UNE MORT GLORIEUSE
* Ces réflexions sont bien pius sévères flans la proinièro édition; elles ont été modifiées dans les éditions suivantes.
SA VIE ET SES ŒUVRES. CXCVÎi
sauf la différence d'âge, sir Francis Burton, qu'aucun autre de ses prédécesseurs, lord Gosford se montra rempli de prévenances pour les Canadiens-Français. Il avait une pointe de gaieté irlandaise, qui s'accommodait bien de la gaieté canadienne. A cette occasion, M. Garneau soulève un peu le rideau de la grande histoire qui recouvre la simple chronique, chose qu'il fait peut-être trop rarement.*
Lord Gosford s'adressa naturellement à ceux qui avaient déjà montré quelques dispositions conciliantes, à M. Bedard, à M. Caron, au parti de Québec en un mot. Cela ne manqua point d'élargir la brèche qui existait déjà entre les deux districts. Il y eut aux Trois-Rivières une réunion des membres de l'opposition, ce que l'on appellerait aujourd'hui un caucus. Les députés de la région de Québec y brillèrent par leur absence. A Montréal, on les soupçonna d'être acquis au pouvoir.
Les chambres s'ouvrirent le 27 octobre. Lord Gosford, par une attention délicate, répondit d'abord en français, puis en anglais à l'adresse de l'assemblée. Il n'en fallait pas plus pour exciter la fureur des francophobes de Montréal.
De plus, le gouverneur mit une certaine bonne grâce à accorder à la chambre l'argent qu'elle demandait pour ses propres dépenses, et comme elle avait déclaré vouloir payer sur cette somme la rémunération de ses agents à
* M. Garneau mentionne une fête de la Sainte-Catherine (25 novembre) et parle des attentions que le nouveau gouverneur eut pour les dames canadiennes. Cela peut sembler puéril, mais il faut se reporter à l'époque et songer à la distance qui séparait l'oligarchie anglaise et une partie de la vieille noblesse française des classes professionnelles, de la bourgeoisie, qui, plus instruites, plus indépendantes, supportaient avec impatience les dédains de la caste officielle. Les bals jouèrent alors un certain rôle. On lit dans une correspondance de la Minerve, citée par Bibaud, dans son troisième volume : " Nos bureaucrates sont bien mécontents de lord Gosford. Il paraît qu'il n'est resté que trois quarts d'heure au bal donné au seigneur de Balrath (lord Aylmer)." Cette gaieté à l'approche des lugubres événements de 1837, fait penser aux violons qui, selon M. de Bonnechose, préludèrent au terrible drame de 1759.
CXCviii FRANÇOIS- XAVIER GARNEAÛ,
Londres et les frais faits par des comités de correspondance organisés à sa demande en diverses parties du pays, choses en effet peu régulières, le mécontentement des bureaucrates ne connut plus de bornes.
Voilà donc un changement à vue: l'association constitutionnelle prend feu, et, tandis que les rebelles, ceux de Québec du moins, deviennent des loyaux, les loyaux de Montréal deviennent des rebelles. Ils déclarent la patrie en danger, et, malgré lord Gosford, forment un corps de carabiniers. Le gouverneur est obligé de recourir à une proclamation pour dissoudre cette organisation illégale. Les gens qui sont plus royalistes que le roi font quelquefois de terribles révolutionnaires, ce qui fut mieux prouvé plus tard sous lord Elgin. Cette fausse situation ne dura pas longtemps.
Dans la première des trois dernières et fatales sessions du parlement, la chambre se divisait en plusieurs groupes distincts: la majorité, toujours dirigée par le même chef; la petite bande des vieux tories, que l'on avait autrefois spirituellement appelée Voppositign loyale de Sa Majesté; enfin la nouvelle minorité, prise surtout dans la députation de la région de Québec. Les schismatiques de 1834 avaient presque tous disparu aux élections, les uns, comme M. Quesnel, n'ayant pas voulu braver l'ostracisme, les autres ayant succombé dans la lutte. Les nouveaux dissidents, qui avaient contribué à la défaite des anciens, se trouvaient maintenant à leur place, exposés aux mêmes censures.
Autour de M. Papineau se groupaient : M. Morin, plus remarquable encore comme écrivain que comme orateur; M. La Fontaine, alors très intransigeant et poursuivant de ses sarcasmes les membres de la nouvelle minorité; M. Kodier, orateur élégant, ayant dans toute sa personne quelque chose de chevaleresque; M. Girouard, homme d'une science profonde, mais qui prenait rarement la parole; le docteur O'Callaghan, plein de verve irlandaise et d'audace révolutionnaire dans la chambre comme dans son journal; le docteur Côte, coryphée des plus violents, qui apostasia plus tard par rancune contre le clergé; enfin M. Ovide Perrault, jeune homme de grande espérance, qui paya