‹ FrançoiseChapitre 16 sur 111 · LA II YON NAIS · texte numérisé non relu

LA II YON NAIS

Parce que gentilhomme, et même un peu seigneurde village; j'ai pensé qu'il était de mon devoir de me rendre utile et d’exercer gratis, puisque j'ai un patrimoine; mais ce n'est pas de moi qu’il s'agit. Permettez-moi de vous parler de vous, cl de vous demander si je suis bien informé. Il y a vingt ans, à la prière de sa femme mourante, le marquis de Trégenec vous confia son fils unique, Henri, jusque-là élevé loin de ses yeux, au fond d’une de ses fermes.

LE DOCTEUR

Oui, monsieur; ma femme avait été au couvent à Paris avec madame de Trégenec; toutes deux moururent jeunes. Mais je gardai Henri, et le fis élever chez moi, parce que je l'aimais.

LA II v ON NAIS.

11 vous intéressait parce qu'il était malheureux; son père le haïssait, ses oncles ne voulaient pas entendre parler de lui; une sorte de malédiction mystérieuse ..

Cela, monsieur, je l’ignore, et quand même je le saurais

LA IIYONHAIS.

Vous ne le diriez pas au premier venu; mais peut-être vaisje obtenir votreconfiance.il se pourrait, monsieur le docteur, que je fusse le frère d'Henri de Trégenec.

LE DOCTEUR

Vous? Comment arrangez-vous ça ?

LA IIYONSAIS.

Oh! moi, je suis bien le fils de M. la Hyonnais; mais il n'est pas certain qu'nenri soit celui de l'homme dont il porte le nom. Je ne puis rien affirmer; mais, il y a six mois, mon père, qui était un homme de cœur et mon meilleur ami, m'a dit à son lit de mort : « Jacques, j’ai rendu ta mère heureuse, je n'ai lien à me reprocher envers elle; mais, avant de la connaître, j'avais aimé une jeune fille qui, trop riche pour moi, fut mariée au marquis de Trégenec. Depuis ce jour, je ne l'ai revue qu’une fois, pour lui dire un éternel adieu. Mais cette entrevue et la découverte de notre ancienne affection ont éveillé chez le marquis une jalousie implacable. Madame de Trégenec est morte de ce chagrin, et son fils Henri, élevé loin du toit paternel, confié à des soi 11s étrangers, semble désavoué secrètement. Je n’ai pas voulu le connaître, c'eftt été accréditer les soupçons; mais une lettre de sa mère mourante l’a mis, à tout événement, sous ma protection, et j'ai fait, dans mon cœur, le serment de ne pasabandonner au malheur le fils d’une femme dont le souvenir m’a toujours été cher et sacré. Jusqu’ici, j'ai veillé, de loin, sur lui. A présent, c'est à ton tour, si tu m’aimes! » Mon père n'a pu s'expliquer davantage. J'ai juré... il m'a béni... il n’est plus, et je viens tenir ma parole.

Page 1