ACTE V, SCENE III
Combien je t'aimtf!... O ciel!... Françoise, le sais-tu?... Cet amour peut m'ôter jusques à ma vertu!...
Vous m'effrayez!
PAOLO
Pardon.
Sortez.
PAOLO
Elle me chasse !
Oubliez-vous, grand Dieu, que la mort vous menace?
PAOLO
Mes amis vont venir, au signal du beffroi ,
Me sauver... te sauver... Consens!... Fuis avec moi!
FRANÇOISE , indignée.
Ah! Paolo!... Mais, pars....
Je suis captif.
Je tremble!...
O désespoir!...
PAOLO
Eh bien! veux-tu?... Mourons ensemble.
L'absence et la douleur nous tueraient lentement!... Quel moment pour mourir plus beau que ce moment!
na FRANÇOISE DE RIMINI.
Que peux-tu désormais attendre de la vie?...
De reproches amers tu seras poursuivie....
Chaque jour te serait un siècle de douleurs.... La nuit, tu mouillerais ta couche de tes pleurs.... Notre amour de ta vie est le eharme suprême ; Notre amour est plus fort que l'homme et le ciel même. Oh! dis-moi!... n'es-tu pas lasse de tant souffrir?... Il ne faut, il ne faut qu'un instant pour mourir!... Cet instant finira l'ennui qui te dévore,.. « Il sera prompt et beau!... Tu diras : «Je t'adore!... » Mourons ! . . . mourons ! ... Il faut triompher du malheur. J'ai mon poignard... Je vais l'enfoncer... dans ton cœur, Dans le mien....
Avec toi la mort me serait douce!...
Mais je crains, Paolo, que Dieu ne nous repousse!... Pourtant avec bonheur je recevrais la mort!... Oui... oui... Tiens... frappe...
paolo , prêt a tirer son poignard.
Allons ! . . . remplissons notre sort ! . . .
Pas encor!... Laisse-moi te voir... Si je t'arrête, Ce n'est point par frayeur de la mort.... j'y suis prête. Quand je verrai mon sang de mon cœur déchiré Couler sous ton poignard, va, je te sourirai.... Mais l'instant qui s'écoule est terrible et suprême , Je craindrais d'expirer sans te dire : « Je t'aime ! » En t'aimant, Paolo , j'ai vécu pour souffrir... Tiens, frappe, maintenant je n'ai plus qu'à mourir.