3i.i

BALADE

Las ! je me plains d*amours et de ma Dame Et de ses yeulx dont j'ai veu la beauUé ; Et oultreplus je me plains d'une femme Qui contre moy a le conseil donné, Dont j'ay déjà tant de mal enduré Qu'il me fauldra^ par deffaulte de joye.

Aller criant^ comme tout forcené, Je hais ma dame que tant aymer souloye (i).

Car se pitié son très doulx cueur n'entame A me donner ce que j'ay désiré, J'iray mourir^ ainsi qu*ung homme infainc, Tout hors de sens et si désespéré.

Qu'après ma mort il en sera parlé.

Plus loin dix fois que d'i( y en Savoie ; Et lors diray pourplus être blasmé, Je bais ma dame que tant aymer souloye.

Se je le dy, je jure sur mon ame

Que ce sera contre ma voulenté.

Je pry à Dieu qu'il n'y puist avoir ame

A celle fin qu'il ne soit rapporté,

Car jaçoit (2) ce qu'elle ma courroucé

Tant qu'on peut plus, cent mille fois mourroye

Avant que j'eusse dit ne proféré.

Je hais ma dame que tant aymer souloye.

Rapprochez cette ballade de la ballade de Villon à s'amye (3) ; ces deux ballades ne s'expliquent-elles pas ainsi Tune par Tautre? Et ces plaintes de plus ne cor-

(1) J'avais coutume.

(t) Malgré.

(3) Voyez page 189.

respondent-elies pas aux projets de départ annoncés au début du Petit-Testament?

RONDEL

De mon faict je ne scay que dire, Car ma dame si ne tient compte De mon martire, quant luy compte, Mais me dit que trop aise suis, Et qu'en ce royaulme n'a comte Qui ait de nulle meilleur compte, Que j'ay d'elle, quant je la suis.

Nullement, de paour de mesdire, Jamais je ne l'ose desdire, A son gré parler je l'écoute.

Puis emprès elle je m'accoute Sans luy vouloir riens contredire.

De mon faict je ne scay que dire.

A moins de supposer une imitation qui aurait été jusqu'au plagiat, on reconnaîtra que Tauteur des derniers vers de ce rondeau est \e même que l'auteur du h. 56 du Grand 'Testament :

Quoy que je luy voulsisse dire^ Elle estoit preste d'escouter^ Sans nC accorder ne contredire; Qui plus est, souffrait m*acouter, Joignant elle, près s'acouter; Et ainsi m' allait amusant.

Et me souffroit tout racompter, Mais ce n* estoit qu'en m' abusant.

RONDEL

A bien juger mon povre affaire Et piteux cas, sans riens en taire,

Plus qu'aultre croire me debvez, Se par adventure n'avez Information du contraire.

Celle ou celuy qui m'a brassé Ce maulvais los et pourchassé, Me hait et ne vous ayme pas, Mais il quiert que soye chacié De vostre amour et eôacié, Je congnois bien telz advocatz.

Se vous avez voulu reflairc Leur voulenté pour me deffaire^ Vous faictes mal, et me grevez.

Considérez que vous scavez Qu'onc vers vous ne voulus meffaire,

A bien juger.

RONDËL.

Se raieulx ne vient d'amours, peu me contente; Une j'en sers qui est bien suffisante Pour contenter un grant duc ou un roy ; Je l'ayme bien, mais non pas elle moy, Il n'est besoin que de ce je me vante.

Combien qu'elle est de taille belle et gente, De m'en louer pour ceste heure présente Pardonnez moy, car je n'y voy de quoy.

Se mieulx ne vient d'amours^ peu me contente.

Quant je luy dy de mon vouloir l'entente,

Et cueur et corps et biens je luy présente,

Pour tout cela remède je n'y voy.

Délibéré suis, scavez-vous de quoy ?

De luy quicter et le jeu et l'actente.

Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente.

RONBBL.

Quelque chose qri*ainours ordonne, Force m'est que vous habandonne, Pour pourchasser ailleurs mon bien ; Car, sur ma foy, je congnois bien Que vous m'êtes pire que bonne.

Trop a de cueur qui vous en donne.

Pour ce ja Dieu ne me pardonne, Se vous avez jamais le mien.

Quelque chose qu'amours ordonne...

Si n'aymerai-je ja personne

Que vous, quoy que l'on me sermonne,

En tout ce monde terrien.

Mais maintenant je n'en fais rien,

]£,i sers selon qu*on me guerdonne;

Quelque chose qu'amours ordonne.

Force m'est que vous habandonne.

UONDEL.

Pour entretenir mes amours , Colorer me fault maint fins tours ; Car ma bourse est très mal garnie^ Pour fourrer le poignet tousjours.

Ung jour demande haults atours.

Et l'autre un grant bort de velours, Et je respons, or bien m'amye. Pour entretenir mes amours ;

Veez vous ce donneur de bonjours, Il a faict en el' tant de eonrs, Practiqué l'art de baverie(i);

(1) Bavardage.

Qu'il scet moult bien, sans ce qu*il rie, Dire sa pensée à rebours.

Pour entretenir mes amours.

Colorer me fault maint fins tours.

N'y a-t-il pas dans les deux premiers quatrains de ce rondeau une confidence de Villon sur les moyens auxquels il recourait pour satisfaire aux exigences de la coquetterie de sa maîtresse ?

nONDEL.

Âhay, estes vous renchérie ?

Ma dame, c'est pour enrager.

Le faictes vous par mocquerie ?

Mais vene^ çà, je vous en prie, Est le cuir devenu si cher ?

Ahay, estes vous renchérie?

Et dea, et ne scavez vous mie Que mon père est cordonennier?

Vous voulez bazanne priser Plus que cordouen la moitié; Ahay, estes vous renchérie ï

Ce rondeau peu galant, pour ne pas dire brutal, pourrait bien être une confidence du poète sur la condition de ses parents. Nous entrons avec ce rondeau dans la phase du dépit.

AULTHB RONDEL.

Comme moy vous aurez vos gaiges^ J^en fuz bien payé au partir,

348 PRANÇOIS VILLON.

Plain de dueil jasques au partir, Ne sont ce plaisans advantages.

Servez amours entre vous, saiges,

Il vous en fera repentir,

Comme moy vous aurez vos gaiges.

Repeuz serez de doulx langaiges.

Pour vous garder de despartir, Quant est à moy^ j'en suis martir.

Bien tard congnoistrez telz ouvraiges^ Comme moy vous aurez vos gaiges.

J'affirme encore plus hardiment de ce rondeau ce que j'ai dit du précédent ; on y entend tout du long Tauteur de la double ballade du Grand-Testament, qui a pour refrain c

Bien heureux est qui rien n'y a.

RONOfiL.

Bonnes gens, j'ay perdu ma dame.

Qui la trouvera sur mon arae, Combien qu'elle soit belle et bonne, De très bon eueur^ je la luy donne , Sans en prendre débat à ame.

La belle scet très bien sa ganie*, Loyaulment ayme ce qu'elle ayme.

Qui la trouvera, mot n'en sonne.

Bonnes gens, j^ay perdu ma dame.

Gardez la bien la gente àume,

Car, par Dieu, la gente mignonne Est à chascun doulce personne.

Et toujours en mes diiz réclame, Bonnes gens, j'ay perdu ma dame.

RONDE L

Au plus offrant ma dame est mise

Et dernier enchérisseur,

Je ne scay se c'est par honneur,

Mais je n'en prise pas la guise.

Elle m'avoit la foy promise,

Mais je voy qu'elle a mis son cueur

Au plus offrant.

Et pour ce je quicte la prinse D'être nommé son serviteur ; Car donner me porte malheur.

Ainsi j'ay laissé l'entreprise

Au plus offrant.

KONDEL.

Ravy d^amours, despourveu de bon sens, Que penses-tu, quant à ce te consens De retourner au périlleux passaigc Où as esté; par Dieu, tu n'es pas saige, De franchise en servage descens.

Advise toy, employé tes cinq sens, A toy regarde, et ton cas guecte et sens, Car les rencheuz ne l'ont pas dadvantaige, Ravy d'amours, despourveu de bon sens.

Se ne le fais, des foys l'heure cinq cens.

Tu mauldiras, et de tous biens absens Te trouveras; or mectz en ton courage (1)

14) Cœur.

Ce que tu dis, eflohèye (I) ton dommage, Oa aultremeni es de raison eiemps^ Ravy d*amours, desp(turvea de bon sens.

Ce sont les conseils quMI s'adresse dans le Débat du cueur et du corps .

RONDEL

Je renonce à toute espérance D'avoir jamais grant abondance Des biens d*amours, en vérité, Puisque tout m*est pour ung compté Et loyaulté et décevance.

Mettre me fault en oubliance Du temps passé la bienveillance, Ainsi qu*ung homme débouté, Je renonce à toute espérance.

Je quicte Tescu et la lance Et si abandonne la dance Avec joyeuse voulonté.

Quant le conseil de faulceté A au cueur de dame puissance Je renonce à toute espérance.

UONDEL.

Tu te brusles à la chandelle, Hélas, mon cueur ne vois-tu pas Que danger est tousjours au pas.

Qui fait à tous guerre mortelle?

Soyes sur que tu l'auras belle, Se tu n*y vas bien par compas ; Tu te brusles à la chandelle.

(1) Évite.

Soni-ce chastaignes qu'on y pelle, A ton ad vis, pour ton repas?

Nennil (1) ; retrait toy tout le pas, Ains (2) qu'on te frappe au cul la pelle.

Tu te brusles à la chandelle.

RONDEL

Entens à nioy, vray dieu d'amours, Et faiz que la mort ayt son cours

Hastivement ;

Car j'ay mal emploie mes jours.

Je meurs en aymant par amours^

Certainement.

Languir me fault en griefz doulours.

Le regret d'avoir mal employé ses jours fait tout le fond du Grand-Testament.

BALLADE

pour ung prisonnier.

S*en mes maulx me peusse esjoyr, Tant que tristesse me fust joye, Par me doulouser et gémir Voulentiers je me complaindroye.

Car, s' au plaisir Dieu, hors j'estoye, J'ay espoir qu'au temps advenir A grant honneur venir pourroye.

Une fois avant que mourir.

Pourtant s'ay eu moult à souffrir. . .

Par fortune, dont je larmoyé,

(1) Nenoi, non.

(t) Avant.

Et que n'ay pas peu obtenir, N'avoir ce que je prétendoye.

Au temps advenir je vouldroye Voulentiers bon chemin tenir.

Pour acquérir honneur et joye (1), Une fois avant que mourir.

Sans plus loin exemple quérir, Par moy mesme juger pourroye Que meschief nul ne peult fouyr, S'ainsy est qu'advenir luy doye.

C'est jeunesse qui tout desvoye (2), Nul ne s'en doit trop esbahyr.

Si juste n'est qui ne fourvoyé.

Une fois avant que mourir.

ENVOI

Prince s' aucun povoir avoye Sur ceulx qui me font cy tenir (3), Voulentiers vengeance en prendroye, Une fois avant que mourir.

Cette pièce est certainement de Villon, du temps qu'il était dans le cachot de Meung. J*y entends et reconnais les plaintes, les remords, les excuses, les projets de

(4) C*e8t ce que, dans le G.-T,, h. 28, il appelle faire ses étrennes : Mais que j*aye faict mes étrènes Honneste mort ne me déplaist.

Car jeunesse et adolescence

Ne sont qn abbus et ignorance.

(S) Ceux qui le fesaient cy tenir^ c'étaient les officiers de Tévéque d'Orléans qu* il aimait tout d'un g tenant.

Ainsi que faict Dieu le Lombart.

changements de vie, et il faut le dire aassi, les sentiments de vengeance de la première partie du Grand- Testament.

BALADE

d'ung amoureux à sa dame.

Adieu mon cueur, le maistre cueur d'amours, Adieu ma joye et très tout mon plaisir!

Je meurs d*angoisse et d'amères doulours.

Se n'ay de vous ung joyeux souvenir.

J'ay mis en vous tout mon plaisant désir Qui de mon cueur oncques n'estoit party.

Si vous requiers que vueillez secourir Le povre amant de dueil ensevely.

J'ay faict pour vous quatre cent mille tours, En vous quérant comme amoureux martir ; J'en ay veillé plus de cent mille jours, Tant qu'ay esté presques jusqu'au mourir.

Pour les douleurs que me faictes souffrir, Boys et buissons pour vous, belle, ay sailly : Dont je vous pry que vueillez secourir Le povre amant de dueil ensevely :

Mon cueur si est 'très tout remply de plours,

Car d'icelluy ne vous veult souvenir.

Je vous ay faict chappeaux faire de flours,

Pour vous donner ; mais vous allez catir (1),

Incontinent que me véez venir;

Dont mon cueur est à merveille marry. •

Dame d'honneur, or vueillez cy oyr

Le povre amant de dueil ensevely.

Ma doulce amour, et mon loyal secours, Puisque à moy ne voulez obéyr,

(4) Cacher.

ii4 PIAMQOM VILUM.

Il ne eoanBQt «Iter à mm ftosurt ; Da dtird d*aiiiouni «vei youIu remplir Mon povre cuenr, lequel s'en veoH partir.

Je prens congié : ma dame, adieu vous dy.

Puisque aultrementa'aw voulu guérir Le povre amant de deuil ensevely.

Bien des traits de cette ballade rappellent les plaintes du début du ^tlit«*7f<tameiit,aiaû que dea huitains 55 et 56 du Grmié^ et oellea de la MIaéê ée Villon à s'amie. Seulement la versification de notre poète a en général un peu plus de rudesse.

E» lefiosantdu Mt> Vavtrier^ feays k doubt dwai 4ai oiMWi^ Le rosaiguo) au fraae «oaiar»

liMrka, aUoucttes» tslwinieaiix.

Eu revttant TmsMs aigneauU»

Oays ekaater dodaas le lK>ys Bergiwa UmxA dea ehappeaulx (i) :

Oe fut la lAus Mie des troya.

Dedans le bc^y» je tt*ea aHay»

Trouvay Margot «t Marioa^ S<ma les fueilUs d'un boys laïaé, Q«i ^ssoyent lea ua baissant Je les saluay par leur nxm^ D'ayuMV les priay plusieurs fiûâ»

Mais Pana sie raspwdtt non :

Ce fut la pi«» MÎa d«i ttok^

Escocwbt, fut^ j'eoa desplaisirt De dueil roaifâa ï»m âa^oolli^t

(4) Couronnes de fleurs.

IMÛIA Di V&bQM. JIS

Quant ît Imff m teiurt flflwr» euiittir^ Je leur requis au ebapp^Ut (1) ; DeMoiibz Fombre d'au buywoiuiet AUasmes faire nos d«goi» (S).

L'une m* donna w bouoquei :

Ce fut la plus belle des trois.

Puisque êintA eil^ m»ê ImpÊhÊUtê^ I^ur mescmèii {$}f adieu ^^voi àj ; Vous «sle» «A fxm trop fl«r»lt«i# L'une des troys me ret^pondj" :

c Robinet, retourne lundy ; * Une œillade feist de guingoys (4), Etung signe que j'entendy :

Ce fut la plus belle des troyiJ.

Franc messagier, rossignoUét,

Tas à la belle sans cesser,

Et luy dy que, sans plus de plaist.

Me conviendra mes jours finer,

Car sans elle ne puis durer.

Plus ne vivray, mourir m'en voys (8),

Adieu celle que j'ay taût cher*

J'entends la plus belle dès troys»

Si jamais Villon s^est essayé dans Tidyliei il n*a pas dû la comprendre ni la ùk^ MUraïawt^ Gett» ballade doit être d'un de êeB éHèfeëé

RONDEL

Puisqu'il fàuft que je le vous die, D'amours ne viennent pas mes plains (6),

(4) Bouquet.

{%) Chants, divertissements.

(3) Dorénavant.

(4) De travers.

(5) M*en vais.

(6) Plaintes.

Mais par ma foy je nre complains De ma finance hélas faillie.

De ces amours, c*est bien du meias (I); Car j'ay plus dure maladie.

Puisqu'il faùlt que je le tous die.

Car quant la bourse n'est garnie Et qu'on n'a plus que mectre aux maint.

L'on n'ose aller, par tous les sains, En nulle bonne compaignie. Puisqu'il fauIt que je le vous die.

Cette pièce indique évidemment que Fauteur, avant de se plaindre de sa misère, s'était plaint de Tamour. Cette boutade est bien dans le genre de Villon.

BALADE

On ne tient compte vrayement De chose que face ne die (2), Appelé ne suis nullement En quelque bonne compaignie ; ' Tout mon faict n'est que mocquerie, Soit à cartes ou aultrement; ' Scavez-Yous pourquoy, je vous pie, Pour ce que je n'ay point d'argent.

Si me fault tenir sobrement, Et endurer la maladie Et regarder bien doulcement Ceulx qui me feront courioysie;

(4) Moins; ces amours sont mon moindre souci.

(5) Ores pluB rien ne diî qui plaise

Moue ne fait qui ne deeplaîse.

ÉCOLE DE VaLOM. m

Car on voit Tamy et Tamye Au besoing el non auUrement; Désespérer ne me dois mie, Pour ce que je n*ay point d'argent.

Si divers est l&tenips présent, Et je vois fortune endormie ; Elle se resveille souvent, Si luy plaist, je lay en supplie, ITespérance n*est point faillie; Qui bien attend ne surattend^ Je ne crois point que Dieu m'oublie, Pour ce que je n'ay point d'argent.

ENVOI

Prince, à tout homme signifie, Qui n'aura la bourse garnie Ne se mette point entre gent^ Car partout chascung me regnie (1), Pour ce que je n'ay point d'argent.

BÀUDB.

Il n'est danger que de vilain, ÎTorgueil que de povre enridiy, .

Ne si seur chemin que le plain^ Ne secours que de vray amy, Ne désespoir que jalousie.

N'angoisse que cueur convoiteux^

(4) £f.-r., h. S3, Villon dit absolument la même chose :

Des miens lemoiadr», je àj voir.

De fM déiodwiuer i*avancû Onblyans naturel devoir Par fauUê d>ung pm de ehevanee.

m . FRANÇOIS VILLON.

Ne puissance où fl ii*iit wiie, Ne chère (4 ) que d'hemme jeytiib.

Ne servir qu'au roj souyeraiii, Ne lait nom que d'homme ahonty.

Ne manger fors quwt ou a faim, N'emprise que d'homme bardy,

Ne povreté que maladif, Ne hanter quotas boui et preux^ Ne maison que la bien garnie, Ne chère que d*bomme joyeulx.

Ne richesse que d'estre sain, N*en amours tel bien que mercy, Ne de la mort rien plus certain^ Ne meilleur chastoy'(8) que de luy, Ne tel trésor que preudhommye.

Ne maistre qu'en grant seigneurie, Ne chère que d'homme joyeulx.

ENVOI

Que voules«yous que je voua dyaY Il n'est parler que gradeulx, Ne louer gens qu'après leur vie^ Ne chère que d'homme joyeulx.

Cette ballade, qui rappelle U btUade des Proverbes, est tout à fait dans la manière de Villon ; comme cette ballade elle résume l'expérieDCQ de toute une vie. On ne peut guère douter qu'ell« se soU de lui.

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