ACTE I, SCENE V. i
Ni les chants du trouvère admis à nos festins ,
N'ont un jour captivé ses désirs incertains.
Pour elle j'entrepris de saints pèlerinages,
Je visitai neuf fois nos pieux ermitages,
Et je fondai ce cloître où de jeunes beautés
Nourrissent leur ferveur dans les austérités ;
C'est là que par mes soins nuit et jour l'encens fume;
Et pourtant elle meurt, son âme la consume.
Vers le ciel irrité j'élève en vain mes bras;
Le ciel entend ma plainte et ne m'exauce pas.
Dois- je enfin à vos yeux dévoiler ma faiblesse?
Sa douleur me fatigue, et sa froideur me blesse.
Si vous saviez combien je m'attache à saisir
En ses yeux languissans les éclairs du désir !
D'où vient que tant d'efforts n'ont point tari ses larmes ?
Amour de mes soldats, sermens, gloire des armes,
J'ai tout sacrifié pour lui donner ma foi,
J'ai changé de parti.... : j'en rougis malgré moi.
Mon amour dédaigné souvent se tourne en rage;
Une froide amitié me paraît un outrage :
Mais l'aspect de Françoise enchaîne mon courroux.
Oubliant ses vertus je sens..... je suis jaloux.
Oui, si nos chevaliers, en contant leurs faits d'armes, Se troublent quelquefois enivrés de ses charmes , Ou si nos troubadours lui ravissent des pleurs, J'ai peine à contenir mes brûlantes douleurs.
GUIDO
Combien d'un tel discours mon âme est étonnée! Françoise a-t-elle enfin au sein de l'hyménée Porté des sentimens désapprouvés par vous, Qui donneraient naissance à vos transports jaloux ?
14 FRANÇOISE DE RIMINt.
BERTOLD.
Mon épouse ne peut dépasser les limites Que l'austère pudeur aux femmes a prescrites : Mais il est des tour mens qu'on nourrit malgré soi : Je possède sa main , son cœur est-il à moi ?
Le désir d'étouffer nos haines de famille Avait seul décidé l'hymen de votre fille.
Songez à sa terreur, quand au pied des autels Sa bouche murmura des sermens immortels. Je crois la voir encor, faible, pâle, oppressée; Dans ma brûlante main tremblait sa main glacée 5 Elle inclinait un front de douleur accablé , Et de ses yeux enfin des larmes ont coulé.
GUIDO
Vers le cloître, mon fils, toujours en sa jeunes^ L'entraînait pour son Dieu sa rêveuse tendresse; Mais elle doit t'ai mer, et calmant vos débats.....
BERTOLD.
On inspire l'amour, on ne l'ordonne pas.
GUIDO
Va, je cours auprès d'elle.
BERTOLD.
Epargnez-la , mon père :
Point de reproche!... Allons! tout ira mieux, j'espère. Vous me le promettez?... Par mes soins désormais Je saurai l'attendrir.
GUIDO
Mon fils , je le promets»