‹ Françoise de Rimini: drame en cinq actesChapitre 47 sur 88 · ACTE II , SCÈNE XU · texte numérisé non relu

ACTE II , SCÈNE XU

Banni, pauvre, je vois mes rivaux triomphans : Je ne puis, sans frémir, penser à mes enfans. Terre à pied, sans abri ; mon abord est funeste : Faible appui de mes pas , un bâton seul me reste. Les plus vils animaux assouvissent leur faim : Du pain me suffirait, et je n'ai pas de pain : Il m'en faut mendier, et supporter la joie Du riche protecteur que le hasard m'envoie.

Il demande des vers ! des chants d'ivresse ! à moi ! Non ! les chants que mon âme a créés pour la foi, Sur les coussins soyeux, font pâlir la licence. Mon génie est le deuil, mon repos la vengeance ! Entouré des débris de mon parti vaincu, Ai- je cherché la mort? J'ai plus fait : j'ai vécu ; Je vis pour me venger, et pour apprendre au monde En quels noirs attentats l'anarchie est féconde. Guelfe, je briserai ton joug avilissant, Que d'illustres martyrs ont couvert de leur sang : Tu peux faire, indigné de tes arrêts qu'il brave, De Dante un exilé, mais jamais un esclave.

PAOLO

A vos ressentimens je brûle de m'unir :

Nommez les ennemis qu'il faut vaincre et punir.

LE DANTE

Les Guelfes ! Prends pitié du sort de l'Italie; Sans lois, sous des tyrans, elle meurt avilie ; Sauve-la, sauve-nous. Mon fils, écoute-moi ; Le parti gibelin, sorti d'un long effroi, Pour se nommer un chef s'assemblait dans Vérone, Quand un de nos proscrits, que la foule environne,

Comme toi vers ces bords ramené par l'amour, Arrive et nous instruit de ton prochain retour. Paolo ! tous nos grands, qu'un noble zèle anime, Honorent Paolo de leur choix unanime.

Mais qui se chargera du périlleux devoir De lui porter l'écrit, garant de son pouvoir? Moi, moi seul, ai-je dit ! J'ai hasardé ma tête : Cet écrit, le voici,

PAOLO

Donne.

LE DANTE

Eh bien ! qui t'arrête ?

Dix mille citoyens, bannis de leurs foyers, Aigris par la vengeance , achètent des guerriers. Viens, viens; l'épéeen main, paraissons dans Florence; Qu'elle pleure à son tour. Pize, Arezzo, Plaisance Attaquent les Etats du prince des Romains ; Henri de Luxembourg rassemble les Germains.

Subjugue un fol amour, commande notre armée : Des antiques Césars atteins la renommée, Lègue aux siècles futurs des exploits éclatans : Chantés par moi, peut-être ils braveront le temps.

PAOLO

Allons ! je te devrai ma plus belle victoire ; Je vaincrai mon amour, je vivrai dans l'histoire : Je suis maître déjà de cet amour fatal....

C'en est fait.... ( On entend le son du cor. )

Du tournoi c'est le brillant signal.

Mes armes ! (Ses écuyers lui présentent son bouclier et sa lance. )

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