SCÈNE IX
BERTOLD, PAOLO5 il remet à Vécujer sa lance et son bouclier ; et, quand il est seul a^ec Bertold , relèpe la visière de son casque.
BERTOLD.
Paolo!
PAOLO
Cher Bertold! {Ils s'embrassent.)
Jour long-temps attendu!
Après trois ans d'absence enfin tu m'es rendu !
PAOLO
Mon frère! Mon ami!
BERTOLD.
Noble compagnon d'armes !
Que tes traits sontchaogés ! ... Tu me caches des larmes?
(A part.) Sait-il?...
18 FRANÇOISE DE BIMINI.
PAOLO
Un vaisseau grec m'a laissé près du port. Le Guelfe est vainqueur ?
BERTOLD.
Oui... Mais je veille à ton sort.
PAOLO
Je m'avançais , Bertold , la visière baissée ,
Et vers moi de soldats une troupe élancée
Semblait en m'obscrvant s'attacher à mes pas,
Et murmurait des mots que je n'entendais pas...
Mais à quelque péril que mon retour m'expose ,
Avec ivresse enfin mon regard se repose
Sur toi, sur cette arène où la première fois
J'ai signalé ma lance aux joutes des tournois!
Là, nous allions souvent deviser sous l'orabrûge,
Mes chants sur la mandore exaltaient ton courage ,
La gloire parlait seule à mon cœur enflammé ,
J'ignorais le bonheur, je n'avais pas aimé.
Mais quels événemens ont suivi mon absence?
J'ai servi l'empereur de la fière Bjsance ,
J'ai livré cent combats aux impurs Musulmans,
J'ai défendu la croix et tenu mes sermens :
Va, ces bruits que partout semait la remommée,
Ces éloges des grands , du peuple et de l'armée,
Entraient dans un cœur mort qu'ils ne ranimaient pas.
J'ai visité la Grèce et ses rians climats ,
J'y mourais du besoin de revoir ma patrie.
Asile de la gloire , ô terre tant chérie !
J'admire en tressaillant tes débris, tes châteaux,
Tes coteaux verdojans et tes limpides eaux j
Ton air est pur, ton ciel resplendit de lumière ,
La cendre des héros a formé ta poussière.