ACTE I, SCÈNE I
MARIE-JEANNE, remontant.
Attendez-moi un petit peu, que je vous plaigne 1 . Pauvre cher homme!... Dites donc, père Dubuisson 1 !
DUBUISSON
Hein?
MARIE-JEANNE
Peut-être bien que ça vous fâche que je vous appelle comme ça?
DUBUISSON
Non, non! tu es ma payse!
MARIE-JEANNE
Dame! nous sommes nés natifs du même endroit tous Ips deux, ou peu s'en faut; car vous étiez encore aubergiste à Cluis- ’ Dessous, comme j'étais vachère à Cluis-Dessus. Vous avez fait votre chemin mieux que moi! Je me souviens que je vous disais : — Oh! vous, Christophe Dubuisson, vous irez loin; vous essayez cinquante choses, vous allez de métier en métier, vous tondez tous les œufs, vous ferez fortune!
DURUISSON, souriant avec une bonhomie rusée.
Eli bien?
MARIE-JEANNE
Eh bien, ça ne vous paraît pas drôle d’être le plus gros banquier du Berry, et d’avoir maison à Paris, maison ici en ville et château à la campagne?
DUBUISSON
Le château, ça m’a bien ennuyé un peu au commencement !
1 Marie-Jeaune, Dubuisson.
ça coûte plus que ça ne sert! mais c’était l’idée de ma femme! je m'y suis fait! Ah ! ça me fait penser... (H se lève.) Tu connais M. Henri de Trégenec?
MARIE-JEANNE
Si je le connais! c’est M. Laurent qui l’a instruit, mais je peux bien dire que c'est moi qui l’ai élevé. Qu’est-ce que vous voulez savoir de lui?
DUBUISSON
Si c’est un garçon rangé, un bon sujet.
N ARIE-JF.ANNE.
Oh ! élevé chez nous, il n'a point appris à être avare
DUBUISSON
Je n'aime point les avares; je les déteste 1 ... Mais... est-ce qu’il est dépensier?
MARIE-JEANNE
Lui? Eh bien , qu’est-ce que ça vous fait?
DUBUISSON
Rien! Voyons! comptes-tu ton argent?
MARIE-JEANNE
Oh ! ma foi, non! vous savez mieux compter que moi. Attendez, Oïl sonne. tF.llc sort par la gauche.)
DUBUISSON, regardant la noie.
l’as moins, il a oublié deux visites, le docteur!... C’est peutélre pour m’éprouver! c’est un malin, lui!... D’ailleurs, il 11e me prend pas cher, il n'écorche pas le monde, et j'ai le moyen.
Il ajoute à In somme restée sur In table. '