‹ FrançoiseChapitre 109 sur 111 · ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V

LE DOCTEUR

Eh bien, oui , elle l’a voulu ! Elle m’a prouvé... j'ai consenti ! Elle a disposé du petit héritage que sa mère lui avait laissé. Cette terre, ce verger, cette maison môme... il descend a gauche.)

HENRI *

Tout ce que vous possédiez, Françoise! Ce lieu qui vous était si cher!...

Oui! (Regardant la Hyonnais.) tous mes souvenirs!

Mais il ne vous reste rien !

FRANÇOISE, montrant le docteur.

Si fait! mon père a travaillé pour moi, et d'ailleurs, s’il fallait travailler aussi...

HENRI

Ah! n’achevez pas, Françoise! vous me brisez!... Quoi! pour réparer... Ah! Françoise! Françoise '.tant de grandeur m’écrase, et je ne trouve pour te remercier que des larmes de honte et de désespoir!... Mais alors... quel service m’a donc rendu M. la Hyonnais?

LE DOCTEUR

Quel service?... Oh ! un grand service, et dont lui seul connaît toute l’étendue.t. Parlez, Jacques, dites ce que vous avez fait.

FRANÇOISE à la llvonnais.

Dites!

* Le docteur, Henri, La Hyonnais, Françoise.

LA n V ONNAIS, à Henri.

Une femme... une femme s'immolait pour vous avec énergie... Je n’ai pas voulu lui laisser porter seule le poids de son dévouement. Il fallait trouver un moyen de vous réhabiliter, vous, l’homme qu’elle aimait... J’ai cherché ce moyen... Vous étiez repoussé, abandonné par votre père; il fallait le ramener à la pitié, peut-être à la justice : j’ai résolu de le faire. Votre mère avait été accusée, votre légitimité contestée... Il fallait découvrir la vérité, chercher des preuves; je les ai trouvées! Il fallait réunir ces preuves, les rendre évidentes, produire des témoins dignes de foi. 11 fallait porter en secret cette cause palpitante au tribunal d’un seul homme, juge provenu, époux irrité! J’ai plaidé cette cause et je l'ai gagnée!... Je vous rapporte l’affection d'un père qui vous appelle et vous attend... Je vous rends une famille, une fortune, un avenir... Je vous rends surtout le droit d’épouser la femme (Sa voix est étouffée.) la plus noble... la plus digne des femmes!..; Voilà ce que j’ai fait pour vous, Henri... et, croyez-moi, davantage serait impossible... les forces de l’àme... Enfin, voilà ce que j’ai fait, moi !...

HENRI

Oh! c’est un rêve!... Ma mère justifiée!... mon père... mon honneur... l'amour de Françoise... l’amitié... le dévouement... le pardon!... Tout! tout à la fois!... (Allant à la Hyonnais.) Et c’est vous, Jacques, vouspnvers qui j'ai été ingrat., vous à qui je ne suis plus rien... vous qui... Ah! je me souviens!... pardon, pardon, mon ami, j’avais tout oublié ! Pardonnez-moi l'ivresse de mon bonheur! •

LA HYONNAIS.

J’ai fait mon devoir envers mon père, à qui j'avais juré de ne pas vous abandonner, et envers... moi-même, car je viens dire adieu à Françoise et à vous, comme je m’y étais engagé, Henri. Adieu !...

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