‹ Fran©ois Buloz et ses amisChapitre 112 sur 173 · Maxime Du Camp, Souvenirs littéraires · texte numérisé non relu

Maxime Du Camp, Souvenirs littéraires

2. A. de Pontmartin, Souvenirs d'un vieux critique, déjà cité.

Après la troisième représentation de Un Caprice, Régnier vint rue Saint-Benoît pendant le whist : il annonça 2800 francs de recette, et dit : « C'est superbe! » Pourtant, et même après le succès de la première, 4 plus d'un habile se demandait encore si le Théâtre-Français ne courait pas une singulière aventure, tant ces comédies paraissaient alors un jeu futile d'imagination légère ». A la première représentation, Charles Magnin, qui avait pourtant l'esprit le plus fin, tout en constatant le succès, ne déplorait-il pas l'absence de la fameuse « scène à faire » dans laquelle excellait M. Scribe? D'ailleurs, pendant une des répétitions, Musset avait entendu Samson crier d'un ton scandalisé : « Rebonsoir, ma chère! en quelle langue est cela! »

Le vieux critique remarque : « Le branle était donné, et M. Buloz eut vraiment le mérite de l'initiative. »

Disons qu'après le succès de Un Caprice madame Duchâtel, femme du ministre de Tintérieur, désira connaître Musset, F. Buloz le lui amena. Aimablement, la ministresse demanda au poète s'il était content de madame Allan, il répondit : « Oui, mais qu'il avait dû l'empêcher de mettre un collier de perles pour jouer le rôle de madame de Léry, sur ses grosses épaules ^ » Or madame Allan était maigre, comparée à madame

1. A. de Pontmartin, Souvenirs, d'un vieux critique, déjà cité.

Duchâtel... Cette boutade de Musset avait jeté un froid pendant la visite.. c< Quel homme! quel homme ! » disait avec indulgence F. Buloz.

Au moment où le Directeur de la Revue des Deux Mondes fut nommé Commissaire royal, Vedel était directeur de la Comédie. D'abord caissier il fut appelé à ce second poste par les comédiens qui s'en étaient engoués. Quelque temps après, ces mêmes comédiens retirèrent à Vedel leur sympathie, et même leur confiance. Il dut quitter son poste en 1840. Ainsi le voulut le Comité.

Après le départ du directeur, le traitement du Commissaire royal fut porté de 6000 à 12 000 francs. Les termes de l'arrêté concernant cette augmentation sont significatifs. 11 en résulte que l'application intégrale du traité de Moscou, faite par le Commissaire royal, a donné des résultats satisfaisants, d'où je conclus que jusqu'ici le décret de Moscou n'avait pas été appliqué intégralement? Le ministre écrit : « Considérant que l expérience qui vient d'être faite de V entière application du décret du 15 octobre 181$ au régime administratif de la Comédie-Française a produit les résultats les plus heureux pour l'art dramatique, et pour la prospérité de l'établissement... ï)

C'est assez clair? et ceci : « Voulant récompenser les services de M. Buloz auquel est dû l'état satisfaisant dans lequel se trouve la Comédie-

Française'... » Il y a aussi la lettre personnelle du ministre à F. Buloz, dans laquelle je relève ces mots : a Je me félicite de pouvoir reconnaître ainsi les soins nouveaux, que réclame de votre part, l'administration du Théâtre, depuis qu'il est replacé sous l'empire du décret de Moscou, et récompenser les utiles services », etc. ".

F. Buloz fît tous ses efforts pour faire entrer Bocage à la Comédie-Française. Le comédien était son ami, on l'a vu au moment du mariage du directeur de la Revue, par les lettres confidentielles que celui-ci lui écrivait. En outre, F. Buloz admirait fort le talent de Bocage, l'autorité qu'il avait sur le public, et il trouvait que sa place était rue de Richelieu, — il s'employa dix ans à l'y faire attacher comme Sociétaire, mais à cela, il n'y réussit jamais ^

En réalité l'obstacle vient des Sociétaires, quoi que F. Buloz en dise :

« Mes tentatives n'ont pas été heureuses, mon

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