LES AUTEURS
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E soir-là, le seigneur Guido, comte d'Ystel, S'enferma, soucieux et sombre, en son castel,
Et quand, sous les préaux garnis de vieilles armes, L'ombre noire eut tendu son voi'e solennel,
Seul, ct le cœur broyé, pleura toutes ses larmes.
Or, l'éther s’enivrait des baumes du printemps,
Et le seigneur d’Ystel atteignait ses vingt ans !
A l’âge du bonheur les larmes sont amères :
Plus tard, l'âme se trempe, etles pleurs moins brûlants En des sillons connus roulent de nos paupières.
Lui, parmi sa détresse et parmi ses sanglots, Faisait monter sa plainte en de sinistres flots : “ Dieu puissant, disaït-il, et qui vois ma torture, “ Es-tu donc de moitié dans les cruels complots ‘ Que trame le destin contre ta créature ? ”
“ Berthe, mon-seul amour: | cpouse de mon cœur ‘ Et la fleur de ma vie expire ! un mal vainqueur ‘“ La consume et l’entraîne en sa course mortelle £ ‘ Et tu sembles narguer d’un sourire moqueur
“ Mon désespoir brûlant qui t'invoque pour elle !
“ Dix mois à peine, hélas ! comme un jour qui s'enfuit, ‘Ont passé sur l’éclat de cette ardente nuit
‘Où nos âmes chantaient aux fêtes nuptiales :
‘ Et déjà mon amour, portant son premier fruit,
“ M'abandonne et s'enfonce aux ombres glaciales !
“ Pourtant, je t'ai prié, mon Dieu ! d'un Cœur d'enfant ; ‘€ J'ai ployé les Senoux chaque jour, et souvent
“ J'ai prolongé ma veille en mes nuits solitaires ;
‘ J'ai prodigué l'aumône aux Portes du couvent
‘© Et j'ai de mes deniers doté deux monastères,
“On m'a vu, mendiant et le cierge à la main,
‘ Ensanglantant mes pieds aux ronces du chemin, “ Gravir le mont abrupt où celui qui supplie ‘Est plus prés, disait-on, de ton secours divin, “Etant plus près du Cœur de ta Mère Marie.
‘Et j'ai jeñné, souffrant la faim, Pour te fléchir,
‘ Et, vieillard à vingt ans, sevré de tout plaisir,
‘* J'ai condamné ma Chair aux rigueurs du cilice }
“ Toi, Seigneur, insensible et sourd à mon soupir,
” Chaque jour dans mon cœur tu creusais le Supplice !
“ Et ma Berthe se meurt !.. Ce soir, en la laissant, “ J'ai deviné l’adieu de son œil languissant
“Et j'ai senti la mort au froid de son étreinte ;
“Sa parole a vibré d’un solennel accent
“Et chacun de ses mots semblait un glas qui tint...
‘“O Dieu ! non, tu n'es pas le Père de douceur,
‘* Puisque, par ton décret, le trépas ravisseur
“ Nous arrache sitôt les âmes de nos âmes,
“ Et puisqu'il me faut voir, hélas ! ma tendre sœur “Se débattre aux replis de ses horribles trames FE
“Ah ! dût ce cri de rage être à tes yeux Pervers, “S'il était un Pouvoir, un être en l'univers ‘ Qui voulût Compatir à ma peine Cuisante, “À l'instant, en tout lieu, fût-ce au fond des enfers,
“ J'irais prier, Bagner son aide bienfaisante |”
Sans songer que l’orgueil n’a que des pleurs maudits er q 8 que des p
Et tandis qu’il parlait, son ange au paradis, Fermait, épouvanté, son oreille au blasphème.
un cœur d'enfant
F Et, bien loin de monter vers le trône d'en haut, t souvent Ses larmes descendaient sous terre, inerte flot, solitaires ; Et leurs gouttes sans foi, perçant la vaste couche, u couvent Lentement s'infiltraient jusqu'au sombre cachot nastères, Qui scelle des damnés l'éternité farouche. à Main, du chemin.
upplie rs divin, Marie. |
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Lui, s’exaltant aux bruits de son âme en émoi :.
Jérvers, “ Pour prix de son salut, dit-il, qui veut ma foi ?
: “Qui veut que je l'adore et le serve en esclave ?..."” e,
les enfers, = . . . CS SET . . . . . .
Une voix résonna disant : “/#vogue-moi !" Une voix surhumaine, au son étrange et grave. rs maudits
ne. Le chevalier frémit, comme sous un poignard ; k I] se dressa soudain, tout blême, l'œil hagard, me. Scrutant de tous côtés la pénombre effrayante ;
Mais, dans une lueur bleuâtre, son regard Ne vit rien qu’une forme indécise et fuyante.
Seulement, Près de lui, sur Ja table posé, Etait un livre Ouvert, avec un sceau brisé,
n vieux livre rongé par la rouille de l’âge... Or, en lettres de feu, le parchemin usé Portait écrit : SATAN, à la Première page...
Ne C2
Tout chrétien, en tel Cas, Sans même être dévôt, Du signe de la croix se fût muni bientôt ' Mais Guido, fasciné Par la vision noire,
Etait déjà captif de l’infernal suppôt,
Et d'un geste fiévreux il saisit le grimoire.
Le matin le trouva sur le livre penché :
Il savait les secrets du Prince du péché,
Et comment, au moyen des formules magiques, Lä nature livrait son remède caché,
Comment Ja mort cédait aux nombres fatidiques.
Sa tête était brûlante et son Corps était las : Pourtant, quand le soleil, chassant l'ombre d'en bas, me à sa couche déserte,
(à suivre) SERGE UsÈNE.
)OSÉ, brisé, l’âge...
age...
être dévôt, tôt ; €,
)ire.
é, lagiques,
atidiques.
las :
bre d’en bas, éserte, | as :
a Berthe !...”
GE USÈNE.
Messe Bas
Le vieux prêtre, amaigri par l'austère vigile, Ofiicie à l'autel gothiquement construit,
Et du missel romain qu'il feuillette sans bruit Les oraisons vers Dieu montent d'un vol agile.
C'est là que, chaque jour, sitôt que l'aube luit. L'élole avec l'amict couvrant sa chair fragile, {l'immole, en disant les mots de 'Ævangile,
Le Dieu qui par amour s'est Jait homme pour lui.
Or, parfois, au moment où son regard se penche, {l'advient qu'au vitrail l'aurore qui grandit
Lance un rayon pourpré jusqu'à la nappe blanche...
Et le vieillard, soudain, se r dresse, interdit, L'âme d'un sentiment indicible lantée, De voir, entre ses mains, l'Hostie ensanglantée !
LUCIEN RENIER
| KRKKKKKMIMHRMEK IN KEUEUE KR IE
ma Summis
À la mémoire vénérée du P, Eymard,
Quand le Verbe, exilé de l'éternetle cime,
Dans sa prison de chair Parut, enfant d'un jour, Il cria vers lescieux: Péreest-ceassezd’amour ? Est-ce assez descendu les pentes de l’abime ?
Et le Père dit : Non. — Alors, fiê!e victime, Sur un gibet de honte, au coin d’un carrefour, Il expira cloué, trahi, maudit, sublime,
Et la terre le prit en son pâle séjour.
Mais parce que la mort épargiait sa dépouiile Un mot, plus corrosif q'ie le ver et la rouille, L’anéantit, broyé sous un atome vain.
C’est fini ! carplusbasle Christne peut dascen- Aussi, voyez l'éclat de son réveil divin, f[dre, Et Tâques rayonnant monter de cette cendre !
F4 re) | dScinbeie
unmis ée du P, Eymard,
0 toi, disciple vrai, quand au pied de l’autel Tu contemplas un Dieu réduit à la poussière, Ton âme en ce néant se perdit tuute entière, Et tu refis en toi l’holocauste immortel,
e l’éterneile cime,
art, enfant d'un jour, °est-ceassezd’amour ?
s pentes de l’abime »
Vinrent les durs labeurs, l'épreuve meurtrière, T'écraser sans repos sous leur âpre martel,
Et le monde rugir, éouffant ta prière,
Et l’Archange d’enfer te jeter son cartel.
Alors, fiê!e victime,
1 coin d’un carrefour, uidit, sublime, äle séjour.
Dieu même voublier dans ta rude agonie....
Toi, tu courbas le front devant l’ignominie, Devant la mort, devant les tourments assassins
p + . n pargiait sa dépouiile le ver et la rouille, atome vain,
; Aussi, parmileschœursquelespalmesontceints j On te verra, fê.é de gloire et d'harmonie, ; L'élever leniement au firmament des saints.
‘hristne peut d sscenréveil divin, [dre, er de cette cendre !
Serge Usène.
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Avec Ton Fils, Seigneur, héroïque Trouvère. ‘ Marchant pour expirer au sombre Golgotha,
Je mêle, sur Ia route où Son pied s'incrusta, L'amertume de vivre aux sanglots du Calvaire.
Pourtant, mon cœur est jeune ct mon rêve chant Comme un vin frémissant dans le cristal d’un verre. Et je m'en vais au jour obstinément sévère,
Ivre, par les sentiers que l’'Homme-Dieu monta.
Or, hier, j'allai seul dans le désert Cénacle. Et, ployant les genoux devant le Tabernacle Où vous offrez au monde et Chair et le Sang ;
Dans le grand Vase d’or où les âmes vont boire $ J'aurais voulu plonger mon être agonisant :
Mais Jésus-Christ pleurait au fond du Saint Ciboire.
ARTHUR DE BUSSIERES. i
AL A li 0 Hi ER a LE a Gui
NT | h, il ARE
: Trouvère,
Golgotha, Fe ENDANT trois jours, par le vallon, s'incrusta, : &) Par la forêt, par la prairie, du Calvaire, CAR Par la mousse et l'herbe fleurie,
»8 On vit le chevalier fé'on
on rêve chantn = Promener seul sa rêverie.
cristal d'un verre.
ASS j © Il marchait, le regard baissé, t sévère, À : :
Dieu ; | Et parfois, se penchant aux franges HIORU } Des ruisseaux, dans les lits de fanges
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Cénacle. : Il AA d'un geste ie
sbérnnelé Quelque fleur aux teintes é ranges.
t le Sang ; À Ou bien, sous les profonds taillis
= | Ténébreux comme des repaires, es vont boire i Il allait, soulevant les pierres, nisant : | Et poursuivait dans les fouillis lu Saint Ciboire. La fuite folle des vipères.
D a AE
DE BUSSIERES. Quand la lune au flanc du côteau Agrandissait les ombres vaines, Guido, la fièvre dans les veines, Rentrait, portant sous son manteau
De larges bouquets de verveines.
Puis il allait, d’un pas tremblant, Entr'ouvrir la funèbre porte...
Là, le corps vaincu, l'âme forte, Toute blanche dans son lit blanc, Berthe gisait comme une morte.
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Fe lard nor (HA his a RL RG
à M | M pénis mo pénétré
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Et Guido disait : « Mon amour,
“ Reprends espoir, garde courage !
‘* Beau lis, tu frémis sous l'orage,
“ Mais la fin du troisième jour
“ Tout-à-coup brisera sa rage,
‘ Sois heureuse et bannis l’effroi,
“© Car, au flanc des roches voisines, “€ J'ai cueilli des fleurs, des racines, ‘ Et j'en veux Composer pour toi ‘ De souveraines médecines, ”
Mais elle
“ Ami, quand vient ma dernière heure ?
“Ah ! plutôt près de moi demeure !
‘ Car qui donc saurait arrêter
: Pourquoi me quitter,
“ La mort, si Dieu veut que je meure ?
‘ Pour mon COTPS tout espoir est vain :
“ C'est assez que celui qui m'aime
‘ À mon âme en langueur extrême ‘“ Procure l'aliment divin
‘ Qui rend vivante la mort même. ”
— “ Ce pain que tu veux Pour mourir, “ Moi, je sais qu’il te fera vivre 1...” Et Guido, que l’enfer enivre,
Relisait en son souvenir
La page exécrable du livre :
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Rémi 3 ie Cigare
en
our, .
Quiconque prétend faire honneur urage ! À Satan, Prince de Lumière, rage, Avant tout, que d'une âme fière, pi Maudissant le Corps du Seigneur,
lle foule dans la poussière.
ffroi,
aitiés Et tous deux mélaient leurs douleurs : or Mais les larmes que fait répandre ee l'épouse son amour tendre
5 | Montent : l'époux verse des pleurs,
| Las ! qui ne savent que descendre !
Vtt nm
Cependant, chaque heure, 6 tourment !
Attisait la fièvre brûlante,
Et, broyant la chair défaillante,
La mort, sans trêve d’un moment, Accomplissait son œuvre lente,