PREFACE. X
ce qui émane d'un esprit indépendant me charme comme d'instinct ; tout ce qui est grand, neuf, me saisit fortement; tout effort généreux est sûr de mon hommage , et j'ai sans cesse applaudi à ce qui m'a paru hardi et beau, sans faire attention à l'homme et au système'; puis mon admiration remontait de l'ouvrage à l'homme.
Si l'on me demandait à quel parti j'appartiens, de quel régiment littéraire je suis, je répondrais que je ne conçois pas qu'on puisse enrégimenter les intelligences; qu'il n'y a pas de lois en littérature qui forcent à prendre un uniforme et un numéro; que les conquêtes de l'esprit doivent être individuelles , et qu'il ne s'agit pas de suivre un drapeau, mais bien ses propres idées et l'essor de son imagination.
Le romantisme, à mon avis, est un mouvement imprimé aux idées littéraires par les événemens de notre révolution ; le même esprit d'examen et de rajeunissement qui préside à la politique préside aussi à la littérature. Voilà tout. Maintenait que chaque jeune homme arrive avec ses opinions, ses principes , ses ouvrages ; qu'il expose son système par des théories et des représentations dramatiques, rien de mieux. Mais point d'intolérance ; tous les esprits bien faits doivent prendre en considération les dangers de ces tentatives, et réfléchir avant de condamner une œuvre consciencieuse. Eli ! n'est-il pas à désirer que
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le dix-neuvième siècle ait tes monumens littéraire» à opposer à ceux des siècles qui viennent de s'écouler glorieux et remplis !
On me reproche de me placer entre les diverses écoles et de ne me décider pour aucune. Et quand cela serait ? A quoi bon les genres? Qu'ont produit les écoles ? L'imitation abâtardit et tue ; l'indépendance et l'audace donnent vie et ennoblissent Toute âme ardente, tout poète dont le cœur est jeune, voudra donner à son édifice dramatique une forme qui lui soit particulière, pour y graver ensuite son nom. (Ceci est œuvre de patience et de courage. Travaillons, ne nous injurions pas. Présentons-nous au public, nos écrits à la main; il nous jugera; mais, avant tout , accordons aux autres cette liberté que nous désirons pour nousmêmes , et laissons faire au temps.
Je ne serais pas entré dans ces détails , si l'on ne m'avait reproché, non sans quelque amertume, de n'avoir pas pris une couleur, on aurait presque dit une livrée. On doit maintenant entrevoir pourquoi ; j'ose espérer que l'on concevra encore mieux mes raisons, lorsque plusieurs années de travail seront venues à mon aide, et que j'aurai soumis au public les ouvrages dramatiques que je médite et compose en ce moment
Des critiques distingués m'ont su gré de mes efforts; leurs éloges m'ont récompensé; d'autres ont cru devoir tourner contre moi. jeune auteur,
toute la grosse artillerie de leurs colonne*,-., j* m'en tien* honoré.
Je ne me suis jamais dissimulé, au milieu des accidens de tous genres qui ont retardé la représentation de mon drame , combien cet instant de crise politique était peu favorable; toutefois le public a bien voulu m* accorder quelque attention et ses suffrages. Qu'il me soit permis de l'en remercier!
Le sujet de Françoise de Rimini présentait de nombreuses difficultés; je ne me flatte pas de les avoir toutes vaincues. En y introduisant le Dante et les discordes civiles qui agitaient alors l'Italie , j'ai voulu combler le vide d'action qu'on reproche à la Francesca de Silvio Pellico ( x ) , tragédie admirable de poésie et de passion , à laquelle j'ai emprunté quelques idées de scènes , quelques mots..... mais n'était-ce pas substituer un danger à un autre? Quelle physionomie que celle de Dante! Quel génie! Que de poésie dans cette tête ardente
(i) Les infortunes de Pellico ont partout rencontré sympathie : ce jeune homme, qui a le malheur d'avoir du génie et d'être Italien , condamné pour quelques vers patriotiques à languir dans une des bastilles de l'Italie-Àutrichienne , porte des pierres sur un grand chemin. La poésie et ses douces extases viennent-elles au moins lui faire oublier ses fers quelquefois ? Rêve-t-il encore amour et patrie ? Oh ! si y
mes hommages pouvaient aller jusqu'à lui !...
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et mystique! Le ciel et Tenfer, l'amour et la haine, toutes les passions, toutes les images, tout un siècle qui s'est fait homme LU lui faudrait un drame à lui seul !.... et encore !.... J'ai souvent brisé ma plume de dépit, tant je sentais ce colosse à l'étroit dans mon action ! car ce sont ici des scènes d'intérieur , des événemens domestiques , des chagrins comme il en est entré dans le cœur de bien des femmes!
Personnages. Acteurs.