‹ FrançoiseChapitre 43 sur 111 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

haute idée... Mais pourquoi parler avec exaltation d'une chose si simple! Mon vœu était de ne jamais me marier, à moins que d’éprouver un grand, un véritable amour; parce que l’union éternelle et absolue de deux âmes devrait être, selon moi, le comble du bonheur et de la sainteté, ou celui de l'égarement et du désespoir.

HENRI

Et moi je te répondais...

Oh! toi, voilà ce que tu me répondais... tout dernièrement encore : Il n’y a de vrai, de durable, qu’une amitié désintéressée comme celle que nous avons l'un pour l'autre. L’amour est égoïste, exigeant, fantasque...

HENRI, 'embarrassé.

Ai-je dit cela?

Et tu ajoutais : On voit bien, Françoise, que tu ne le connais pas; mais moi, à chercher cet idéal, j'ai déjà usé mes pauvres ailes; je n'ai plus la foi, je n'ai plus l'enthousiasme!...

HENRI

Je mentais!

FRANÇOISE, continuant.

Je n’aime réellement que la liberté, et j'ai fait pour toujours deux parts de ma vie, l'une pour l’amitié calme et sainte, l’autre pour le caprice. Moi, Henri, je te voyais heureux ainsi : je croyais que cela devait durer toujours! Tu me dis que tout est changé... lu vois bien que j'ai sujet de m’inquiéter de ton avenir.

HENRI

Ah ! mon amie! des obstacles que je croyais sérieux nous sé-

5i FRANÇOISE

paraient. Mais écoute, je suis lijjre! j’ai écrit à mon père il y a quelques jours; je lui demandais la permission d’aller le voir pour lui soumettre mes projets. Tu sais que M. de Trégenec est très-froid à mon égard, il n'a jamais rien fait pour moi; ce n’était pas nécessaire; mais le moment est venu où il doit s’occuper de mon sort. Il m’a répondu, ce matin, que c'est ton père qui doit en décider, qu’il remet tout entre ses mains, et qu'il le charge de m’instruire de ma position. Voilà pourquoi je courais à Bourges. En passant ici et en voyant la maison ouverte, j'ai pensé que je vous y trouverais, et me voilà ; me voilà à tes pieds, Françoise, pour te dire que c'est toi que je veux pour femme, si je n’ai pas rêvé que j’étais la seule affection de ta vie!

Moi?

MARIE— JEANNE, venant à Henri.

Vrai? dites-vous vrai?

FRANÇOISE, sc levant éperdue.

Oh ! mon Dieu! est-ce que tu m’aimes, toi? (Retombant.) Non! c’est un rêve! Tu ne penses pas à ce que tu dis, cela n’est pas... c’est impossible!

HENRI

Ah! tu doutes! c’est que tu crois me connaître, et tu ne me connais pas! J’ai toujours affecté avec toi une gaieté... une indifférence dont iu as été dupe. Je t’aime depuis...

FRANÇOISE, attentive et tremblante.

Depuis...

MARIE-JEANNE

Ah! oui, depuis quand?

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