‹ François-Xavier GarneauChapitre 26 sur 57 · SA VIE ET SES ŒUVRES. CXX · texte numérisé non relu

SA VIE ET SES ŒUVRES. CXX

Murray, qui, dans une dépêche, s'était exprimé sur leur compte en des termes qu'ils ne lui pardonnèrent jamais.

M. Garneau est peut-être un peu sévère à l'égard du règne militaire, qui ne dura que quatre ans, et pendant lequel les généraux Murray, Burton et Gage, placés par le commandant en chef Amherst à la tête des anciens gouvernements de Québec, des Trois- Rivières et de Montréal, montrèrent un certain bon vouloir, Gage en créant dans les paroisses des tribunaux composés des capitaines de milice, et les deux autres en plaçant auprès des tribunaux militaires qu'ils avaient institués des hommes de loi du pays. Du reste, les habitants avaient le bon sens de se mettre à l'abri en soumettant aux curés et aux notables instruits les différends qui survenaient entre eux, imitant en cela les premiers chrétiens, qui eurent recours à leurs évêques pour se soustraire à la juridiction des juges païens. *

Pas moins de trois différents systèmes de gouvernement ont précédé la constitution de 1791; et celle-ci a été le résultat de la conviction acquise par l'Angleterre à la suite de la révolution américaine, de la nécessité où elle était de mettre ses nouveaux sujets sur un pied d'égalité avec les anciens, et d'exécuter franchement et honnêtement les conditions de la cession. Ce n'était pas, en effet, une conquête ordinaire, c'était une convention de peuple à peuple. C'était non seulement un traité entre deux nations, mais une promesse solennelle faite à trois reprises différentes, à une tierce partie, à nos pères eux-mêmes, et dans deux de ces occasions alors qu'ils avaient encore les armes à la main. Aussi chaque fois que la question de notre liberté civile et religieuse a été posée, on a dit d'un côté conquête, de l'autre contrat international ! f

* Voir le Règne militaire, collection de documents importants publiés par la Société historique de Montréal. Cette publication est postérieure à la troisième édition de V Histoire (tu Canada.

f Par une susceptibilité patriotique qui les honore, plusieurs de nos hommes d'Etat et de nos écrivains ont toujours employé de préférence au mot conquête, le mot cession lorsqu'il s'agissait du changement d'allégeance, et si M. Garneau a employé tantôt l'une, tantôt l'autre de ces expressions, c'est sans doute, comme je le fais moimême, sous (ouïes réserves.

A l'un des articles de la capitulation, dans laquelle les assiégés demandaient la neutralité pour les Canadiens lorsqu'il s'agirait de la France, il fut répondu simplement: "Ils deviennent sujets du roi." Cette réponse, qui ne manque pas de dignité, comporte quelque chose qui n'était peut-être point dans la pensée du général Amherst. " Sujet du roi," ou ce qui est tout un, " sujet britannique sans restriction," c'est l'équivalent de V optimum ius civitatis des Romains !

Cela renferme tous les droits conquis par les barons normands, la grande charte et toutes les libertés qui en ont été déduites comme des corollaires inévitables. L'embarras du gouvernement anglais, ça été de les accorder à ses anciens sujets tout en les refusant, à cause de leur religion, à ces quelques milliers de Français qui, par la capitulation, étaient devenus tout simplement "sujets britanniques."

Les nouveaux arrivés, Anglais et Ecossais, ne tardèrent pas à réclamer avec instances l'établissement d'un gouvernement constitutionnel, certains que les Canadiens- Français seraient exclus de la représentation par le serment d'abjuration exigé alors en Angleterre. Se trouvait-il parmi eux des gens mieux avisés, qui auraient consenti à laisser dormir leurs droits de crainte d'avoir bientôt à les partager avec nous ? La chose est très possible et le résultat des requêtes envoyées à Londres le donnerait à penser.

L'autorité qui succéda au gouvernement purement militaire, en 1764, fut un conseil législatif, composé de huit membres, dont un seul, homme obscur et sans influence, portait un nom français.

Par une simple proclamation, 1 Angleterre avait démembré sa nouvelle conquête, enlevant au Canada le Labrador et ce qui forme aujourd'hui les provinces maritimes, annexant aux anciennes colonies tout le territoire au sud des» grands lacs et divisant le reste en deux gouverne- Mients, celui de Montréal et celui de Québec.

"Du territoire, dit M. Garneau, la proclamation passa lux lois, et le roi, de sa propre autorité, tout en déclarant [u'il serait convoqué des assemblées des représentants du peuple aussitôt que les circonstances le permettraient,

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