‹ Françoise de Rimini, drame en cinq actes et en versChapitre 7 sur 76 · ACTE I, SCEINE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCEINE V

Allait à son printemps moiswsonner cette fleur. Je jurais malgré moi d'en obtenir vengeance.

GUIDO

De Qui?

BERTOLD.

De Paolo.

GUJDO.

^Toiî

^^ BERTOLD.

D'un œil d'indulgence Le ciel vit mes tourmens et la rendit au jour. Le soin de la distraire occupa mon amour : A nos preux chevaliers j'ouvris une carrière j Ni ces brillans tournois , ni leur pompe guerrière j Ni les champs du trouvère admis à nos festins , N'ont un jour captivé ses désirs incertains. Pour elle j'entrepris de saints pèlerinages , Je visitai neuf fois nos pieux ermitages , Et je fondai ce cloître où de jeunes beautés Nourrissent leur ferveur dans les austérités; C'est là que par mes soins nuit et jour l'encens fume j Et pourtant elle meurt, son ame la consume. Vers le ciel irrité j'élève en vain mes bras 5 Le ciel entend ma plainte et ne m'exauce pas. Dois-je enfin à vos jeux dévoiler ma faiblesse? Sa douleur me fatigue, et sa froideur me blesse. Si vous saviez combien je m'attache à saisir En ses yeux languissans les éclairs du désir ! D'oii vient que tant d'efforts n'ont point tari ses larmes? Amour de mes soldats, sermens , gloire des armes , J'ai tout sacrifié pour lui donner ma foi, J'ai changé de parti... : j'en rougis malgré moi. Mon amour dédaigné souvent se tourne en rage 5

Une froide amitié me paraît un outrage: Mais Taspect de Françoise enchaîne mon courroux. Oubliant ses vertus... je sens... je suis jaloux. Oui, si nos chevaliers , en contant leurs faits d'armes , Se troublent quelquefois enivrés de ses charmes, Ou si nos troubadours lui ravissent des pleurs , J'ai peine à contenir mes brûlantes douleurs.

GT3ID0.

Combien d'un tel discours mon ame est étonnée! Françoise a-t-elle enfin au sein de Thyménée Porté des sentimens désapprouvés par vous , Qui donneraient naissance à vos transports jaloux?

BERTOLD.

Mon épouse ne peut dépasser les limites Que l'austère pudeur aux femmes a prescrites : Mais il est des tourmens qu'on nourrit malgré soi : Je possède sa main, son cœur est-il à moi? Le désir d'étouffer nos haines de famille Avait seul décidé l'hymen de votre fille. Songez à sa terreur, quand au pied des autels Sa bouche murmura des sermens immortels. Je crois la voir encor, faible, pâle, oppressée; Dans ma brûlante main tremblait sa main glacée j Elle inclinait un front de douleur accablé, Et de ses yeux enfin des larmes ont coulé.

GUIDO

Vers le cloître , mon fils , toujours en sa jeunesse L'entraînait pour son Dieu sa rêveuse tendresse; Mais elle doit t'aimer, et calmant vos débats...

BERTOLD.

On inspire l'amour, on ne l'ordonne pas.

GUIDO

Va, je cours auprès d'elle.

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