SCÈNE VI
FRANCESCA , puis AMANDA.
AMANDA, entrant avec embarras par la porte à droite des spectateurs.
Elle va me traiter du haut en bas... une marchande de modes de province... avec ça que je ne suis pas hardie.
FRA>CE.SCA , rcdcsccndint la scène.
11 a du bon , on en fera qucKjue chose si on i^ait le prendre et le mainleiiir dans la bonne voie.
AMANnA, saluant et baissant les yeux.
Vous m'avez demandée , signora ?... me voilà... Que desirez-vons ?
FRASCESCA.
Eh ! mais, te voir, te serrer dans mes bras! tu ne m'as pas déjà reconnue?
AMA>DA
O ciel ! ma sœur Françoise !
FRAKCESC*.
Devenue Francesca par la grâce de Rome et de l'Italie... mais son nom seul a change , son cœur est resté le même.
AMA^DA, la regardant.
Comme te voilà parée !... comme le voilà brillante!
Je ne t'en dirai pas autant... Jl parait que ça va mal, et que tu n'es pas heureuse?... AM.\»nA.
C'est vrai... le rêve a été de courte durée.
L'amour s'est enfui dès que la misère a paru au logis.
Je te r>avais prédit.
AMANDA
Les reproches, les querelles ont commencé... ce n'est pas là ce qui donne de l'argent !...
Au contraire, ça empêche d'en gagner,
AMANDA
Il a fallu vendre nos meubles... le piano que m'avait laissé ma mère...
FRASCESCA.
Comment!,., ce vieil ami de la famille,.. qui m'a fait faire mes prenûères gammes ! et qui datait du Consulat.
AMANDA
J'ai bien pleure quand je l'ai vu partir... hélas! avec le secours qu'il nousa procuré,nous sommes venus à Bordeaux... Nous aurions peut-être pu , avec notre travail , y trouver une existence modeste ; mais mon mari a voulu avoir un magasin superbe à l'instarde ceux de Paris... une devanture en glaces , sur laquelle on avait écrit en lettres d'or : Nétjociant en chaussures !
Autrefois on se contentait d'être cordonnier... et ça n'empêchait pas de faire fortune.
AMANDA
Lui n'a fait que des dettes. Nous avons vu arriver les embarras, le papier timbre, les assignations, que sais-je!.,. Nous n'aurions plus rien.,, tous deux nous serions en prison sans un riche étranger qui se trouvait dans celte ville et que le hasard avait amené chez nous.
Il y a donc encore des cœurs nobles et dé.sintércssés !... et c'est en Gascogne qu'on les trouve !
AMANDA
Non , ma so'ur... car celui dont je parle avait des intentions... que ses assiduités m'ont bientôt révélées.
Les vilains hommes!., ils sont tous les mêmes. Il n'y en a pas un (jui vaille quelque chose.
AMANDA
J'ai essayé de le décourager par ma froideur... j'ai eu l'air de ne pas le comprendre... Alors, il n'a pas rougi de m'écrire pour me menacer de sa colère, si je ne cédais à sa tendresse... il exige un rendez-vous.
FRANCESCA , avec indignation.
Un rendei-vous?..
AMANDA
Voilà sa lettre... je ne l'ai pas montrée à mon mari... parcequ'il se serait emporté, et ça aurait pu retomber sur moi.
Je conçois , la colère est aveugle, elle ne