ACTE^I, SCÈNE VI
PALMIRE
Ça ne l*a pas découragé... Depuis trois mois il f.iit ses preuves de constance... Je le rencontre sur mon passage toutes les fois que je vais au Conservatoire... Il me regarde , nie salue et ne dit rien.
FRA^ÇnISE.
Mais il c'cril.
l'ALMIBE.
Je te jure que non.
Fr.ASÇOISE.
C'est moi qui reçois ses lettres.
PALMIHE.
El tu ne m'en as pas avertie?
Je m'en serais bien gaide'e... iVIais je lui ai répondu en ton nom...
PALMIRE
Ko mon nom ?
Que je lui défendais de te parler... Ça l'expli(|ue son silence.
PALMIRF..
Ah! mon Dieu !... tu m'as ruinée! tu m'as perdue!
Dis donc ipie je t'ai sauvée... Il n'y a pas à plaisanter avec les gens à voilure... ça peut vous mener trop loin... et le cœur s'égare si facilement , rien qu'au bois de Boulogne !
PALMIRE
Quel embarras, la première fois que je vais le rencontrer î
Tu ne le \erras plus ; nous partons ce soir toutes trois pour l'Italie.
PALMIRE, clonnce.
Comment, nous quittons Paris?
FRA^ÇOISF..
J'ai retenu nos places à la dilij^ence. Nous allons k .Milan ou je coiitmuirai mes études et où l'on m ofti<: un engiigcnu'Ut de corynliéc.
PALMIRE
iMais lui !..
Il se consolera... C'est une autre que toi qui sera attrapée... Il y en a tant qui désirent l'clre !
PAI.MIRE
Tu crois don{' qu'il avait rintciuion ?.,.
l'ius que jamais !.. (-e matin encore, il a envoyé une leltre pour loi... parce que les vieux ça écrit beaucoup, c'est très fort pour les phrases... Voila son bdlet ; je ne l'ai pas seulement décacheté.
PALMIRE, lisant.
« Mademoiselle , puisr|ue vous êtes iiiexora- « ble, inflexible, je cède à une vertu ipic je « n'ai jamais trouv€;c chez les dames du (;rand M inoi|de. "
C'est pourtant à moi cpie tu dois ça ! Tu as fnil de la vertu sans t'en douter.
PALMIRE, continuant.
« Ma passion, qui s'est encore accrue de vos " rijjueurs, n'a plus qu'un dernier espoir: je « vous offre ma fortune et ma main. » (Avec éulat.) Entends-tu? sa fortune et sa main!
Comment! il te propose?.. .
PALMIRF.
Tu vois bien... c'est écrit. (Continuant Je lire.) " Si vous acceptez, mettez un schal rouge « pour vous rendre au Conservatoire... Que " j'aperçoive de loin ce signal de mon bon- " heur!... » — J'y cours !
FRANÇOISE, la retenant.
Y penses-tu ?.. l'épouser !... avec ses quarante-cinq ans?
PALMIRE
Mais soixante mille livres de rente !
Et de l'amour ?
PALMIRE
Un hôtel magnifique et une voiture !..
Mais de l'amour?...
PALMIRE
De belles robes, des bijoux, des diamants I...
Et après?
PALMIRE
J'irai dans les bals, dans les fêtes, dans le grand monde...
Mais il se souviendra d'oii tues partie... Il rougira de toi , de ta famillii, te méprisera peut-être... lu seras malheureuse !...
PALMIRE
Kst-ce qu'où peut l'être avec de la fortune!
Si on peut l'élie !... Mais moi qui te parle , moi j'ai été riche... immensémeiil riche...
PALMIRE
Toi?
Une demi-hiure! et cette dcmi-heure-là a peut-être été le plus mauvais quart d'heure de ma vie.
PALMIRE
Comment ca?
Ce n'est pas de moi qu'il s'agit , mais de toi.
PALMIRE
Eh bien ! moi je déclare que rien ne me fera renoncer à un pareil établissement, ne fût-ce que par amitié pour vous et pour être utile à ma famille.
Mais écoute seulement...
PALMIRE
Ji^ n'écoute rien... Je le veux, je le veux I... ou je ferai qui Ique sottise !
FBAKÇOISE.
Fais alors comme lu voudras.
P4LMII1E.
Adieu, ma sreur! (Elle sort.)
O ma pauvre mère, Madeleine Cornillot! on ne m'écoule pas... Ce n'est pas ma faute !