‹ Françoise de Rimini, drame en cinq actes et en versChapitre 6 sur 76 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

BERTOLD , GUIDO , suite , qui sort aussitôt après . son entrée,

GUIDO

Accablé de douleur, j'ai suivi ton message.

BERTOLD.

Avez-vous sans fatigue achevé ce voyage?

GUIDO

Parle-moi de ma fille.

Elle souffre et languit.

GUIDO

Ma Françoise ? ô douleur î

BERTOLD.

Oui, le sommeil la fuit.

Ses paupières toujours sont de pleurs humectées , Ses jours sont inquiets et sts nuits agitées 5 Ses traits majestueux , où règne la pâleur , En m'enivrant d'amour , m'inspirent la douleur. Mon père, ce n'est plus celte mélancolie Dont sa noble beauté me parut embellie 5 C'est un chagrin muet , invincible , profond , Qui rejette mes soins, s'accroît et me confond.

GUIDO

De ses ennuis , Berloîd , vous ignorez la cause ?

BERTOLD.

Ce funeste secret dans son ame repose.

12 FRANÇOISE DE MMINI.

(lUIDO.

Mais depuis quand ce mal s'est-il manifesté?

BERTOLD.

Depuis un mois.

GUIDO

Comment ?

BERTOLD.

Voici la vérité.

Mon frère Paolo revient sur ce rivage , Un Hébreu de sa» part m'a transmis ce message.

( // lit une lettre. ) « Je suis las de l'exil j les bords où Conslantin « Sur i'Hellespont de Rome a fondé la rivale, ce Cher Berlold, ont trois ans accueilli mon destin, ti Là , malgré la splendeur que la nature étale , « Le bonheur en mon sein n'a jamais pénétré; « Là , rien ne m'informait de toi , de l'Italie , « Qui sous un joug sacré languissait avilie, <i Quand j'y reçus l'écharpe et l'éperon doré. « Ami, bravant le Guelfe et l'injuste anatbème, « Je viens revoir ce ciel qui respire l'amour , « Et m'enivrant encor des souvenirs que j'aime, « Mourir aux mêmes lieux où je reçus le jour.' «

GUIDO

Il revient !

BERTOLD.

Mon épouse en apprit la nouvelle :

« L'assassin de mon frère î A|i ! je le hais , « dit-elle. A ces mots, que suivit un long gémissement, Mon père, elle tomba sans v6ix, sans mouvement j De ses jours presqu'éteints je ranimai la flamme j Sur sa bouche glacée erra long-temps son arae j Je la sentais mourir, je crus que la douleur

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