‹ FrançoiseChapitre 44 sur 111 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

HENRI

Depuis toujours ! cela est né, je crois, avec moi-même. Je sais que tu avais quatorze ou quinze ans quand ton père nous sépara : plus tard je te revis... je partais...

FRANÇOISE, toujours attentive et inquiète.

Oui, tu pleuras beaucoup, mais tu étais cependant joyeux de l’en aller, tu étais curieux, avide de ta liberté! (Mmie-jeanne remonte, puis desrend à droite*.!

HENRI

Oui, c’est vrai, je riais et je sanglotais tout à la fois. J'allais voir mon père et mon pays, que je ne connaissais pas! Jefus si tristement accueilli et si vite renvoyé! Je. comptais revenir habiter Luzy pour vivre près de toi...

Mais tu t’arrêtas à Paris, et tu y restas deux ans sans songer à nous et sans presque nous écrire!

HENRI

Que veux-tu? si jeune, abandonné à moi-même! mais l'ennui d’une vie dissipée me ramena près de vous, et, cette fois, je sentis que toi seule pouvais me rendre heureux.

FUANÇOl SE.

Mais au bout de bien peu de temps... tu nous quittas encore...

HENRI

Françoise! cet interrogatoire est glacial et terrible; on dirait que lu as résolu de nier l’affection que je t’apporte!

1 Henri, Françoise, Marie-Jeanne.

Non, mais je te connais; tu es impressionnable, mobile... moi, j'ai passé ina vie à me tourmenter de ce qui pouvait te rendre malheureux.

' HENRI

Et quand je te demande de te charger de mon bonheur, tu te mets à trembler pour toi-même !

MARIE-JEANNE

Dame!... (Elle pav«e derrière Françoise.)

Pour moi?... oh! non, je ne pense pas à moi!... mon pauvre Henri! Jusqu'à présent, mon affection ne t'a fait que du bien; si, en changeant de nature, elle allait te sembler moins douce...

nENni.

Pourquoi changerait-elle de nature? ton amitié est si généleuse!

Et mon amour serait confiant, je vais te le prouver. lEiie va dire un mot à Marie-Jeanne, qui sort à gauche *.) Ecoute, tu es sans préjugés; mais tu te complais dans certaines idées chevaleresques, et, quand tu fais un serment, tu le fais avec un orgueil de gentilhomme breton... qui ne me déplaît pas, toute bourgeoise que je suis! Eh bien, je veux savoir si le oui que tu diras à l'autel, le jour de ton mariage, sera le oui du chrétien, du gentilhomme ou de l'homme du monde?

HENRI

Que sais-je, moi? ce sera le serment de l’homme qui t'aime.

1 Françoise, Henri.

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