ACTE II, SCÈNE IX
BERTOLD.
Calmez-la plutôt, et lisez-nous des vers.
Faites-nous cet honneur.
(Le Dante fait un signe affirmatif; on s'assied.)
LE DANTE, à paît.
Changeons ces cœurs pervers.
Réveillons Paolo. (Il ouvre un manuscrit et lit. )
« Canzone. L'Italie.
» Navire sans pilote et qui sous lés vents plie, » Italie, où le crime insulte à mes douleurs; » Italie, où le pape à son gré m'humilie, » Où mon âme grandit forte de ses malheurs, » De tant d'ambition vieille et sanglante arène, » Pleure, des nations, non, tu n'es plus la reine, » Mais la prostituée!... A-t-elle encor des pleurs?
(Murmures d'improbationJ) » Qu'as-tu fait de ta gloire? Qù trouver ta puissance? » Tes grands, flatteurs du peuple, à genoux devant lui, . » Loin de la protéger, oppriment l'innocence; » De tout poignard vénal ils achètent l'appui; » Dès qu'un meurtre leur plaît, le meurtre est légitime, a Et les juges après flétrissent la victime.
» De ce pays de sang le soleil n'a pas fui !
(Murmures d'improBation.) » Supplices des damnés, vous êtes sur la terre! » Dès le berceau tout homme aux vices est enclin. » Mais voici l'empereur avec son cri de guerre : » Guelfes, craignez César, ami de l'orphelin.... »
(Murmures.)
46 FRANÇOISE DE RIMINL
bertold , l'interrompant.
J'aime en vous le poète, et non le Gibelin.
" PAOLO
Mon frère !
LE DANTE
Écoutez-moi.
i BERTOLD.
i Quelle est votre pensée ?
le DANTE , avec exaltation.
Il en est une au fond de cette âme froissée.
Oui, je viens à vos cœurs porter le repentir, • Au parti gibelin je viens vous convertir.
BERTOLD.
Nous? K
GUIDO
Vous écouter ! . . . .
BERTOLD.
Vous!
LE DANTE
Pas moi , mais la patrie.
On la frappe , on la tue , elle tombe et vous crie : « A moi ! je perds mon sang ! » Aux armes, jeunes gens ! Vous dormez avant l'heure, ouvriers négligens, Vous laissez aux fourreaux se rouiller vos épées.
un chevalier, à part.
Ciel !