ACTE I , SCENE IX
BERTOLD.
A ses ressentimens pourra-t-elle obéir?
Et qui?
BERTOLD.
Comment le voir, Fen tendre et le haïr? Écoute : mes revers , mes cités en ruines , Ces brigands qui des monts descendaient aux rapines , Les Guelfes dans la paix écrasant mes vassaux , Que des cieux irrités condamnaient les fléaux, A d'austères devoirs ont forcé ma prudence. J'ai du Pape et de Rome accepté l'alliance, Je suis Guelfe.
PAOLO
Qui? toi? Ciel î
BERTOLD.
Ne m'en blâme pas , Je me dois avant tout aux soins de mes États. Malheur au souverain qui, briguant la victoire. Hors du bonheur public ose chercher la gloire! Moi je souliens le faible et punis les forfaits • Même des Gibelins ont part à mes bienfaits j Le Daîite est parmi nous. Ose imiter ton frère, Brisons des vieux Césars la puissance arbitraire. Je la vois en leurs mains s'affaiblir par degré , A tes pieds désormais foule un joug abhorré. Vainement l'empereur agite dans nos villes De ses honteux projets les instrumens serviles , Le Guelfe sur des lois fonde la liberté , Et le flambeau des arts , en nos murs apporté , Éclaire les esprits que le savoir enchante. L'ingénieux Trouvère a précédé le Dante 5 Bologne des cités interroge les droits ,
Et l'austère chronique ose jugfer Tes rois. Paolo, ta valeur à mes guerriers sut plaire : Mais du Pape, crois-moi, redoute la colère, Retiens-la d'un seul mot et deviens Guelfe...
PAOLO
Moi?...
Sa foudre peut tomber, je l'attends sans effroi.
BERTOLD.
TTon aveugle fierté rougirait de me croire. A ton repos enfin...
PAOLO
Je préfère ma gloire.
Le remords te poursuit ; non , tu n'es pas heureux !
BERTOLD.
Qui ? moi? Quand de l'hymen je bénis les doux nœuds, Et que ma noble épouse...
PAOLO
Achève , quelle est-elle ?
BERTOLD.
Ciel !
PAOLO , a part.
BERTOLD.
Qu'as-tu?
PAOLO. {A part.)
{Haut.) Rien.... Affreuse nouvelle!
Ah ! j'ai tué son frère.
BERTOLD.
Elle craint de te voir.
PAOLO
Elle me hait ! . . . Adieu !
BERTOLD.
Que fais -tu?
Archives delà Ville de Bruxelîe* ArrhiP.f van de Stad Brussel ,